De la rencontre entre l’écriture épique et charnelle du grand auteur libano-québécois et l’esthétique clinique et persistante du maître du théâtre polonais est née Europa. En prologue performé par Wajdi Mouawad, une immersion scénique dans la fabrique de ses récits introduit la magistrale adaptation du Serment d’Europe pour six interprètes de Krzysztof Warlikowski. Anatomie théâtrale de l’inconscient d’un continent hanté par la guerre.
Europe, le mythe de la princesse enlevée au Levant. Europe, le Continent. Dans la fable de Wajdi Mouawad, Europe est aussi une femme de 85 ans sommée par l’ONU de remonter le fil de sa propre vie pour en livrer le terrible récit jusqu’à l’événement traumatique auquel elle a assisté à l’âge de 8 ans : un massacre d’enfants dans une école, dont elle apprendra plus tard qu’il a été commis par les siens. Dans cette épopée morcelée de plusieurs générations meurtries par les systèmes d’armes et l’exil réside le foyer incandescent des questions obsessionnelles communes aux deux artistes : la transmission du mal et la possibilité d’un espace de réparation par l’art.
Cette situation lointaine dans un pays imaginaire, ressemblant à tant d’autres d’hier, d’aujourd’hui et vraisemblablement de demain, l’auteur l’envisage comme une forme de « présent total où les époques, les mémoires, les devenirs se juxtaposent, s’infiltrent les uns dans les autres ». Adaptant sa leçon inaugurale des Verbes de l’écriture – une série de conférences performées sur l’invention de l’Europe par les langues et les cultures – Wajdi Mouawad lève le voile sur la genèse de son écriture, entre intime et politique, silence abyssal et fracas du monde, un contraste entre pénombre et lumière dans lequel s’ouvre le spectacle de Krzysztof Warlikowski.
Ce « présent total », c’est précisément ce que le metteur en scène parvient à cristalliser ici en une œuvre tout aussi totale. Dans une scénographie déroutante signée Małgorzata Szczęśniak, d’angoissants espaces transitionnels reflètent le no man’s land mental dans lequel serpente le trauma, heurtant les figures de Wediaa, Mégara, Jovette, les filles d’Europe, ou sautant insidieusement une génération pour dévorer son petit-fils Zacharie d’une violence ancestrale. Tandis qu’une vidéo hypnotique traque les secrets dans l’intimité des visages – victimes, témoins, complices, instruments ? –, dans la salle de classe rouge sang, qui vire du théâtre horrifique au tribunal des mémoires, se joue, entre allégorie et hyperréalisme, la question de notre responsabilité de descendants.
Europa
D’après Le Serment d’Europe de Wajdi MouawadPrologue
Avec : Wajdi MouawadEuropa
d’après Le Serment d’Europe de Wajdi Mouawad
Adaptation : Krzysztof Warlikowski et Piotr Gruszczyński
Traduction : Jacek PoniedziałekAvec : Claude Bardouil, Andrzej Chyra, Magdalena Cielecka, Bartosz Gelner, Małgorzata Hajewska-Krzysztofik, Maja Ostaszewska, Magdalena Popławska
Mise en scène : Krzysztof Warlikowski
Décors et costumes : Małgorzata Szczęśniak
Lumières : Felice Ross
Dramaturgie : Piotr Gruszczyński, Anna Lewandowska et Carolin Losch
Musique : Paweł Mykietyn
Chorégraphie : Claude Bardouil
Vidéo : Kamil Polak
Maquillages : Monika KaletaProduction : Nowy Teatr, Varsovie
Coproduction : Théâtre de Liège1ère partie 45 min
entracte 30 minutes
2e partie 2h1529 mai 2026 à 19h
30 mai 2026 à 17h
Domaine d’O – Théâtre Jean-Claude Carrière




Nous sommes allés à la première représentation hier soir à Montpellier. Le prologue de Wadji Mouawad est remarquable à tous points de vue.
Nous étions assez mal placés ce qui nous a empêché de pouvoir lire correctement la traduction affichée sur un panneau numérique en hauteur. Vraiment médiocre voire pire pour un festival de ce niveau ! Ne comprenant pas le polonais, nous avons été contraints de partir. Heureux malgré tout d’avoir écouté et vécu le magnifique texte du prologue de Wadji.
Un spectacle magnifique, avec la chance inouïe d’être placée au 1er rang mais qui m’a frustré du fait des surtitrages très mal placés en hauteur et certainement mal traduits si j’en juge par l’incohérence de certains passages et les fautes de syntaxe. La compréhension et l’attention ont été certainement affectées par ce dispositif. Je pense même revoir cette pièce un jour pour apaiser ma frustration.