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Dada Bene Mambouch et Olivier Borle en toute liberté

À la une, Avignon, Best Off, Théâtre
Suzanne de Dada Bene Mambouch et Olivier Borle
Suzanne de Dada Bene Mambouch et Olivier Borle

Photo Maud Veith

En entrelaçant de multiples récits aux croisements de références très partagées (le cinéma de Truffaut et Hitchcock notamment) et de trajectoires personnelles, tout en puisant dans les genres de la comédie, du polar et de la tragédie, Olivier Borle et Dada Bene Mambouch parviennent à raconter mille vies et plusieurs époques en seulement 80 minutes. De la haute couture.

Ne pas se fier aux apparences. Alfred se réveille d’un cauchemar aussi prévisible que ses idéaux marqués au fer rouge des années 1980 et la sainte trilogie des voitures, des femmes (objets) et donc des films auxquels il pense nuit et jour au détriment de tout le reste. C’est comme ça que sa femme a quitté, il y a longtemps déjà, la maison avec leur enfant sous le bras sans qu’il s’en inquiète. Désormais, sa seule obsession est le chignon qu’il pourra faire à son actrice dans son prochain long métrage ; il doit précisément être le même que celui de l’épouse disparue de son protagoniste. Ainsi, donc, les femmes ne sont plus qu’un rouage scénaristique, selon son assistante, qui ne cesse de le ramener à l’ère post-#MeToo avec brio, humour et fermeté. Elle prend les commandes au point qu’il bascule dans la paranoïa, accroché à ses lectures sur les aventures d’Antoine Doinel. Truffaut rôde partout – l’espace d’un instant, le couple du Dernier Métro surgit même – et le Vertigo d’Hitchcock est évidemment en filigrane.

Fin de l’histoire ? Ce n’est en fait là qu’une introduction à un récit bien plus vaste et intime, une fois le recto du décor révélé. Fini l’espace blanc clinique de la cuisine, place aux lumières tamisées d’un intérieur cosy. La comédie et le polar cèdent la place à un registre plus tragique. Il est question de la fin de vie d’un père, de la quête d’identité d’un fils. Pour que cette bascule acrobatique puisse se faire avec fluidité, il faut bien la grande connaissance qu’ont l’un de l’autre les metteurs en scène, auteurs et acteurs Dada Bene Mambouch et Olivier Borle, longtemps distribués dans les pièces de Christian Schiaretti, notamment au TNP de Villeurbanne. Cette connivence est la clef de voûte de cet édifice créé en 2024, dont ils assument la complexité sans en faire un exposé. Ça joue ! Les personnages sont pleinement incarnés, ne contournent pas leurs difficultés et les impasses dans lesquelles ils se trouvent. Non, recevoir la béquée de son enfant en vieillissant n’est pas agréable ; oui, la sénilité de son aïeul satellisé peut rendre dingue. Mais, au final, il est question de reconnaissances de chacun et de pouvoir tomber les masques (vêtements et perruques) pour que chacun trouve sa place, y compris dans la mort inéluctable et annoncée.

Nadja Pobel – www.sceneweb.fr

Suzanne
Écriture, mise en scène et jeu Dada Bene Mambouch, Olivier Borle
Assistant à la mise en scène Léo Audouy
Scénographie Benjamin Lebreton
Lumière Julie Lola Lanteri
Régie Laurent Basso
Maquillage et perruque Françoise Chaumayrac

Production Compagnie Le Théâtre Oblique ; Théâtre Comédie Odéon
Soutiens Ramdam, Un Centre d’Art

Le Théâtre Oblique est soutenu par la Ville de Lyon.

Durée : 1h15

11 • Avignon, dans le cadre du Festival Off d’Avignon
du 4 au 23 juillet 2026, à 22h10 (relâche les 10 et 17)

Théâtre de Gleizé
le 22 janvier 2027

11 juillet 2026/par Nadja Pobel
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