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Un « Songe » sur l’avenir

A voir, Angers, Créteil, Le Mans, Les critiques, Lille, Nantes, Pau, Poitiers, Théâtre
Marcial Di Fonzo Bo crée Songe d'après Shakespeare
Marcial Di Fonzo Bo crée Songe d'après Shakespeare

Photo Christophe Raynaud De Lage

Au Quai, le CDN d’Angers, Marcial Di Fonzo Bo monte avec une jeune bande d’acteurs internationaux le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare, auquel il ajoute un texte inachevé de Federico García Lorca. Conjuguant l’imaginaire atemporel du théâtre avec l’actualité politique grondante, le résultat est aussi élégant qu’inquiétant.

Si ce Songe que nous propose Marcial Di Fonzo Bo est de type prémonitoire, l’avenir qu’il nous réserve n’est pas bien jouasse. Il serait naïf de tomber des nues, évidemment. Entre l’extrême droite qui infecte la tête des pays, le ressentiment qui décomplexe les discours des peuples, les sociétés qui se fragmentent, les appels à la violence qui se font entendre, les frontières qui se ferment et les guerres qui se multiplient, les symptômes sont criants. Il n’empêche, découvrir cet avenir ainsi préfiguré sur les planches, le voir de la sorte contaminer Le Songe d’une nuit d’été, la plus joyeuse et ensorcelante des comédies de Shakespeare, n’en demeure pas moins choquant. Cherchons tout de même le réconfort là où il est encore possible de le trouver : la pièce est réussie.

Rien, heureusement, n’est martelé de façon aussi explicite. Mais dans le langage du théâtre, et surtout au travers des partis-pris assumés par le metteur en scène franco-argentin et la dramaturge Marianne Ségol, tout est dit. Il y a le projet en lui-même, déjà. Hormis Geoffrey Carey, doyen franco-américain découvert sous la direction de Thomas Jolly, Pascal Rambert ou Georges Wilson, sont ici réunis sous la bannière de l’« Académie Européenne – Angers » douze interprètes venus de l’étranger en immersion au Quai, le CDN de la capitale de l’Anjou, pendant six mois – une espèce de mini Erasmus théâtral. Tous et toutes sont jeunes, polyglottes, pleins d’énergie. On les devine fluides, ouverts sur le monde et bien dans leur peau.

Ce sont eux qui vont jouer Le Songe d’une nuit d’été. Cette pièce qui brouille les pistes entre la vie et le théâtre, la raison et l’imagination, le réel et les hallucinations, l’ordre et le désordre ; cette pièce qui met en scène quatre amoureux fuyant les lois athéniennes dans une étrange forêt où leurs désirs seront manipulés par des forces surnaturelles. C’est la partie shakespearienne de la pièce. Il faut se représenter un espace immense, plongé dans l’obscurité, brut comme une boîte de nuit berlinoise, avec ces néons suspendus et cette pleine lune irradiante, immense et inamovible. L’élégance plastique produit ici de beaux tableaux chorégraphiés auxquels se conjuguent de nombreuses vidéos, très réussies, signées Nicolas Mesdom, figurant les protagonistes livrés à leurs pulsions, sous l’emprise de philtres, entre désir et pulsions de mort, hallucinations et faux-semblants – on pense parfois à l’incontournable David Lynch et on découvre la série de gravures de Francisco de Goya, Disparates, citées par les artistes comme source d’inspiration. Le jeu des acteurs et des actrices, comme souvent au sein des troupes en formation, est inégal, mais rattrapé par une énergie collective galvanisante.

Ils sont donc jeunes et pleins de vie, mais ils représentent déjà le monde d’hier. En effet, à la place du cinquième acte habituel, Marcial Di Fonzo Bo a, en quelque sorte, cousu au reste de la pièce un texte inachevé, Sans titre, de Federico García Lorca. L’action se déroule dans un théâtre. On y joue justement Le Songe d’une nuit d’été, jusqu’à ce qu’un homme dénommé l’Auteur vienne l’interrompre pour clamer que le théâtre n’est que mensonge ; puis, comme pour lui donner raison, une bande d’individus armés fait irruption dans la salle. La greffe est audacieuse, mais elle prend et produit des effets tapageurs. C’est toute la violence du monde qui arrive avec eux. On y entend les balles qui sifflent et bientôt la guerre ; on y découvre la jeunesse balayée en clin d’œil. Difficile d’imaginer un réveil plus brutal, mais, hélas, certainement nécessaire. Une question de lucidité.

