Tandis que, selon le 5e baromètre réalisé par Médiamétrie pour l’ASTP, le nombre de spectatrices et spectateurs de théâtre connaît une nette augmentation, l’attrait plus général pour l’art dramatique est également en forte progression. Revue de détail.
S’il n’a « ni Taylor Swift, ni Céline Dion » sous la main capable de remplir, en quelques secondes, plusieurs dizaines de milliers de places, comme le fait remarquer, dans un sourire, le président de l’Association pour le soutien du théâtre privé (ASTP) et co-directeur des théâtres des Béliers parisiens & Avignon, David Roussel, le théâtre résiste bien aux changements des pratiques culturelles des Français. Mieux, selon le 5e baromètre « Les Français·es et le théâtre » réalisé par Médiamétrie pour l’ASTP auprès de 1 503 individus âgés de 15 à 80 ans, le nombre de spectatrices et spectateurs ayant vu au moins un spectacle de théâtre au cours des douze derniers mois affiche une progression de 1,7 million, passant de 11,3 millions en 2025 à 13 millions en 2026. Si cette augmentation ne doit pas faire oublier que seuls 25% des Français ont goûté au plaisir de l’art dramatique durant l’année écoulée, le théâtre s’impose ainsi derrière les concerts et festivals (19,2 millions, +2,6 millions), mais devant le stand-up (8,2 millions, +0,1 million), les comédies musicales (6,3 millions, -0,5 million), la danse (5,3 millions, -0,7 million), le cirque (4,8 millions, -1,6 million) et l’opéra (3,9 millions, -0,5 million).
Cette hausse, Marine Boulanger, directrice Cinéma et Entertainment de Médiamétrie, l’explique notamment par « le retour des spectateurs plus occasionnels », qui provoque « un élargissement de la base de spectateurs et donc, mécaniquement, une baisse de l’assiduité ». En 2026, elle s’établit à 5,1 représentations en moyenne par spectateur et par an, soit une diminution de 1,2 représentation par rapport à 2025. Avec un âge moyen de 46,8 ans (+6 ans) et un ratio de 52% de femmes pour 48% d’hommes, le profil type des spectatrices et spectateurs de théâtre se rapproche de plus en plus, en âge et en genre, de celui de l’ensemble de la population française. Malgré tout, et sans surprise, « s’y dénombrent un peu plus de CSP+ (45%), d’habitants de l’agglomération parisienne (29%), de personnes plus enclines aux sorties, aux pratiques culturelles (76%) et à la lecture, de la presse comme de livres (90%), mais aussi de férus de réseaux sociaux », souligne Marine Boulanger. Tandis que ces derniers s’imposent comme le canal de communication privilégié par l’ensemble des Français interrogés pour découvrir des pièces (39%), devant le bouche-à-oreille (33%) et la télévision (29%), les spectatrices et spectateurs de théâtre préfèrent, quant à eux, le bouche-à-oreille (42%) avant, à égalité (35%), les réseaux sociaux et les sites de billetterie en ligne, et loin devant les médias traditionnels (presse écrite, radio et télévision) qui, néanmoins, « servent toujours de relais pour les spectateurs les plus assidus », précise la directrice Cinéma et Entertainment de Médiamétrie.
Un niveau de satisfaction « très positif »
Alors que 85 % des spectatrices et spectateurs de théâtre assurent avoir eu une fréquentation stable (64%, +9 points) ou en hausse (21%, -4 points) au cours des douze derniers mois, les 15% qui déclarent y aller « moins souvent qu’avant » (-5 points) pointent le prix des places (59%), le manque de temps (24%) et l’arbitrage entre plusieurs activités (19%). À l’inverse, les 21% qui disent y aller « plus souvent » mettent en avant la découverte de nouvelles pièces (46%) et le fait que le théâtre les fait se sentir bien (39%). Globalement, l’ensemble des spectatrices et spectateurs de théâtre affichent un niveau de satisfaction de 7,8/10 quant à leur dernière sortie, soit « un niveau très positif qui se retrouve auprès des différentes catégories », se réjouit Marine Boulanger. Dès lors, même si 74% des répondants considèrent que « les billets de théâtre sont chers » – avec un prix moyen de 31 euros HT dans le privé en 2025, selon des chiffres communiqués par la directrice générale de l’ASTP, Anne-Claire Gourbier –, tout comme « les dépenses annexes » à cette sortie (71%), 81% estiment qu’il s’agit d’une expérience qui les sort de leur quotidien et 63% aimeraient même y aller davantage.
D’ailleurs, lorsqu’on leur demande d’évaluer leur envie d’assister à un spectacle de théâtre dans les six prochains mois, les Français interrogés mettent une note moyenne de 6/10 (+0,8 point) et les spectatrices et spectateurs de théâtre de 7,8/10 (+1 point). Tandis que le contenu – un casting connu, des représentations plus variées, un univers spectaculaire, des thèmes plus actuels – constitue toujours la principale source de motivation devant les incitations – une période avec des tarifs avantageux, une formule « carte fidélité » ou pour être sûr d’avoir des places –, 64% des répondants affirment que « tous les sujets ont leur place au théâtre », même si la misère et la pauvreté (72%) et les questions de discriminations, racisme et/ou sexisme (66%) sont mieux tolérées que les thématiques liées aux guerres, aux génocides et/ou au terrorisme (55%) et plus encore à la religion (52%).
Dans un contexte économique que David Roussel juge, au cours du premier semestre 2026, « difficile », voire « très difficile », pour les producteurs et les salles de spectacles, après « une année 2025 historique », et au regard de la baisse de soutien, aussi perlée que massive, de bon nombre de financeurs publics, les décideurs institutionnels seraient bien avisés de regarder la dernière partie de cette étude que Médiamétrie et l’ASTP consacrent, de façon opportune, à l’impact du théâtre sur le territoire. Alors que, surtout chez les plus jeunes et pour les habitants d’agglomérations de moins de 100 000 habitants, le théâtre est perçu comme un acteur du lien social, vecteur de cohésion et d’ancrage territorial à travers la rencontre de personnes d’horizons différents qu’il permet (78%), il est, notamment chez les plus âgés et les habitants d’agglomérations de plus de 100 000 habitants, considéré comme un contributeur à la vitalité et à l’attractivité du territoire, en participant à l’animation de la vie locale (87%), mais aussi au rayonnement culturel et à la richesse artistique locale (87%). Surtout, le théâtre apparaît comme créateur de valeur pour la vie économique en générant, à travers les sorties qu’il occasionne, des dépenses dans les transports publics (87%), la restauration (77%), les transports privés (73%), les loisirs culturels associés (52%), les achats en commerces de détail (42%) ou encore la garde d’enfant (41%). De quoi craindre, en cas de fragilisation massive, et encore plus avancée qu’aujourd’hui, du secteur, une contamination aussi progressive que dangereuse à d’autres.




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