L’École des femmes de Molière dirigée par Robin Renucci tiendra l’affiche au château de Grignan durant tout l’été, avant de partir pour une longue tournée. Avec François Morel dans le rôle principal, le patriarcat y joue son effondrement dans une mise en scène qui manque cependant de relief.
Le château de Grignan, dont la renommée est attachée à celle de Madame de Sévigné, abrite, comme chaque année dans le cadre de ses Fêtes nocturnes, un spectacle qui se jouera durant tout l’été. Ainsi, jusqu’au 22 août, L’École des femmes de Molière, mise en scène par Robin Renucci, va-t-elle accueillir plusieurs milliers de spectateurs qui auront pour toile de fond la majestueuse façade de la bâtisse. Au programme, donc, Arnolphe qu’interpréta Molière, barbon terrifié à l’idée d’être cocu, qui tient recluse dans l’ignorance la jeune Agnès, devenue dans l’imaginaire théâtral français une figure de l’émancipation féminine. Le patriarcat, qui tremble aujourd’hui sur ses bases, et son effondrement, qu’on espère se produire rapidement, trouvent un écho naturel dans cette comédie en alexandrins et en cinq actes qui croise certains traits de la grande comédie – notamment son ampleur, sa dimension morale et une certaine profondeur tragique de son personnage principal masculin – avec ceux de la farce : quiproquos, coups de bâton et grivoiseries à foison. François Morel y tient le premier rôle, auquel il donne sa bonhomie naturelle et son sens comique ; Juliette Cahon en Agnès y déploie une révolte qui s’effectue en douceur ; et, pour cette première, Robin Renucci, tout en malice, remplace Luc-Antoine Diquéro, récemment victime d’un malaise, dans le rôle de Chrysalde, ami, mais contrepoint d’Arnolphe.
La jolie scénographie imaginée par Lisa Navarro, elle, nous place dans un hors-temps et hors-lieu particulier : un réverbère et un fil électrique sur lesquels pend une paire de chaussures, et nous voilà pas loin de chez Beckett. La cabane de bois en haut du vaste plancher penché ressemble par ailleurs à une construction précaire sans âge et sans époque. Les serviteurs d’Arnolphe (Igor Skreblin et Chani Sabaty) y tiennent Agnès sous une surveillance maladroite que parvient facilement à déjouer le jeune premier, Horace (François Deblock), qui prend malheureusement pour soutien et confident de ses aventures Arnolphe lui-même, dont il ne sait pas qu’il est celui qui emprisonne la jeune Agnès pour l’épouser. Portant en débat ce qui paraît aujourd’hui réglé – faut-il donner aux femmes de l’éducation, du savoir, de l’esprit quand elles pourraient en profiter pour abuser leurs maris ? –, L’École des femmes donne davantage à penser « voilà d’où l’on vient » – un monde où l’homme a tout pouvoir pour soumettre les femmes, dès leur plus jeune âge, à ses désirs – qu’il ne déplace aujourd’hui la question. Et si la bêtise d’Arnolphe va jusqu’à le rendre sympathique, parce que fragile, la comédie est plus bavarde que drôle, et pourvue d’une langue versifiée somme toute assez ardue.
Dans ces conditions, François Morel déploie ici une énergie impressionnante et un remarquable soin de l’alexandrin dans une pièce où son personnage est omniprésent. Mais l’ensemble qui a tendance à tourner en rond autour de situations semblables, peu à peu, manque de relief. L’enthousiasme d’un public, qui applaudit à l’entrée des comédiens, qui rit de bon cœur dès la scène d’exposition, où le personnage d’Arnolphe exprime sans fard sa terreur de se retrouver cornu, et qui enverra quelques huées complices face à des propos misogynes, peine à tenir la longueur. Le délabrement de la cabane, métaphore de celle d’un monde patriarcal, sur un plancher qui gronde et s’ouvre en chausse-trappes, souligne le propos. S’il poursuit ainsi le désir d’un théâtre populaire, Robin Renucci signe une mise en scène un peu sage, aux contours qui manquent encore de cohérence d’ensemble et de netteté.
