Dix ans après sa création, Mathieu Touzé reprend son premier spectacle tiré du roman de Philippe Besson, Un Garçon d’Italie.
Les spectacles auraient, dit-on, une durée de vie de plus en plus courte. Qu’elle soit un succès ou un échec, leur exploitation se limiterait, le plus souvent, à quelques représentations réservées à un public averti, forcément aux aguets. Comme certains de ses homologues tels Ça ira (1) Fin de Louis de Joël Pommerat ou Edmond d’Alexis Michalik, encore bien vivants après plusieurs années de tournée, Un Garçon d’Italie prouve le contraire. Née en mars 2016 au Théâtre Ouvert lors du festival de théâtre étudiant Rideau Rouge où il avait raflé trois prix – ceux de l’adaptation, de l’interprétation masculine et de l’interprétation féminine –, la première création de Mathieu Touzé, le directeur du Théâtre 14, poursuit sa route.
Pour adapter le roman de Philippe Besson, le jeune metteur en scène n’a pas tergiversé. Il est allé puiser au coeur du texte ce qui fait sa théâtralité, cet enchevêtrement de trois voix qui, toutes, disent l’attachement en même temps que la solitude. Au sommet de ce triangle, se trouve Luca. Retrouvé mort sur les rives florentines de l’Arno, il contemple, l’esprit curieusement léger, la détresse de ces deux amours entre lesquels il n’a jamais su choisir : Anna, sa compagne, avec qui il avait refusé de se marier, et Léo, un jeune prostitué, avec qui il entretenait une relation depuis leur rencontre à la gare de Florence. Alors que la jeune femme doit aller reconnaître le corps de Luca à la morgue, son amant, sans nouvelles, découvre son décès dans un journal. En même temps que le déroulé de l’enquête sur les circonstances de cette mort suspecte, les deux âmes éperdues vont devoir apprendre à vivre seules, amputées de cet homme aux multiples secrets.
Plutôt que le pathos ou la mièvrerie mortifères, qui auraient pu naturellement découler de l’écriture lyrique de Philippe Besson, Mathieu Touzé a opté pour une lecture à cru. Nonobstant quelques effets de mise en scène, qui permettent d’éviter toute monotonie et de relancer le spectacle, les comédiens sont confrontés au plateau nu, laissés seuls face à eux-mêmes, comme ces personnages qui ont vu un pan de leur vie s’effondrer. Sous les lumières de Renaud Lagier, entre ombre bleutée et éclairage direct, le trio ne peut alors compter que sur son talent pour mener à bon port cette embarcation théâtrale.
Cette épreuve, Estelle N’Tsendé et Yuming Hey la relèvent haut la main. Pourtant malmenée par une paire de talons un peu trop hauts dont elle aura eu la bonne idée de se débarrasser, la comédienne étonne en femme puissante, fatale et fière, dans son imperméable noir qui cache un lot de doutes et de blessures intimes, quand son compère scénique – vu notamment dans la série Osmosis de Netflix et dans le spectacle de Bob Wilson, Jungle Book – surprend en bad boy au coeur plus tendre que les apparences ne le laissent à penser. L’un et l’autre impressionnent par la densité de leur présence scénique, par leur jeu à l’état brut qui sculpte, au lieu de dire, le texte de Philippe Besson, et donne aux personnages un relief insoupçonné. À les entendre empoigner ainsi les mots, on peut parier, sans mal, que ces deux-là ont de l’avenir.
Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr
Un Garçon d’Italie
d’après Philippe Besson
Mise en scène Mathieu Touzé
Avec (en 2021) Estelle N’Tsendé, Mathieu Touzé, Yuming Hey
Avec (en 2026) Chloé Angevin, Mathieu Touzé, Yuming Hey
Création lumière Renaud LagierProduction Collectif Rêve Concret
Soutiens Théâtre Ouvert, Théâtre Montansier de Versailles, Département de l’EssonneUn Garçon d’Italie est édité aux Éditions Julliard.
Durée : 1h20
Vu en mai 2021 au Théâtre 14, Paris
Théâtre 14, Paris
du 3 au 29 mars 2026Studio Hébertot, Paris
du 30 mars au 26 mai





Laisser un commentaire
Rejoindre la discussion?N’hésitez pas à contribuer !