Comédien formé à l’École de la Rue Blanche, François Morel débute sa carrière dans la troupe de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff et incarne Monsieur Morel dans Les Deschiens pendant sept ans. Depuis, il poursuit une carrière de metteur en scène, de comédien pour le théâtre et le cinéma, mais aussi de chanteur et parolier. À partir de cette semaine, il endosse le rôle d’Arnolphe dans L’École des femmes de Molière, mise en scène par Robin Renucci dans le cadre des Fêtes nocturnes de Grignan.
Avez-vous le trac lors des soirs de première ?
Je me souviens que ma mère me posait régulièrement cette question : « As-tu le trac ? » ; et je lui répondais : « Ça ne te regarde pas ! » Je vais essayer d’être plus poli avec vous… Tous les soirs, il y a un petit pincement, une petite inquiétude : l’envie de ne pas rater un rendez-vous. Les soirs de première, il y a forcément un trac supplémentaire, c’est là qu’on découvre vraiment le spectacle. Cette fois-ci, à Grignan, il y aura sûrement une appréhension particulière, car L’École des femmes, ce n’est pas rien. Arnolphe est l’un des plus longs, si ce n’est LE plus long rôle du répertoire. La partition n’est pas facile, le personnage passe par des montagnes russes de sentiments. Si elle me posait la question aujourd’hui, je lui dirais : « Oui, Maman, à Grignan, le soir de la première de L’École des femmes, j’aurai le trac ! »
Comment passez-vous votre journée avant un soir de première ?
Je vais rester toute la journée concentré sur la soirée. Lire, marcher, relire mon texte, être avec mes partenaires, être ensemble et profiter du bonheur de la troupe.
Avez-vous des habitudes avant d’entrer en scène ? Des superstitions ?
Je n’ai pas spécialement d’habitudes avant de monter sur scène. J’ai tendance à me redire les toutes premières répliques, mais, au bout de quelques représentations, je suis capable de dire des bêtises avec mes amis comédiennes et comédiens.
Première fois où vous vous êtes dit « Je veux faire ce métier » ?
Quand ma grand-mère m’avait demandé enfant, je devais avoir cinq ou six ans, ce que je voulais faire comme métier, j’avais répondu : « Roger Pierre et Jean-Marc Thibault ! » Ça reste mon projet.
Premier bide ?
Je ne sais pas si c’est mon premier bide, mais je me souviens d’une semaine en Belgique où l’on jouait Bien des choses avec mon ami Olivier Saladin. Ce spectacle, qui déclenchait beaucoup de rires partout où on le jouait, ne suscitait dans ce quartier de Bruxelles qu’une écoute silencieuse et vaguement polie. Le directeur, le premier soir, nous avait présentés comme « son coup de cœur de l’année » ; et puis, au fil des soirées, son enthousiasme s’émoussait : « Voici Bien des choses, qui reste mon coup de cœur de l’année… » ou « Bien des choses, un spectacle qui a eu beaucoup de succès ailleurs, j’espère que vous l’apprécierez… ».
Première ovation ?
J’ai le souvenir d’une soirée à Orléans dans une petite chapelle désaffectée. Je commençais à écrire des sketchs. Le public était très rieur. J’étais sorti heureux, un peu comme si j’étais devenu par miracle Guy Bedos, mon idole à l’époque.
Premier fou rire ?
Je ne me souviens pas de vrai fou rire. Déjà, à l’école, je faisais rire mes voisins, mais moi, je restais assez pince-sans-rire, ce qui me permettait de ne pas être puni. J’ai un peu gardé cette habitude.
Premières larmes en tant que spectateur ?
Les premières larmes d’émotion. Je suis avec ma sœur sur le trottoir près du Théâtre d’Orsay (devenu le Musée d’Orsay) que dirigeaient à l’époque Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud. Nous venons d’assister à une représentation de Harold et Maude, la pièce de Colin Higgins adaptée par Jean-Claude Carrière. Dans la tête, nous avons les paroles de la chanson Les Couleurs du temps de Guy Béart : « Je voudrais changer les couleurs du temps, changer les couleurs du monde… » Et nous sommes bouleversés.
Première mise à nu ?
Dans les spectacles de chansons que j’ai pu faire – Collection particulière, Le Soir, des lions…, La vie (titre provisoire) –, mais aussi dans certaines chroniques que j’ai pu faire à la radio sur France Inter, je me sens, sans doute plus qu’au théâtre, parce que je suis dans ce cas à la fois auteur et interprète, dans une sincérité absolue qui parfois me dépasse.
Première fois sur scène avec une idole ?
Jouer avec Robert Hirsch et Darry Cowl, que j’avais admirés enfant, était un grand kif ! La pièce s’appelait Les dégourdis de la 11ème, vaudeville militaire de Mouëzy-Éon et Daveillans. Je ne suis pas sûr qu’elle reste dans les annales…
Première interview ?
La première fois que j’ai répondu à une interview à la télé, c’était dans une émission de Christine Bravo. J’étais mort de trac. J’en garde finalement un souvenir assez joyeux.
Premier coup de cœur ?
Je crois que c’est un récital de Georges Moustaki en 1971 dans la salle Le Viking à Flers-de-l’Orne. Je ne savais pas si je voulais devenir chanteur ou comédien – je ne sais toujours pas ! –, mais je savais que j’avais envie que ce soit mon royaume pour vivre en plus grand, pour partager toutes les émotions, pour créer de belles choses, réconfortantes, émouvantes.





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