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La Mort de Danton, un Don Juan à l’échafaud

A voir, Les critiques, Paris, Théâtre

Mise en scène par Simon Delétang, la pièce de Georg Büchner entre au répertoire de la Comédie-Française dans une version de belle facture classique où les enjeux politiques sont traités avec humanisme et sensualisme.

Le rideau de scène qui arbore les trois couleurs du drapeau républicain se lève sur l’accord inaugural et tonitruant du Don Giovanni de Mozart qui préfigure le châtiment de son héros. Faiblement éclairé par plusieurs candélabres, un Danton tout feu tout flamme, car brûlant de désir, se laisse découvrir à l’occasion d’une nuit d’orgie donnée entre les murs de son palais aux atours subtilement classieux et sépulcraux. Ce Danton donjuanesque, épicurien et libertin en diable, lutine sa pulpeuse épouse ainsi que ses convives, hommes et femmes sans distinction, apparus en farandole carnavalesque, masqués de têtes d’animaux et semi-vêtus d’étoffes légères. Voilà comment débute la représentation splendide et stimulante de La Mort de Danton dans la mise en scène pleine de chair et d’esprit de Simon Delétang. Condamné à cheminer vers son exécution, le héros éponyme laisse d’abord et jusqu’au bout s’exprimer une vigueur qui fait forte impression.

Tout nouveau directeur du Théâtre de Lorient, Simon Delétang est un fin connaisseur du théâtre de Büchner. Il a déjà monté Woyzeck et interprété Lenz. Écrite en 1835 par un jeune homme de vingt-deux ans plus fataliste qu’idéaliste, qui connaîtra une mort prématurée sur le chemin de l’exil, La Mort de Danton fait la chronique passionnée et passionnante d’un moment charnière de l’Histoire de France vue d’Allemagne. A bout de souffle, la Révolution cède le pas à une violence exacerbée. Elle se noie dans le sang que fait couler la Terreur. A l’instar de Saturne, elle « dévore ses enfants ».

Deux figures magistrales s’affrontent dans un puissant combat contre le vice supposé et la vertu autoproclamée. Époustouflant, Loïc Corbery campe un Danton à vif, dopé à la rage du désespoir. Il dessine à la fois un jouisseur invétéré et un être profondément tourmenté. L’acteur rageur met en avant l’orgueilleuse ténacité comme la fragilité du personnage. Face à lui, et aux antipodes du jeu épidermique de son partenaire, Clément Hervieu-Léger fait un Robespierre bien plus rigide, statuaire, qui pourrait être éloquent s’il n’avait tendance à trop vociférer. C’est l’unique point faible d’une distribution principalement jeune et remarquablement homogène.

Grâce à une interprétation concrète et soignée, tous les rôles, y compris secondaires, de la pièce parviennent à pleinement exister. Marina Hands par exemple est une furtive mais incandescente grisette. Guillaume Gallienne fait un Saint-Just hiératique et glaçant, Gaël Kamilindi est un Camille fin et fraternel. Joué en costumes d’époque, le spectacle n’apparaît pas pour autant muré dans l’Histoire et le passé. Au contraire, ses figures, sa langue bien en verve, sa pensée profonde et complexe, semblent si proches, si bouillonnantes et vivifiantes, qu’elles nous exhortent à toujours nous interroger sur l’état du monde et de notre conscience, sur le rapport au pouvoir et la façon de livrer bataille contre un ordre établi, pour des valeurs plus justes.

Christophe Candoni – www.sceneweb.fr

La mort de Danton
de Georg Büchner
Mise en scène Simon Delétang

Traduction : Jean-Louis Besson et Jean Jourdheuil
Mise en scène et scénographie : Simon Delétang
Costumes : Marie-Frédérique Fillion
Lumières : Mathilde Chamoux
Musiques originales et son : Nicolas Lespagnol-Rizzi
Assistanat à la scénographie : Aliénor Durand

Avec
Guillaume Gallienne
Saint-Just, membre du Comité de salut public (en alternance)

Christian Gonon
Barrère, membre du Comité de salut public et Legendre, député

Julie Sicard
Julie, femme de Danton

Loïc Corbery
Georges Danton, député

Nicolas Lormeau
Lacroix, député

Clément Hervieu-Léger
Robespierre, membre du Comité de salut public

Anna Cervinka
Lucile, femme de Camille Desmoulins

Julien Frison
Saint-Just, membre du Comité de salut public (en alternance)

Gaël Kamilindi
Camille Desmoulins, député

Jean Chevalier
Collot d’Herbois, membre du Comité de salut public et Hérault-Séchelles, député

Marina Hands
Marion, une grisette

Nicolas Chupin
Billaud Varennes, membre du Comité de salut public et Philippeau, député

L’ACADÉMIE DE LA COMÉDIE-FRANÇAISE

Sanda Bourenane
une femme

Vincent Breton
un monsieur, deuxième citoyen, un lyonnais, un député et un bourreau

Olivier Debbasch
un monsieur, premier citoyen, un député, Herrmann, président du Tribunal révolutionnaire et un géôlier

Yasmine Haller
une dame et Rosalie, une grisette

Ipek Kinay
une dame, Adélaïde, une grisette et une femme

Alexandre Manbon
un jeune homme, un député, Paris, ami de Danton et un prisonnier

Avec le soutien de la Fondation pour la Comédie-Française

Durée : 2h30 (sans entracte)

Comédie-Française
du 13 janvier au 4 juin 2023 en alternance
Salle Richelieu

18 janvier 2023/par Christophe Candoni
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