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« Les Grandes Illusions » : la mère, le fils et le divan

Blois, Décevant, Les critiques, Paris, Théâtre
Laurent Charpentier met en scène Les Grandes Illusions d'Arthur Dreyfus
Laurent Charpentier met en scène Les Grandes Illusions d'Arthur Dreyfus

Photo Pauline Le Goff

Dans une atmosphère aux frontières du réel cultivée par Laurent Charpentier, l’écrivain Arthur Dreyfus imagine le dialogue entre une mère intrusive et son fils homosexuel venu lui présenter sa… nouvelle compagne, mais rate assez largement sa cible.

À en croire sa réaction, elle s’attendait à tout, sauf à ça. « Une femme ? », s’étonne-t-elle d’emblée ; « Une femme ? », répète-t-elle encore, comme pour être sûre et certaine d’avoir bien entendu. Et, effectivement, c’est bel et bien une femme que ce fils vient présenter à sa mère, une femme, Colette, qu’il décrit comme sa nouvelle compagne et avec qui il semble même nourrir de grandes ambitions conjugales. Dans nombre de familles, cette situation ne prêterait à aucune surprise ni réaction interloquée. Oui, mais voilà, le fils, ici, est homosexuel, trentenaire, ayant, on le comprend bien vite, multiplié les aventures d’un soir et les conquêtes plus ou moins fugaces, plus ou moins furtives, plus ou moins discrètes – en s’abritant derrière de prétendus cours de magie –, avec des hommes, toujours. Ce penchant pour la gent masculine, sa mère l’a d’ailleurs compris de la pire des manières, en fouillant dans l’ordinateur de son ado de 15 ans et demi, en quête de cette raison qui le poussait à passer ses nuits rivé à son écran. Elle a alors découvert le pot aux roses, des images « horribles », avec, on le comprend là aussi bien vite, même si rien n’est dit franchement, de jeunes garçons à l’allure adolescente qui ne jouaient ni aux petits chevaux ni aux cartes. « J’ai même cru que tu étais pédophile », lui avoue aujourd’hui la matriarche, qui commence avec cette assertion à cocher les cases de son grand bingo des poncifs homophobes, sous le regard de son fils atterré qui lui répond du tac au tac que, puisqu’il avait le même âge qu’eux, ce soupçon de pédophilie poisseux ne tient pas.

Il faut finalement peu de mots à Arthur Dreyfus pour poser le cadre du dialogue et dessiner les contours des figures qu’il met ici en jeu. Après s’être adonné à la magie, et avoir collaboré avec Sophie Calle, Laurent Pernot et Jean-Claude Dreyfus, avoir fait entendre sa voix sur France Inter, avoir fureté du côté du journalisme et de la critique littéraire – notamment pour Philosophie Magazine où il propose chaque mois la « recension » d’un roman –, avoir réalisé quelques courts et longs métrages documentaires (Noël et sa mère, Les Madeleines), et surtout avoir écrit plusieurs livres, dont une somme de plus de 2 000 pages, Journal sexuel d’un garçon d’aujourd’hui, et des ouvrages pour la jeunesse, ce touche-à-tout qui, assure-t-il pourtant dans la note d’intention, « ne désire plus être comédien » fait coup double en écrivant son premier texte de théâtre et en remontant sur les planches pour incarner un rôle qui, sans doute, à l’image d’une large partie de ses écrits, est inspiré de sa propre vie. Et c’est là, une nouvelle fois, que le bât blesse pour Arthur Dreyfus, dans la manière qu’il a, une nouvelle fois, de se placer à tel point au centre de son oeuvre artistique qu’elle en devient nombrilo-centrée au lieu de tenter de tendre vers une forme d’universel. Car, derrière son pitch de départ en terrain un peu glissant, Les Grandes Illusions aurait pu parler à un certain nombre et traiter d’un sujet que l’on voit peu au théâtre (et ailleurs), de l’après-coming out, des regrets qui, derrière l’acceptation, parfois de façade, et y compris inconsciemment, peuvent restent prégnants d’un côté (celui des parents) et même de l’autre (celui de l’enfant), de la difficulté à se bâtir un parcours de vie en dehors de la norme, des sacrifices qui, longtemps, sont allés de pair avec l’homosexualité – et avec lesquels bien des personnes se sont construites –, à commencer par celui de ne pouvoir avoir ni enfant ni petit-enfant, avec la rancoeur que ceux qui en sont privés peuvent nourrir à l’endroit de ceux qui les en privent.

