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À l’Odéon, un précipité d’« Hamlet »

Les critiques, Moyen, Paris, Théâtre
Ivo van Hove adapte Hamlet d'après Shakespeare au Théâtre de l'Odéon avec Christophe Montenez de la Comédie-Française
Ivo van Hove adapte Hamlet d'après Shakespeare au Théâtre de l'Odéon avec Christophe Montenez de la Comédie-Française

Photo Jan Versweyveld, coll. Comédie-Française

Malgré l’impeccable performance de Christophe Montenez dans le rôle-titre, le metteur en scène flamand Ivo van Hove, une nouvelle fois aux commandes de la troupe de la Comédie-Française, ampute trop largement le chef-d’oeuvre shakespearien pour en déplier toute la complexité dramaturgique et en révéler toute la richesse humaine, symbolique et politique.

Il suffit parfois d’une scène, d’une seule et unique scène, pour que le modus operandi d’un spectacle se symbolise et, ce faisant, que le coeur de son réacteur soit exposé au grand jour. Tandis que le dernier tour de piste d’Ophelia face au roi Claudius, à la reine Gertrude et à son frère Laertes s’annonce, la jeune femme apparaît sans fleurs ni couronne, vêtue d’une tunique d’un blanc immaculé qui prouve, peut-être, qu’elle seule n’a pas corrompu son âme dans toute cette tragique histoire. Au lieu d’entonner son fameux chant, affolé et affolant, capable, par le seul dérèglement du langage, de refléter l’état pourri du royaume du Danemark et de renverser l’ordre, notamment patriarcal, établi, elle se met à fredonner les paroles d’un autre, Stromae, et de sa chanson L’enfer. Dans l’adaptation qu’Ivo van Hove propose du chef-d’oeuvre de Shakespeare au Théâtre de l’Odéon, le procédé n’est pas nouveau. À deux reprises, déjà, des tubes contemporains – Tristesse de Zaho de Sagazan et Bohemian Rhapsody de Queen – se sont invités dans la danse ; à deux moments, par la suite, d’autres – Everybody Dies de Billie Eilish et Death Is Not the End de Bob Dylan – s’y fraieront également un chemin ; mais, cette fois, le sacrifice est d’ampleur – comme il l’est également, et notamment, lors de la scène des fossoyeurs –, et voilà l’ultime discours d’Ophelia réduit aux « pensées suicidaires » de Stromae, qui préexisteraient ainsi à son mal-être, alors qu’elles ne sont, chez Shakespeare, que la conséquence de ses malheurs. De quoi faire chuter la complexité du texte d’origine de plusieurs niveaux.

Cet élément pourrait (et encore) passer pour un détail s’il ne reflétait pas le caractère précipité de l’adaptation qu’Ivo van Hove et son complice Bart Van den Eynde livrent d’Hamlet. Aux commandes de la troupe de la Comédie-Française pour la quatrième fois après Les Damnés, Électre / Oreste et Tartuffe ou l’Hypocrite, le metteur en scène flamand pénètre dans la psyché du prince du Danemark – au gré d’un prologue à l’exécution spectaculaire, mais à l’originalité toute relative – pour ne livrer que les passages obligés de son histoire. De l’apparition du spectre à l’enterrement d’Ophelia, du départ de Laertes pour la France au bain de sang final, de l’homicide involontaire de Polonius à la prière en forme de passage à confesse de Claudius, ils sont tous là, et bien là, ou presque, mais dans une version expurgée, édulcorée, qui, à chaque fois, ne manque pas de nous laisser sur notre faim. Évidemment, Hamlet, et le procédé est d’ailleurs tout à fait bienvenu, subit toujours une série de coupes claires, franches, plus ou moins amples lorsqu’il est porté à la scène, mais rarement autant qu’ici. Dès lors, sans oser la radicalité, qui aurait pu être féconde, d’un pur enchaînement de séquences hallucinatoires – à l’image de celle, captivante, qui entoure l’échange entre Hamlet et Fortinbras –, Ivo van Hove ne rend pas compte de la richesse de la pièce. Sous sa houlette, l’ensemble des personnages prennent une tonalité tout à fait univoque – Hamlet est fou, Polonius est bon, Gertrude est aimante… – et leurs relations, pourtant aussi entremêlées qu’un amas de ronces, apparaissent, en toute logique, à l’avenant, sans cette part d’ambivalent mystère et d’intenses fluctuations qui fait pourtant tout leur sel, et leur intérêt.

