Après avoir fait ses adieux à l’Opéra de Paris le 1er mars 2025, le danseur étoile s’aventure pour la première fois au théâtre dans Le Rappel des oiseaux, une adaptation du Journal d’un fou de Nikolaï Gogol, présentée dans le Off à La Factory Roseau Teinturiers. Il y est accompagné au piano par Guilhem Fabre.
Mathieu Ganio, 42 ans, jeune retraité du Ballet de l’Opéra national de Paris, a troqué les pointes pour incarner Avksenty Ivanovitch Poprichtchine, le héros du Journal d’un fou. Cette incursion théâtrale a été mûrie de longue date, après des reports successifs. La première version de la pièce, mise en scène par Orianne Moretti, formée à l’École Nationale Supérieure de Marseille du Ballet Roland Petit, sur une chorégraphie de Bruno Bouché, date de 2016, déjà avec Mathieu Ganio. Le spectacle avait failli se jouer en 2020, mais la crise sanitaire l’en avait empêché. Orianne Moretti, qui dirige Correspondances Compagnie, a proposé à Mathieu Ganio de reprendre le rôle à sa sortie de l’Opéra de Paris et d’entamer une nouvelle carrière de comédien.
Le défi est d’envergure pour le danseur : « Ce n’est pas la même approche. On ne mobilise pas les mêmes chaînes musculaires, ni la même mémoire. Venant d’un milieu où la parole n’a pas forcément sa place, ce qui m’intéressait était justement de développer une autre manière d’éprouver des sentiments et de les transmettre au public. Travailler sur l’intonation, le rythme et la voix est très enrichissant. » Mathieu Ganio affronte le vertige du vide, loin des automatismes chorégraphiques : « C’est un défi. J’avais peur du trou de mémoire, alors que cela ne m’angoisse jamais en danse. Il faut réussir à changer de voix et à conserver un timbre clair après les séquences dansées, même si l’on est essoufflé. Ce sont des paramètres techniques qu’il a fallu caler. » Le danseur étoile y parvient avec une incroyable aisance. La folie l’envahit au fil du spectacle. Son regard perçant scrute les yeux des spectateurs, dans un face-à-face intime d’une grande puissance.
Pour accompagner ce basculement mental, le pianiste Guilhem Fabre a rejoint l’aventure et interprète des œuvres de Bach et de Rameau. « L’idée était que la musique soit un peu en contrepoint de cette folie, une espèce de musique presque mathématique. Il y a en même temps la fantaisie, la liberté. C’est ça qui est absolument magnifique dans cette musique, c’est que, comme dans l’écriture de Gogol, à l’intérieur, il y a une folie, une fantaisie folle. » L’obsession d’Avksenty Ivanovitch Poprichtchine se traduit par le célèbre Prélude de Bach, qui revient sans cesse dans le spectacle. « Comme la petite mouche qui vient titiller le personnage pendant qu’il rêvasse », explique Guilhem Fabre. « Elle revient comme une rengaine, une obsession », poursuit Mathieu Ganio, qui renoue en partie avec ses racines, en jouant ce spectacle dans le Off. Ayant grandi à Marseille, une partie de sa famille habite dans la région d’Avignon. « Les souvenirs d’enfance me reviennent en mémoire. Quand j’étais petit, au début des vacances, je venais ici. J’aimais me promener dans les rues, voir toute l’animation. C’est mythique pour moi ce Festival d’Avignon. Donc, commencer une nouvelle carrière au théâtre dans le Off est un bon signe du destin ! »
Stéphane Capron – www.sceneweb.fr





Laisser un commentaire
Rejoindre la discussion?N’hésitez pas à contribuer !