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Thésée, sa vie de théâtre entre Guy Cassiers et Valérie Dréville

A voir, Dijon, Douai, Festival d'Avignon, Lausanne, Les critiques, Théâtre
Guy Cassiers adapte Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo avec Valérie Dréville à Vidy-Lausanne puis au Festival d'Avignon
Guy Cassiers adapte Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo avec Valérie Dréville à Vidy-Lausanne puis au Festival d'Avignon

Photo Claudia Ndebele / Théâtre Vidy-Lausanne

Transposé au théâtre, le roman grave et marquant de Camille de Toledo, Thésée, sa vie nouvelle, conserve sa sève grâce à la précision de Guy Cassiers, qui retrouve Valérie Dréville pour l’occasion. Une autre ramification pour ce puissant récit fragmentaire qui n’en manque pas.

C’est un texte qui leur va bien. Quand, après le si délicat et cousu main Antigone à Molenbeek de Stefan Hertmans, Guy Cassiers et Valérie Dréville se font la promesse de se recontacter lorsqu’ils auront trouvé un récit pour prolonger leur collaboration, c’est elle qui dégaine la première. Elle a lu Thésée, sa vie nouvelle, le septième roman de Camille de Toledo paru à l’automne 2020 et, ainsi, le « dialogue peut se poursuivre et se développer », dit Guy Cassiers. À travers cet ouvrage, Camille de Toledo fait non seulement le récit de la psychogénéalogie de sa famille parsemée de suicides, mais il fabrique aussi une sorte de scénographie page après page, jouant avec la disposition des phrases placées au centre, décalées de quelques tabulations ou alignées en cascade, parfois en italique. Il s’affranchit également des majuscules là où l’Académie française en met – en début de chapitre, de paragraphe. Il a aussi disposé des photos des absents, autant de vignettes kaléidoscopiques pour redonner une colonne vertébrale à des histoires tues et dessiner un « avenir » – le mot final de la pièce –, ne serait-ce que pour sa descendance.

La matière de Camille de Toledo apparaît vite comme un trésor pour Guy Cassiers dont l’outil vidéo est une grammaire. Après le suicide de son frère et le décès de ses deux parents en l’espace d’une année, l’écrivain est parti « vers l’Est » avec quelques cartons d’archives familiales. Il les a offerts au metteur en scène flamand qui a puisé dedans pour tapisser le sol et un mur d’écran de souvenirs, pour afficher les visages des défunts qui peuvent ainsi converser avec Valérie Dréville durant 1h30. Elle est tous les rôles avec une rigueur exceptionnelle. Bien souvent, elle est la voix de Thésée – qui s’exprime lui-même en tant que « il », puis « je » dans le livre –, mais aussi celle du grand-père Nathaniel, frère d’Oved, lui-même fils de Talmaï, cet arrière-grand-père qui se suicide d’une balle dans la tête en 1939 après avoir perdu son fils et son frère Nissim, mort au front lors de la Première Guerre mondiale. C’est de cette lignée que sont issus la mère de Thésée et son frère Jérôme ; c’est de ces nœuds qui embrassent les failles sociétales et intimes des Trente Glorieuses menteuses que l’écrivain tente de se départir. Et à qui Valérie Dréville prête corps. Et le corps n’est pas un vain sujet dans ce travail hautement intellectuel par ailleurs.

