Frédérique Aït-Touati et Nathalie Vimeux ont pris la direction du Théâtre de la Cité internationale, à Paris, en septembre 2025. Pour leur première saison, elles souhaitent « un théâtre parisien et international, ancré dans son écosystème universitaire unique ».
« Il est un lieu à Paris où des jeunes gens du monde entier se rencontrent, étudient, rêvent l’avenir, le font. Ce lieu, c’est la Cité internationale universitaire de Paris. Née dans le sillage de la Société des Nations, cette utopie voulait préserver la paix en encourageant l’amitié entre les peuples. Il y a urgence, aujourd’hui, à la réactiver », expliquent les deux co-directrices ,qui envisagent leur théâtre avec « une programmation hybride, interdisciplinaire et cosmopolite ».
La saison 2026/2027 s’ouvre avec Ocean Cage, fruit de la rencontre entre l’artiste chinois Tianzhuo Chen et le performeur indonésien Siko Setyanto, autour d’un village de chasseurs de baleines à Lembata. Suivront, entre autres, Ganesh Versus the Third Reich de la compagnie australienne Back to Back Theatre, Flaming Creatures de Latifa Laâbissi puisé dans l’héritage amazigh, Autothérapie du danseur franco-haïtien Mackenzy Bergile, le vaudou afro-descendant de Smaïl Kanouté, les Archives des non-alignées exhumées par l’artiste serbe Mila Turajlić, et, au printemps, dix jours de temps fort avec le Centre culturel suisse.
« À travers l’hybridation et la variété des formes, les artistes de notre saison ont en commun d’être animés par les grandes questions qui traversent nos sociétés : vivre ensemble malgré les tensions et les différences, inventer des futurs désirables sans renoncer à la joie et à la puissance du collectif, nourrir une conversation mondiale dans un temps de démocratie menacée », poursuivent les deux co-directrices. Le Festival Transforme, conçu avec la Fondation Hermès, en sera l’un des temps forts — avec Silence de Lucie Antunes & Mathilde Monnier, La même chose mais pas tout à fait pareille d’Anne-Sophie Turion, Bunker de Marion Siéfert & Matthieu Bareyre, La Maison de Bernarda Alba de Thibaud Croisy, Confabulations de Diederik Peeters et Strip des Idoles. Les générations d’artistes se côtoieront sur les plateaux comme les chorégraphes Loïc Touzé, avec Je suis lent, et Sati Veyrunes, avec Motor Unit, qui explorent la transmission et la mémoire des gestes.
Frédérique Aït-Touati et Nathalie Vimeux ont imaginé aussi un théâtre de la pensée avec la création d’un Institut pour une terre habitable (un institut du CNRS) composée de chercheurs, artistes, étudiants autour d’une question commune : les manières de préserver, ensemble, les conditions d’une terre vivable. Les questions de l’habitabilité et du soin seront au coeur de leur vision stratégique, en réponse à l’écoanxiété et aux nouvelles maladies de l’époque, notamment la santé mentale des jeunes. En mars, le théâtre deviendra pendant un chantier de recherche-création avec doctorants, artistes et étudiants d’écoles d’art. Un archipel de chercheurs et d’artistes vont accompagner ce projet : Hortense Belhôte, Daphné Biiga Nwanak, Mélanie Bestel et Judith Davis (L’Avantage du doute), Fanny de Chaillé, Emanuele Coccia, Raphaëlle Guidée, Maylis de Kerangal, Hervé Mazurel, Baptiste Morizot, Emilie Rousset, Stephan Zimmerli, et un.e étudiant.e résident à la Cité.
Le Théâtre de la Cité va aussi s’appuyer sur la jeunesse avec ces 8 000 étudiants présents sur le campus. Un jury étudiant constitué de résidents de la Cité a choisi de programmer Language: no broblem de l’artiste palestinienne Marah Haj Hussein. Ivana Müller installe pendant cinq mois Réparer l’Invisible, projet au long cours qui prend le campus comme un territoire à déchiffrer. Marion Boudier et Guillermo Pisani mèneront toute l’année leur laboratoire Croyances avec une quarantaine de résidents venus du monde entier.
Avec les beaux jours naîtra Notre Printemps, nouveau rendez-vous fait de temps forts qui investiront le théâtre, mais aussi tous les lieux de la Cité, les jardins, les parcs et les espaces extérieurs ; une collaboration avec les 50 maisons et leurs auditoriums pour que La Cité devienne un grand théâtre. Et au printemps, Forever Young confiera les plateaux aux participants des ateliers danse et théâtre, ainsi qu’aux élèves des établissements partenaires. Deux semaines où le théâtre appartiendra aux jeunes avec la même invitation : inventer des formes de vie commune, fabriquer de la rencontre, ouvrir la scène à celles et ceux qui d’ordinaire la regardent depuis l’autre côté.



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