Deux hommes affublés de costumes de sanglier tentent de se définir : c’est quoi la gauloiserie, et être gaulois ? Dans une esthétique signée Clédat & Petitpierre, Olivier Martin-Salvan et Thomas Blanchard s’emparent du texte commandé à Marion Aubert, mais les marqueurs du récit – écho au fascisme rampant, à la violence masculine… – peinent à atteindre la surface de cette création bancale.
Finalement, après enquête, « le type de la bâtisse » est identifié, c’est Georges. « Mais y’a prescription, c’était au Ve siècle avant J.-C. C’est enfoui, mais y’a quand même des traces ». C’était donc ça la finalité de cette pièce : parvenir à mettre des mots sur la déflagration qu’est le viol, le temps, long, qu’il faut pour ne serait-ce que s’en souvenir intelligiblement, comme tant de récits récents le disent encore, et notamment Frédéric Pommier avec Derrière les arbres.
Dans Les Gaulois, il n’y a pas d’arbres au plateau, mais une surface ondulée, constellée de feuilles mortes peintes parmi lesquelles se dessine un chemin. Olivier et Thomas, prénoms des comédiens et metteurs en scène Olivier Martin-Salvan et Thomas Blanchard, qui travaillent ensemble depuis une quinzaine d’années, sont à la fois de rustres « timbrés du fond des bois » et un duo de gendarmes qui tentent de démêler les mœurs d’individus bas du front. Alain Guiraudie rôde – Thomas Blanchard a d’ailleurs tourné avec lui dans Pas de repos pour les braves – et le lac, qui n’est pas matérialisé, mais dont il est souvent question, accentue le lien avec le cinéaste, qui a un talent indiscutable pour raconter ce qui se passe d’étrange ou d’interdit, d’animal et de sensuel dans des endroits sauvages. Il souffle également sur Les Gaulois un peu de l’esprit de Bruno Dumont et de sa bande du P’tit Quinquin, mais, dans la pièce, les Laurel et Hardy – Astrée et Céladon, Tic et Tac… comme ils disent – parlent trop au risque de se répéter à force de clamer « On est chez nous » ou « Qui n’est pas Gaulois n’est pas Gaulois ». Et d’ailleurs, qui est-il ce Gaulois ? Il est « fort », « costaud » et est caricaturé comme étant quelqu’un qui va à la salle, a des tatoos et aime le rugby. C’est peu amène à l’encontre de ceux-ci. À intervalles réguliers, ils enchaînent aussi les blagues un peu crasses et encombrantes.
C’est quand ils s’installent dans leur torpeur, comme en entame de pièce, quand ils se « font chier » en attendant les Romains ennemis que les deux acteurs convainquent. Ils vont bien, ne font rien, si ce n’est se tresser des nattes, mais, sous cet apparent contentement, ils grondent. Marion Aubert invente des sous-récits. Le sanglier rêve en fait de bouffer des glands, d’« enfouir [ses] naseaux dans la terre et de manger des glands ». « J’ai envie de chasser des trucs. Ça sent des trucs. Y’a des trucs dans l’air qui me donnent envie de chasser des trucs. Des souris et des lézards », dit Olivier. L’air de rien, la prédation est le fil conducteur de cette histoire foutraque qui se déroule sur plusieurs siècles d’éternels recommencements. Le fascisme rôde toujours.
Le lien à la reconnexion à la nature, dont il était question dans Mues de Marion Aubert, est encore présent, mais en vrac : le réchauffement climatique – « Il commence à faire très chaud » –, la mode de la méditation, Bolloré – puisque Astérix et Obélix sur lequel est largement calqué le duo est publié chez Hachette. Cet empilement éloigne de l’animalité qui gagnerait à être plus exploitée, d’autant que Clédat & Petitpierre, qui signent costumes et scénographie, savent allier le beau et le figuratif avec ces vêtements en couches et sous-couches, aux multiples usages, comme ce casque à pointes qui sert d’abord de bol puisé dans la souche d’un arbre, seule excroissance du plateau de jeu. À l’instar de ces costumes pourtant réussis, Les Gaulois semblent engoncés dans un spectacle qui accentue le côté burlesque d’un texte qui, en définitive, ne l’est pas tant.
Nadja Pobel – www.sceneweb.fr
Les Gaulois
Texte Marion Aubert (Les Solitaires Intempestifs), sur une commande de Thomas Blanchard et Olivier Martin-Salvan
Mise en scène et jeu Thomas Blanchard, Olivier Martin-Salvan
Scénographie et costumes Clédat & Petitpierre
Composition musicale Vivien Trelcat, en collaboration avec Maxime Lance
Chorégraphie Loïc Touzé
Lumières Jérémie Papin
Conseils dramaturgiques Baudouin Woehl
Assistanat à la mise en scène Lilea Le Borgne, Lilas Chaussende
Regard extérieur Alice Vannier, Johanna Nizard
Recherches historiques et documentaires Mathilde Hennegrave
Réalisation des costumes Anne Tesson
Régie générale et plateau Marie Bonnier
Régie son Maxime Lance
Régie lumière Sébastien Vergnaud
Construction du décor Ateliers de la Maison de la Culture de Bourges scène nationaleProduction Tsen Productions
Coproduction TANDEM scène nationale Arras-Douai, La Machinerie scène conventionnée de Vénissieux, Théâtre national de Nice CDN Nice Côte d’Azur, Cité internationale de la langue française Villers-Cotterêts, La Comédie de Clermont-Ferrand scène nationale, théâtre Garonne scène européenne – Toulouse, Théâtre des 13 vents CDN Montpellier, Printemps des comédiens / Cité européenne du théâtre et des arts associés – Domaine d’O Montpellier, Théâtre du Pays de Morlaix, Maison de la Culture de Bourges scène nationale, Théâtre Des Îlets CDN de Montluçon
Accueil en résidence TANDEM scène nationale Arras-Douai, Cité internationale de la langue française Villers-Cotterêts, CENTQUATRE-PARIS, Théâtre du Pays de Morlaix, Théâtre des Quartiers d’Ivry CDN du Val-de-Marne, La Comédie de Clermont-Ferrand scène nationale, Césaré centre national de création musicale de Reims, Théâtre Des Îlets CDN de Montluçon
Avec la participation artistique du Studio – ESCATsen Productions – Olivier Martin-Salvan est conventionné par le Ministère de la Culture – DRAC de Bretagne
Durée : 1h25
Vu en mai 2026 à La Machinerie, Scène conventionnée, Vénissieux
Domaine d’O, dans le cadre du Printemps des Comédiens, Montpellier
du 29 au 31 maithéâtre des Îlets, CDN de Montluçon
les 30 septembre et 1er octobrethéâtre Garonne, Scène européenne, Toulouse
du 7 au 15 octobreThéâtre du Pays de Morlaix
les 4 et 5 novembreLe Lieu Unique, Scène nationale de Nantes
du 18 au 20 novembreThéâtre du Jeu de Paume, Aix-en-Provence
du 24 au 28 novembreThéâtre des Bouffes du Nord, Paris
du 3 au 20 décembreMaison de la Culture de Bourges, Scène nationale
les 12 et 13 janvier 2027MC2: Grenoble, Scène nationale
les 2 et 3 févrierThéâtre national de Nice, CDN Nice-Côte d’Azur
du 17 au 20 février


Tout à fait d’accord, spectacle amplement inabouti, et parfois « sans queue ni tête »(un comble !).
Vu hier au Printemps des Comédiens.