Sauf que, à l’image de cette Colette qui reste longtemps à la porte, puis s’invite muette dans le salon, avant de finir prostrée sous la table, sans que sa présence n’apporte rien à l’ensemble, le propos d’Arthur Dreyfus perd son sujet premier de vue et n’ausculte ni cette sortie des rails pré-construites ni ses conséquences. En lieu et place, le presque quadragénaire préfère mettre la mère et le fils sur le divan afin d’examiner leur relation à travers un prisme psychanalytique mal dégrossi, qui réactiverait les mêmes vieux lieux communs, notamment fondés sur une sexualité aux ramifications et applications multiples qui, par la porte ou par la fenêtre, ne cesse de s’inviter dans cette pièce, comme dans la quasi-totalité de l’oeuvre récente de Dreyfus. Résultat, le spectacle devient confus, s’enlise dans des terrains psychologisants marécageux et prend la voie dramaturgique très attendue de l’incommunicabilité entre ces deux êtres qui, progressivement, sont sur des longueurs d’onde à ce point différentes qu’ils paraissent se parler à eux-mêmes avant de s’adresser à l’autre. Malgré l’élégante scénographie de Gaspard Pinta et la subtile création lumières de Laïs Foulc, qui font, l’une et l’autre, peu à peu glisser ce duel à fleurets pas si mouchetés du réalisme vers une forme de rêverie aux attributs spectraux – sous les néons blafards comme derrière le rideau de fils –, la mise en scène de Laurent Charpentier ne peut malheureusement rien pour sauver ce substrat à ce point névrosé et corseté qu’il fige, telle une Gorgone, toutes celles et tous ceux qui s’en approchent. À commencer par Hélène Alexandridis et Arthur Dreyfus lui-même. Sans parler de Louise Hardouin, dont la présence dans le rôle de Colette est largement sous-exploitée par le metteur en scène qui aurait pu en faire un beau relai d’étrangeté en musclant sa partition corporelle, l’une comme l’autre apparaissent d’une raideur telle qu’elle n’a pas simplement à voir avec les rôles dont ils s’emparent. Plus à l’aise dans leur joute verbale classico-classique que pour manipuler les quelques notes d’humour qui, parce qu’elles sont trop téléphonées, sonnent souvent faux, Hélène Alexandridis et Arthur Dreyfus campent alors une mère et un fils (presque) aussi antipathiques l’une que l’autre, dont les explications-confessions, à force de se recroqueviller sur elles-mêmes, en viennent à nous passer assez largement au-dessus.

Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

Les Grandes Illusions
Texte Arthur Dreyfus
Mise en scène Laurent Charpentier, assisté de Yann Pichot
Avec Hélène Alexandridis, Arthur Dreyfus, Louise Hardouin
Scénographie Gaspard Pinta
Création lumière Laïs Foulc
Création sonore Madame Miniature, assistée de Samuel Robineau

Production Théâtre O
Coproduction La Halle aux Grains – Scène nationale de Blois
Coréalisation Les Plateaux Sauvages
Avec le soutien et l’accompagnement technique des Plateaux Sauvages
Avec le soutien du dispositif d’aide à l’insertion professionnelle Jeune Cirque National et de l’Adami
Projet soutenu par le ministère de la Culture – Direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France

Durée : 1h15

Les Plateaux Sauvages, Paris
du 7 au 18 avril 2026

La Halle aux Grains, Scène nationale de Blois
les 2 et 3 octobre

9 avril 2026/par Vincent Bouquet
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