Eric Demey – www.sceneweb.fr
L’École des femmes
de Molière
Mise en scène Robin Renucci
Avec Juliette Cahon, François Deblock, François Morel, Luc-Antoine Diquéro en alternance avec Robin Renucci, Sven Narbonne, Igor Skreblin, Chani Sabaty
Scénographie Lisa Navarro, assistée de Margaux Nessi
Création lumière Sarah Marcotte
Costumes Benjamin Moreau
Création son Antoine Richard
Régie générale Jean-Luc Malavasi
Assistanat à la mise en scène Sven Narbonne
Construction du décor Ateliers de la Maison de la culture Bourges / Scène nationale
Cheffes d’atelier couture Mathilde Brette, Aude Bretagne
Réalisation des costumes Adeline Isabel Mignot, Lola Giganon, Sabine Richaud
Teinture et patine Aurélie Guermonprez
Stagiaire costume Anoa Tremeau
Perruque-maquillage Émilie-Yasmine BouchiredProduction La Criée – Théâtre National de Marseille ; Les Productions de l’Explorateur
Coproduction Les Châteaux de la Drôme, Maison de la Culture de Bourges / Scène nationale, Théâtre Montansier à Versailles, Théâtre National de Nice, L’Azimut – Antony/Châtenay-Malabry, Pôle National Cirque en île-de-France, Théâtre à Pau – Ville de Pau, Théâtre Molière-Sète, Le Parvis, Scène nationale Tarbes PyrénéesDurée : 1h45
Fêtes Nocturnes de Grignan
du 22 juin au 22 août 2026Théâtre Montansier, Versailles
du 23 septembre au 3 octobreMaison de la Culture de Bourges, Scène nationale
du 7 au 9 octobreL’Azimut, Théâtre La Piscine, Châtenay-Malabry
du 13 au 17 octobreRadiant-Bellevue, Caluire-et-Cuire
les 20 et 21 octobreThéâtre Jean-Vilar, Bourgoin-Jallieu
le 23 octobreThéâtre de la Fleuriaye, Carquefou
les 4 et 5 novembreScène nationale 61, Flers
le 10 novembreScène nationale 61, Alençon
le 13 novembreThéâtre Ducourneau, Agen
le 17 novembreLe Carré Sainte-Maxime
le 20 novembreScènes & Cinés, Istres
les 23 et 24 novembreThéâtre Molière, Sète
les 27 et 28 novembreL’Archipel, Scène nationale de Perpignan
les 1er et 2 décembreThéâtre Saint-Louis, Pau
les 8 et 9 décembreLe Parvis, Scène nationale Tarbes Pyrénées
les 12 et 13 décembreThéâtre National de Nice
du 16 au 19 décembreLa Criée, Théâtre National de Marseille
du 5 au 24 janvier 2027Théâtre de Grasse
les 26 et 27 janvierL’Onde Théâtre Vélizy-Villacoublay
les 30 et 31 janvier



Nous avons assisté à la première de l’ècole des femmes à Grignan ,1 moment suspendu et magique. 1 trés grande performence de la part des comediens,excelente mise en scéne toute en subtlité et force à la fois sur la condition feminine,vraiment bravo MR RENOUCCI,et puis 1 trés grand bravo et merci pour la performence et tout le talent à Mr FRANÇOIS MOREL qui entraine toute ce beau monde dans son univers exeptionnel.
Je suis 1 fan inconditionnelle de François Morel et je pense que Moliere doit être trés fier d’avoir ce merveilleux interprète porter son oeuvre si ancienne mais si d’actualité.
Bravo pardon d’avoir èté aussi longue ,mais il fallait que je vous raconte toute ma gratitude,
1 grand merci à la marquise de Ségné pour avoir mis son merveilleux chateau au service de ce delicieux spectacle.
Peut-être aurai je le bonheur d’avoir 1 réponse de MR Morel.
Merci ,mille fois merci.
Martine Richardi
Déception. Malgré la performance de F. Morel qu’il faut souligner, le décor est triste, les costumes sont tristes, la mise en scène est triste … borborygmes et cris d’animaux … quelques rires, mais aussi quelques spectateurs qui se lèvent et quittent discrètement leurs places au bout d’une heure. Les fêtes nocturnes de Grignan nous avaient habitué au meilleur et on ne cessait d’applaudir à la fin; là, on s’éclipse en pensant : « peut mieux faire ».
Nous ferons mieux la prochaine fois.