Igor Hansen-Løve – www.sceneweb.fr

Songe
d’après Le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare (nouvelle traduction en français d’Olivier Cadiot, publiée chez P.O.L) et Sans titre de Federico García Lorca
Mise en scène et lumières Marcial Di Fonzo Bo
Collaboration artistique et dramaturgie Marianne Ségol
Avec l’Académie Européenne – Angers : Olga Abolina, Amada Bokesa, Emma Bolcato, Magí Coma Larrosa, Andro Crespo, Julien Lewkowicz, Nathan Moreira, Miguel Peña Novo, Dylan Poletti, Lucas Resende, Charles Tuyizere ; Geoffrey Carey, Arthur Vonfelt
Décor Alban Ho Van
Films Nicolas Mesdom
Composition musicale Arthur Vonfelt
Costumes Fanny Brouste
Maquillages et coiffures Cécile Kretschmar, assistée de Bryan Gutiérrez
Chorégraphie Lucas Resende
Assistanat à la mise en scène Iris Laurent
Réalisation du décor Ateliers de décors de la Ville d’Angers et de Mixt – terrain d’arts en Loire-Atlantique
Régie générale Arthur Beuvier
Régie plateau Sacha Estandié
Cintres Ronan Beaugendre, Domitille Gaillard
Régie lumière Nicolas Pillu, Augustin Meignan
Régie son Lucas Soudi
Régie vidéo Charlotte Nivert
Construction Florent Benci, Clara Jouaux
Peintures du décor Catherine Rankl assistée d’Aleth Galen
Couture Anne Poupelin, Lucile Charvet assistées de Valentine Chéhère
Régie habillage Anne Poupelin, Lisa Oger
Cuisine Camilo Hock, Vincent Gil
Responsable de production Marina Arselin assistée d’Elyo Guiliani
Directeur technique Jérôme Marpeau

Production Le Quai CDN Angers
Coproduction Mixt – terrain d’arts en Loire-Atlantique
Avec le soutien de dispositif d’insertion de l’École du TNB, dispositif d’insertion de l’École du Nord financé par le Ministère de la Culture et la Région Hauts-de-France, Prix Tremplin Leenaards / La Manufacture – Lausanne

L’Académie Européenne – Angers est soutenue par Solstice – Pôle international de production et de diffusion – Angers – Nantes, Institut Ramon Llull – Barcelone, Institut culturel italien de Paris, Teatre Nacional de Catalunya – Barcelone
Avec le soutien de la Fondation d’entreprise Hermès

Le tournage des films a bénéficié de l’aimable participation de Studio M et de la Réserve Naturelle Nationale de la plaine des Maures.
Décors naturels des forêts domaniales des Maures (Var) et de Chandelais (Maine-et-Loire) gérées par l’Office National des Forêts.

Durée : 2h10

Le Quai, CDN d’Angers
du 5 au 10 mars 2026

Théâtre du Nord, CDN Lille Tourcoing Hauts-de-France
les 9 et 10 avril

Teatre Nacional de Catalunya, Barcelone (Espagne)
les 30 septembre et 1er octobre

Théâtre Saint-Louis, Pau
les 7 et 8 octobre

TAP, Scène nationale de Grand Poitiers
les 13 et 14 octobre

Les Quinconces et l’Espal, Scène nationale du Mans
les 4 et 5 novembre

Mixt, terrain d’arts en Loire-Atlantique, Nantes
du 12 au 16 novembre

Maison des Arts de Créteil
les 19 et 20 novembre

6 mars 2026/par Igor Hansen-Løve
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