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Avec « Vania », Cacace compresse Tchekhov

A voir, Les critiques, Montpellier, Théâtre
Guillermo Cacace adapte Oncle Vania de Tchekhov au Printemps des Comédiens
Guillermo Cacace adapte Oncle Vania de Tchekhov au Printemps des Comédiens

Photo Marie Clauzade

Après La Mouette, Oncle Vania. Le metteur en scène argentin Guillermo Cacace remet le couvert dans son exercice de concentration du théâtre de Tchekhov. Son Vania continue d’exhaler l’essence de l’art de l’auteur russe pour le plus grand plaisir des spectateurs.

Sa Gaviota avait fait sensation, il y a deux ans, lors de sa découverte en France au Printemps des Comédiens. Un concentré intense de La Mouette de Tchekhov qui démarrait comme une lecture, actrices et spectateurs réunis autour d’une table, et donnait une version écourtée, mais d’une pureté chimique impressionnante, du texte de l’auteur russe. Le metteur en scène argentin Guillermo Cacace est de retour cette année du côté du Domaine d’O, à Montpellier, avec un texte de Tchekhov encore une fois, Oncle Vania, auquel il fait subir le même procédé de réduction, visant à en extraire les essences essentielles. Intitulée Vania, sa version réunit chez l’Oncle Vania son propre frère, le professeur Sérébriakov, vieil intello pontifiant et acariâtre qui écrase tout le monde, et de ce dernier sa jeune et belle femme qui s’ennuie, sa fille qui est amoureuse sans retour d’un médecin quelque peu mélancolique et ce médecin lui-même (Alejandro Pino). Histoires d’amours contrariées, d’illusions perdues, de problèmes d’argent et d’angoisses existentielles face au passage du temps et à la mort qui approche, on est dans du Tchekhov pur jus que Cacace met en bouteille dans un spectacle d’à peine plus d’une heure.

Dans un décor aux teintes claires, des costumes couleur sable, des tables de bois blanc, se dessinent, nous explique le dossier de présentation, le paysage lumineux et plein de vide du désert d’Atacama au Chili. On ne perd pas grand-chose à ne pas le savoir. Et c’est plutôt à la déforestation de l’Amazonie que l’on songe quand sont évoqués les prémonitoires travaux du médecin qui plante des forêts pour régénérer le monde. Et aux télénovelas sud-américaines quand se jouent des scènes de déploration amoureuse avec des comédiens dirigés à la frontière de l’hyper théâtralité, dans une interprétation fiévreuse qui se situe tout le temps à la limite du surjeu – en restant du bon côté – et permet ainsi, sans doute, de rendre au mieux toute cette tendresse moqueuse, cet amour teinté de dérision que l’auteur russe semblait avoir pour ses personnages. L’un des ingrédients de son génie n’était-il pas de prendre leurs émotions au sérieux, d’étreindre leur tristesse tout en ayant un léger sourire aux lèvres ? La lumière blanche, éclatante, la proximité des comédiens dans un dispositif privilégiant, comme dans Gaviota, l’intimité, laisse circuler au mieux les émotions. Ici, Sonia, la jeune fille laide éconduite est jouée par un beau jeune homme (Francisco Diaz), Oncle Vania par une femme (Paola Lattus), Dolores Reina a bien dépassé les 25 ans de son personnage d’Elena, et le professeur mourant (Raúl Rocco) chausse un casque de moto quand il lui faut partir. Quelques musiques pop balancées plein tube illustrent les situations. On est donc toujours au bord du contrepied et de la parodie et, en même temps, lancé à fond dans le pathos.

Dans un temps si court, et dans un théâtre d’acteurs rythmé par des effets sonores en forme de coups de théâtre, dépouillée de sa langueur et de ses excroissances, la trame du théâtre tchekhovien se révèle. L’âme slave mélancolique semble se fondre naturellement dans le chaud tempérament latin. Les interprètes naviguent entre les incohérences de leurs personnages pris dans les mouvements incontrôlables des flux et reflux de leurs désirs. Avec trois tables et quatre chaises, une botte de paille et un peu de fumée, le désert d’Atacama laisse affleurer la campagne moscovite, les déboires existentiels se doublent de rapports sociaux inégalitaires et le théâtre de Tchekhov montre comment il marie si bien le comique et le tragique, et déploie un art aussi universel qu’intemporel. Pas de suspens ni de silences ici, aucun naturalisme, mais les amateurs de Tchekhov y retrouveront comme un digest de l’auteur et ceux qui ne le connaissent pas une belle porte d’entrée dans son œuvre.

Eric Demey – www.sceneweb.fr

Vania
d’après Oncle Vania d’Anton Tchekhov
Adaptation dramaturgique Juan Ignacio Fernández
Mise en scène Guillermo Cacace
Avec Paola Lattus, Dolores Reina, Francisco Diaz, Alejandro Pino, Raúl Rocco
Assistante à la mise en scène Mima Escubort
Assistante de répétition et production Pamela Trujillo Gallardo
Conception sonore des répétitions Amaro Esquivel
Conception sonore finale Raimundo Stevenson
Conception lumière des répétitions Claudio Ortiz
Conception lumière finale Javier Pavéz
Traduction des sous-titres et surtitres en direct Bérénice Bardoul
Costumes et décors Isabel Gual

Production Fundación Teatro a Mil

Durée : 1h10

Printemps des Comédiens, Domaine d’O – Chapiteau bleu
les 30 et 31 mai 2026

1 juin 2026/par Eric Demey
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