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À l’Opéra-Comique, un « Werther » plutôt austère

Les critiques, Moyen, Opéra, Paris
Ted Huffman met en scène Werther de Massenet à l'Opéra-Comique
Ted Huffman met en scène Werther de Massenet à l'Opéra-Comique

Photo Jean-Louis Fernandez

Pene Pati fait son premier Werther dans une production scénique signée Ted Huffman. La tempérance domine dans cette version minimaliste et d’une inégale intensité.

Fraîchement nommé à la direction du Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence, le metteur en scène Ted Huffman, suractif sur les plateaux d’opéra, signe sa première production dans une grande maison parisienne. Fidèle à l’économie de son écriture scénique, c’est dans le dépouillement qu’il cherche à disséquer la profondeur psychologique et les états d’âme des personnages, pour restituer au mieux leur quintessence tragique. L’entreprise fut passionnante dans Le Couronnement de Poppée de Monteverdi ou dans The Story of Billy Budd, sailor d’après Britten. L’un et l’autre ont connu un formidable succès. La réussite est moindre dans Werther, tant le spectacle progresse lentement vers son acmé dramatique. La fin est, certes, d’une saisissante intensité, mais elle réclame de la patience tant, avant cela, la représentation a paru longue, et même un peu banale et ennuyeuse, faute de propositions suffisamment fortes.

Un sol blanc comme neige et des murs noirs comme le deuil offrent un unique décor où les interprètes entrent et sortent du plateau, chantent le plus souvent les bras croisés ou les mains dans les poches. La direction d’acteurs ne parvient pas à embraser les corps autant que l’avait fait Christof Loy dans son Werther présenté la saison dernière au Théâtre des Champs-Élysées, un travail qui, lui aussi, se concentrait sur le strict nécessaire, mais où les amants se trouvaient très concrètement, sensuellement, attirés jusqu’à se livrer l’un à l’autre sans réserve. Ici, même aux antipodes d’une esthétique purement décorative, le spectacle n’évacue pas totalement les images d’Épinal qui collent à l’ouvrage, et reste fidèle à son univers bourgeois conventionnel. Seul le quatrième acte, pour le coup totalement débarrassé des quelques ribambelles de sièges, de vaisselles et de mobiliers, est véritablement poignant. Werther, découvert au début en smoking un peu gauche et hagard, triturant son carnet d’écriture, s’assoit simplement sur le bord de scène, les pieds ballants au-dessus de la fosse, pour chanter son ode à la nature radieuse et frémissante. Il gagne en consistance et en intérêt au moment de sa mort, les bras tailladés et gisant dans un bain de sang.

Le rôle-titre est confié à Pene Pati, dont l’interprétation tempérée a de quoi décontenancer. Le ténor samoan, toujours attaché au répertoire français – son Roméo chez Gounod campé avec panache dans la salle Favart demeure inoubliable. L’éclat vocal, la fière projection, le chant aux accents solaires et élancés sont toujours les qualités que l’on retrouve chez l’artiste, mais de manière moins extravertie, plus nuancée. Son habituelle et exaltante ardeur n’est pas absente, loin de là, mais se fond dans une retenue toute nouvelle, une modération qui laisse place à une douceur qui sied à la vision du personnage moins enflammé que résigné. Sur le point de se marier avec Albert (John Chest, dont la voix est solide, mais le jeu sans relief) et d’entamer une vie bien rangée, la Charlotte d’Adèle Charvet paraît d’abord un brin anodine pour ensuite dévoiler une plus belle étoffe dramatique. Ses deux airs (les lettres et surtout les larmes) démontrent en effet toute sa chaleur et sa plénitude vocale et sont empreints d’une forte charge émotionnelle qui culmine dans l’acte final.

Après Lakmé en 2022, Raphaël Pichon poursuit à l’Opéra-Comique son exploration du drame lyrique du XIXe siècle. Sa direction hyper tonique insuffle à l’Ensemble Pygmalion une expressivité théâtrale redoublée, qui excuse quelques défauts de netteté. En fosse, le lyrisme de Massenet regorge de mélancolie, mais aussi de fièvre tumultueuse. Il ne supporte aucun excès de langueur et de joliesse, et surprend même de quelques abrupts accents, entre autres singularités sonores, pour traduire la souffrance inhérente au drame sans jamais tenter de la romantiser.

Christophe Candoni – www.sceneweb.fr

Werther
de Jules Massenet
Livret Édouard Blau, Paul Milliet, Georges Hartmann, inspiré des Souffrances du jeune Werther de Goethe
Direction musicale Raphaël Pichon
Mise en scène Ted Huffman
Avec Pene Pati, Adèle Charvet, John Chest, Julie Roset, Jean-Christophe Lanièce, Carl Ghazarossian, Paul-Louis Barlet, Flore Royer, Christian Immler, Enfants solistes de la Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique
Orchestre Ensemble Pygmalion
Chœur d’enfants Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique
Costumes Astrid Klein
Lumières Bertrand Couderc
Collaboratrice artistique aux mouvements Alex Gotch
Collaborateur artistique aux décors Bart Van Merode
Assistant à la direction musicale Liochka Massabie
Assistante à la mise en scène Harriet Taylor
Assistante costumes Louise Watts
Directeurs des études musicales Mathieu Pordoy, Yoan Héreau
Pianiste et assistante directeurs des études musicales Ayano Kamei

Production Opéra-Comique
Coproduction Opéra de Rennes ; Angers Nantes Opéra

Durée : 2h40 (entracte compris)

Opéra-Comique, Paris
du 19 au 29 janvier 2026

21 janvier 2026/par Christophe Candoni
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