Le 80e Festival d’Avignon s’ouvre samedi entre envie de célébrer et inquiétudes d’un secteur touché par des atteintes à la liberté de création et des coupes budgétaires.
« Pour cette 80e édition, on est sur la célébration des arts vivants, avec plus de spectacles, une majorité de créations et une grande diversité d’esthétiques », présente Tiago Rodrigues, directeur du Festival qui se tient jusqu’au 25 juillet. Cette année, les artistes coréens sont à l’honneur. La romancière sud-coréenne Han Kang, prix Nobel de littérature en 2024, sera notamment présente du 12 au 18. Avec une pièce-fleuve sondant la question du mal, Maldoror, le directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe Julien Gosselin ouvrira samedi les festivités dans la Cour d’honneur du Palais des papes.
En parallèle, le Festival Off avec ses quelque 1 700 spectacles va transformer la ville en marché du spectacle vivant ravissant un public de fidèles – au moins 300 000 personnes l’an dernier, selon les organisateurs Avignon Festival & Compagnies (AF&C). Derrière le rideau, cependant, les équipes s’inquiètent. La déprogrammation récente par la municipalité RN de Castres (Tarn) de la pièce Passeport, récit d’exilés du metteur en scène Alexis Michalik, pour divergence idéologique, a ravivé la peur de voir se réduire la liberté de création et de diffusion sur tout le territoire à quelques mois de l’élection présidentielle.
Pari financier
Le spectacle vivant subit en outre les coupes budgétaires des collectivités territoriales et de l’État. « En mai, nous avons appris […] que nous n’aurions pas les subventions prévues», a récemment protesté Hortense Archambault, qui dirige la MC93 à Bobigny en présentant la saison 2026-2027. Selon Tiago Rodrigues, il règne un climat « d’incertitude vis-à-vis des moyens qui seront ceux à l’avenir du service public de la culture en France ».
À Avignon, les quelque 1 400 compagnies du Off inscrites ont fait un pari financier pour être présentes. « On continue à faire Avignon, parce qu’on n’a pas d’autre vitrine, dit Fred Robbe, cofondateur de la Compagnie du Théâtre du Faune et habitué du festival depuis 1990. Mais l’intérêt de venir se discute ». Du fait des coupes budgétaires, les programmateurs de spectacles sont moins nombreux et ont moins de moyens.
« Engouement du public »
Selon une enquête de l’Association des professionnels de l’administration du spectacle (Lapas) menée auprès de 286 compagnies, la moyenne du nombre de représentations d’un spectacle a chuté à 4,7 représentations prévues pour la saison 2026-2027, contre 8,7 un an auparavant. Toujours selon cette étude, 19% des compagnies ont dû diminuer le nombre de comédiens sur le plateau et 21% des directeurs artistiques pensent dissoudre leur compagnie et abandonner leur activité dans les trois ans à venir.
Dans ce contexte, le principal dispositif d’aide à l’emploi pérenne proposé par l’État, le Fonpeps, a vu son accès se durcir et son enveloppe réduite à 39 millions d’euros contre 60 auparavant. Sa plateforme de dépôt des dossiers est gelée depuis janvier. Michel Basset, administrateur de production pour la chapiteau théâtre compagnie, à Chambéry, présentera à Avignon 1984, adapté de George Orwell, et il a fait le calcul : il avait prévu 7 000 euros d’aide sous l’ancien système, mais pense « toucher au mieux 2 500 à 3 000 euros, voire rien », n’étant pas sûr que son dossier soit éligible.
Alertant sur « une situation critique » et la précarisation des métiers, une intersyndicale du spectacle vivant a récemment été reçue par la ministre de la Culture. Catherine Pégard s’est engagée à réexaminer les critères d’accès au Fonpeps, a précisé le ministère à l’AFP, et des référents « liberté de création » ont été désignés dans les régions. Lors d’assises organisées par le Festival Off, le secteur cherchera des « pistes de travail ». Une réflexion qui doit s’étaler sur deux ans.
Le 9 juin s’est tenue au Théâtre Public de Montreuil la première assemblée générale du tout récent collectif Livrer Bataille en présence de plus de 350 participants. Une mobilisation réussie dans la foulée d’une charte qui revendique maintenant plus de 500 signataires. Les artistes et les compagnies du spectacle vivant se mettent en ordre de bataille pour se faire entendre dans la crise que traverse le secteur. L’engouement du public ne faiblit pas. Selon une étude de l’Association pour le soutien du théâtre privé portant sur les douze derniers mois, 13 millions de personnes ont vu une pièce de théâtre, contre 11,3 un an auparavant.
Karine Perret © Agence France-Presse




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