Le livre est un best-seller et le spectacle est bien parti pour l’être aussi. Après un carton plein au Festival d’Avignon cet été, Où vont les larmes quand elles sèchent gare son vélo aux portes du théâtre Lepic. Sous le regard tendre et facétieux de Léna Bréban, Régis Vallée y trouve un rôle à la taille de son talent et nous embarque dans sa ribambelle de consultations. Comme un échantillon d’humanité.
Il entre dans la salle, casque de vélo en main, sourire large et bonhommie maximale et lance un « Qui est arrivé en premier dans cette salle d’attente ? ». En une phrase, une question adressée, nous voici immédiatement devenus patients face à ce généraliste aussi drôle que le cœur sur la main. Avec Où vont les larmes quand elles sèchent ?, Léna Bréban adapte le roman éponyme de Baptiste Beaulieu inspiré du vécu de son auteur et offre à Régis Vallée avec qui elle avait déjà travaillé sur sa précédentes création, Peau d’homme, un rôle à la mesure de son talent, de sa facétie rieuse, de l’humanité qui transpire de l’homme derrière l’artiste. C’est l’histoire d’un médecin qui n’arrive plus à pleurer mais qui n’est pas sec et distant pour autant. L’empathie est son rayon et à travers ses journées bien remplies, ce sont des petits portraits de petites gens qui tissent le faisceau touchant de ce seul en scène bien rempli où le savoir-faire de Léna Bréban s’exprime à plein régime, où l’humour fait du coude à coude avec nos détresses et fragilités, où les corps sont les miroirs des histoires qu’ils contiennent.
Quand elle ne monte pas des classiques du répertoire (Shakespeare, Beaumarchais), Léna Bréban aime chercher dans la littérature d’aujourd’hui des récits qui s’accordent avec l’air du temps et ses enjeux frémissants. Ses spectacles répercutent des sujets de société, en lien avec la famille (Les Inséparables), le genre (Renversante, Peau d’homme), et ici nos vulnérabilités, l’énigme de nos corps, nos intimités déballées sur la table ou soigneusement cachées dans le cabinet médical. Le décor vient recréer l’espace clos du tête-à-tête soignant-patient tout en ouvrant sur les tournées à domicile. Un paravent à jardin invente un espace d’ombres chinoises, un ailleurs en dehors du cabinet tandis qu’un bureau au centre du plateau, tapissé de tiroirs comme autant de cachettes secrètes, devient coffre à trésors, placard, cercueil et barre d’immeubles, boîte à surprise d’où sortent les accessoires nécessaires pour camper les différents personnages brossés. Ici une perruque, là un costume utilisé comme une marionnette ou un stéthoscope à l’envers qui devient figurine animée, un béret et le tour est joué. Apparaissent alors Fatima, Josette, Giselle, Mr Soarez et d’autres encore dans un défilé de scènes plus vraies que nature.
Mais si le texte apporte sa dimension de témoignage documentaire à la pièce, Léna Bréban y ajoute son grain de sel, à savoir sa touche personnelle espiègle et pétillante. Le bureau du médecin devient un petit théâtre de personnages croqués comme dans une BD, la musique live s’invite au détour d’une chanson participative ou d’un titre de Renaud et les déplacements à vélo sur un tabouret à roulettes font partie des délices d’une mise en scène qui déplie ses fantaisies sans jamais peser. Où vont les larmes quand elles sèchent ? est un spectacle aussi humble que son sujet, qui émeut sans affliger, suspendu, sans arrêt, au versant comique de la vie, un solo généreux littéralement éclairé par son acteur, Régis Vallée, familier des spectacles d’Alexis Michalik, qui trouve là une partition généreuse, un terrain de jeu malicieux qui évoque la maladie et la mort sans que cela ne soit un drame.
Marie Plantin – www.sceneweb.fr
Où vont les larmes quand elles sèchent
de Baptiste Beaulieu
Avec : Régis Vallée
Mise en scène et adaptation : Léna BrébanAssistante à la mise en scène : Ambre Reynaud • Musique : Raphaël Auclerc et Victor Belin • Scénographie : Bastien Forestier • Costumes : Alice Touvet • Lumières : Thibault Vincent
Coproduction : Acmé • La Pépinière
Durée : 1h10
Théâtre Lepic, Paris
À partir du 19 septembre 2026
Les samedis à 15h
Les dimanches à 17h
Les lundis à 21h




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