« Qui commet le crime d’un homme qui se tue ? ». La question est le leitmotiv du livre comme de cette adaptation théâtrale, qui parait être un prolongement naturel du récit écrit, un muscle supplémentaire, comme un pansement pour Thésée dont le corps est aussi mis à rude épreuve. Les visages de la mosaïque de photos rougissent, les radiographies de ses membres, également présents dans le livre, deviennent un tableau, une couleur incandescente sur les écrans limpides du plateau de Guy Cassiers. Il y a sur scène une sorte de synthétisation, de rassemblement des mémoires, presque une simplification. Le dialogue a lieu, puis l’image se floute et disparait. Avec une douceur permanente – aucun mot n’est au-dessus d’un autre –, microtée pour ne pas avoir à élever la voix, l’actrice est un concentré de toutes les ramifications de cette saga familiale qui embrasse le siècle passé et le nouveau. Elle est tous les personnages, mais aussi tous les lieux, et tant pis si Berlin, ce « cimetière à ciel ouvert », ses « fantômes du vieux siècle » et ses Stolpersteine – ces pavés dorés incrustés dans le sol pour dire qu’ici vivaient une femme ou un homme déporté – ne sont pas sur le plateau de façon aussi prégnante que dans le livre de Camille de Toledo.

« Où vont se déposer les peurs des anciens ? », demande le narrateur. Celles des ancêtres, celle de sa mère, Esther, qui rend la vie des autres irrespirable entre son « désir inavoué pour le banquier » et son « amour déclinant pour le père », Gatsby. Et puis, Thésée qui « a peur pour ses enfants », mais ignore de quoi. Sans suivre de façon linéaire ce déroulé, Guy Cassiers et Valérie Dréville soufflent sur ces plaies jusqu’à incarner le dialogue entre le frère mort et « celui qui reste ». Car voilà bien ce qui compte : entretenir, au-delà de la mort, des liens bien souvent abîmés faute d’avoir pu se déployer de leur vivant. Grâce à la littérature, et désormais au théâtre, il n’est pas trop tard pour ceux qui restent.

Nadja Pobel – www.sceneweb.fr

Thésée, sa vie nouvelle
d’après le roman de Camille de Toledo
Conception et mise en scène Valérie Dréville, Guy Cassiers
Avec Valérie Dréville
Vidéo
Bram Delafonteyne
Son Jeroen Kenens
Lumière Zélie Champeau
Collaboration artistique Benoît de Leersnyder
Assistanat mise en scène Tristan Pannatier
Regard extérieur Blandine Savetier
Accessoires, costume et construction du décor Ateliers du Théâtre Vidy-Lausanne
Régie générale Guillaume Zemor
Régie vidéo Nicolas Gerlier, en alternance avec Sebastian Hefti et Sébastien-Philippe Sozedde
Régie lumière Matthias Schnyder, en alternance avec Cassandre Colliard
Régie son Marc Pieussergues, en alternance avec Charlotte Constant

Production Théâtre Vidy-Lausanne
Coproduction Bonlieu Scène nationale Annecy ; Le Volcan – scène nationale du Havre; TANDEM Scène nationale Arras- Douai ; Mixt – terrain d’arts en Loire-Atlantique / Nantes; Théâtre Dijon Bourgogne, Centre dramatique national ; Les Gémeaux – Scène Nationale ; Les Célestins – Théâtre de Lyon ; Maison Saint-Gervais – Genève ; MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis ; Maillon Théâtre de Strasbourg – Scène européenne
Soutiens Fondation Françoise Champoud ; Le Cercle des mécènes du Théâtre de Vidy ; Fondation Pro Scientia et Arte
Soutiens pour le dispositif d’accessibilité Fondation Corymbo ; Fondation Denk an Mich
Dans le cadre du Projet Interreg franco-suisse n° 20919 – LACS – Annecy-Chambéry-Besançon-Genève-Lausanne

Durée : 1h30

Théâtre Vidy-Lausanne, dans le cadre du festival Tempo Forte
du 23 avril au 3 mai 2026

Théâtre Dijon-Bourgogne – CDN, dans le cadre du festival Théâtre en mai
du 22 au 24 mai

Tandem Scène nationale, Hippodrome de Douai
les 28 et 29 mai

Festival d’Avignon, L’Autre Scène du Grand Avignon, Vedène
du 12 au 24 juillet 2026

Maison Saint-Gervais, Genève
du 10 au 13 novembre 2026

Théâtre des Célestins, Lyon
du 18 au 22 novembre 2026

26 avril 2026/par Nadja Pobel
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