Surtout, alors que la traduction particulièrement ample et pleine d’échos de Frédéric Boyer reflète parfaitement le caractère vénéneux et perturbateur d’un langage qui n’est plus tout à fait en adéquation ni avec les êtres, ni avec leurs actes, le metteur en scène se prive de la progression psychologique au trébuchet et de l’intensité dramatique naturelle du texte shakespearien, réduit à sa portion congrue – même si la dimension toxique de la relation qu’Hamlet inflige à Ophélie est sans doute beaucoup plus explicitement mise en valeur qu’à l’accoutumée. Le voilà donc contraint d’employer un ensemble de subterfuges scénographiques, conçus par son fidèle Jan Versweyveld, pour mettre le plateau sous tension : un écran, où apparaissent parfois les mots « Violence », « Inceste », « Meurtre » et l’opération « Théâtre = rechercher la vérité », grésille à intervalles réguliers, un grondement sourd et lourd ne cesse de se faire entendre et le plancher distille une épaisse fumée, comme s’il recouvrait les Enfers où les personnages s’apprêtent les uns après les autres à sombrer. Si, visuellement, ces différents leviers fonctionnent absolument et permettent de former quelques belles images – à l’instar de la prière de Claudius, mis, littéralement, sous le feu des projecteurs par un Hamlet qui le perce définitivement au grand jour –, ils n’en bâtissent pas moins un écrin un peu trop stéroïdé, comme l’était déjà celui d’Électre / Oreste, où la boue le disputait au sang.

Restent alors les comédiennes et les comédiens-français dont Ivo van Hove a réuni la fine fleur. Attendu dans le rôle-titre, dont on pressentait qu’il lui irait comme un gant grâce à son jeu toujours aux frontières d’une inquiétante étrangeté matinée de folie, Christophe Montenez campe un Hamlet tout à la fois terrifiant, dans le déferlement de violence dont il devient l’un des principaux relais, et bouleversant, dans cette torture intérieure qu’il expose au vu et au su de toutes et tous. À ses côtés, Loïc Corbery – qui a récemment endossé le rôle du prince du Danemark sous la direction de Simon Delétang – s’impose en Horatio déchiré, malgré le trop-peu de tirades qui lui reste à jouer, quand, face à lui, le trio Florence Viala, Denis Podalydès et Guillaume Gallienne incarne à travers les personnages de Gertrude, Claudius et Polonius une forme, assez lisse dans son univocité, de tempérance de l’État. Problème, si les actrices et les acteurs font toutes et tous montrent de leur talent, y compris ceux qui incarnent les omniprésents comédiens amis d’Hamlet – Vincent Breton, Aksel Carrez, Arthur Colzy, Pierre-Victor Cabrol, Nicolas Verdier – et sont, dramaturgiquement, largement sous-exploités, il leur est arrivé, parfois, au soir de la première, d’être poussés dans le rouge par Ivo van Hove. Curieusement au vu de son habituelle cérébralité, le metteur en scène les précipite par moment dans des sorties de route à la limite du pathos et de l’hystérie. Nouvelle preuve, s’il en fallait une, que l’artiste se trouve en quête d’une intensité dont ses trop larges coupes textuelles l’ont privée.

Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

Hamlet
d’après William Shakespeare
Mise en scène Ivo van Hove
Traduction Frédéric Boyer
Adaptation Ivo van Hove, Bart Van den Eynde
Avec Florence Viala, Denis Podalydès, Guillaume Gallienne, Loïc Corbery, Christophe Montenez, Jean Chevalier, Élissa Alloula, Vincent Breton, Aksel Carrez, Arthur Colzy, Pierre-Victor Cabrol, Nicolas Verdier

Dramaturgie Bart Van den Eynde
Scénographie, lumière Jan Versweyveld
Costumes An D’Huys
Musiques originales Roeland Fernhout
Son Pierre Routin
Vidéo Claudio Cavallari
Travail chorégraphique Rachid Ouramdane
Assistanat à la mise en scène Laurent Delvert
Assistanat à la scénographie Christophe Eynde
Assistanat aux costumes Belza Beausoleil
Assistanat aux lumières François Thouret
Assistanat au travail chorégraphique Sébastien Ledig

Production Comédie-Française
Coréalisation Odéon Théâtre de l’Europe

Durée : 2h

Odéon-Théâtre de l’Europe, dans le cadre de la programmation hors les murs de la Comédie-Française
du 21 janvier au 14 mars 2026

23 janvier 2026/par Vincent Bouquet
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1 réponse
  1. DUNOISE
    DUNOISE dit :
    23 janvier 2026 à 13 h 49 min

    Qui a jamais vu un meilleur Hamlet que celui de Nekrossius?

    Répondre

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