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Boris Charmatz : « Dans le silence, il y a une dimension intime et politique »

À la une, Avignon, Bruxelles, Danse
Somnole, solo de Boris Charmatz photo Marc Domage
Somnole, solo de Boris Charmatz

Photo Marc Domage

Après Somnole, Boris Charmatz va créer au Kunstenfestivaldesarts un nouveau solo, Muette. Il l’écrit et le répète au Centre national des écritures du spectacle, à La Chartreuse de Villeneuve lez Avignon, dans le Tinel, là où il sera donné cet été dans le cadre du 80e Festival d’Avignon. Un moment de solitude et de quiétude pour le danseur et chorégraphe.

Créer un solo, est-ce que cela correspond à un état dans la vie d’un danseur et d’un chorégraphe ? De se retrouver seul, de faire le point sur son travail ?

Ce qui est très bizarre, c’est que j’ai découvert l’art du solo très récemment avec Somnole, et je dois dire que cela a été un peu comme une révélation. J’ai eu envie d’en faire un deuxième, mais je ne savais pas comment. Somnole, c’était si spécial, le fait de siffler pendant une heure et de danser. Et puis, il y a eu cette idée de Muette. En ce moment, je suis à La Chartreuse, seul face à ma page blanche, dans un moment de fragilité, de ne pas toujours savoir ce qui va s’écrire. Et puis, petit à petit, l’équipe artistique me rejoint : Magali Caillet-Gajan, Fabrice Le Fur, Yves Gaudin pour la lumière. Mais le fait d’être seul chez soi, ou en studio, c’est très particulier, c’est très intime, en fait.

Le fait d’être à La Chartreuse, est-ce que c’est un peu aussi une quête spirituelle chorégraphique ?

J’ai déjà travaillé dans des églises ! Ici, la résidence d’écriture me permet de me plonger dans le Festival d’Avignon. Les souvenirs d’enfance et de spectateur reviennent en moi. Et puis, je connaissais mal La Chartreuse, je la découvre vraiment. C’est le Palais des Papes en version horizontale. C’est extrêmement agréable d’y travailler. Et le fait que ce soit un lieu de l’écriture, je trouve que ça correspond bien au fait de travailler sur Muette, même si, bizarrement, il n’y a pas de texte. Le fait de ne pas parler, de travailler sur le non-dit, je ne dis pas que c’est théâtral, mais ce n’est vraiment pas loin de l’écriture, de la prise de parole. Je ne me sens donc pas trop en décalage, disons, avec les écrivains et les écrivaines qui sont en résidence autour de moi.

Revenir à un solo, c’est une nouvelle fois se mettre à nu ?

Oui. Dans Somnole, j’étais accompagné par toutes ces musiques qui me passaient par la tête et que j’avais envie de partager avec les spectateurs ; là, c’est comme si on m’avait coupé le sifflet. Je suis aussi nu concrètement dans ce solo, donc c’est comme si on m’avait enlevé la jupe, la musique, simplifié la lumière, c’est à cru. Et puis, j’ai 53 ans, donc il était temps de faire ce travail. Pour toutes les pièces, je travaille souvent seul pour les préparer, mais là, de creuser une matière seul, c’est intense. On passe par des hauts et des bas. Il y a des journées où je travaille très peu, un peu comme les écrivains. Il y a des fois où, tout d’un coup, une page s’écrit ; et puis, pendant une semaine, on retravaille juste trois mots.

Quand vous créez une grande forme, vous êtes souvent à l’extérieur, parfois au milieu des danseurs, mais votre regard extérieur est essentiel. Là, vous êtes seul, votre propre chorégraphe. C’est très différent ?

C’est effectivement différent, d’autant qu’à Avignon, en 2024, on a fait une très grande forme avec Cercles. Puis, il y a eu Liberté Cathédrale et le projet sur Café Müller. Le fait de revenir et de s’exposer au public, donc à son regard, tout seul à La Chartreuse, dans ce Tinel, c’est très fort. Et c’est vrai que je m’expose aux regards. En plus, je travaille beaucoup les yeux fermés. Là, dans ce solo, c’est très frontal, très lié à mon visage, à ma bouche, à l’oralité, sans mots. Les gens vont me voir et je vais les regarder aussi. Il y aura un jeu d’échanges.

Qu’est-ce qui a été le point de départ de Muette ?

Je cherchais un autre solo après Somnole. Au départ, je pensais faire une suite chantée, une suite parlée. Et puis, j’ai eu une sorte de flash. Au moment de Liberté Cathédrale, avec les danseurs, il y avait toute une partie en silence et, tout d’un coup, j’ai compris que, dans ce silence, il y avait aussi une dimension intime et politique, une sorte de sidération de ne pas savoir comment réagir, de ne pas savoir comment prendre la parole, de ne pas savoir comment sortir les mots. On enlève la musique et on danse en silence. Les minutes de silence se sont multipliées après les attentats et le fait d’être bombardé d’informations tous les jours, toutes les minutes, nécessite des réactions plusieurs fois par jour, même si je ne consulte aucun réseau social. Quelque part, on court après des réactions instantanées, et je n’ai pas cette capacité à réagir six fois par jour à l’actualité. Donc je me suis dit que j’allais me concentrer là-dessus, être muet.

Est-ce qu’écouter le silence, c’est aussi un luxe ?

C’est un luxe, mais c’est aussi un danger dans la façon dont on conçoit aujourd’hui le spectacle vivant. Il y a tellement de pression : il faut remplir les salles, il faut que ça plaise, sinon on est accusé d’élitisme. Là, je fais un solo en silence, nu. C’est tout petit, intime, fragile. C’est une sacrée liberté.

Aujourd’hui, il y a beaucoup de solos et de duos proposés par la nouvelle génération de chorégraphes. Cette tendance est notamment liée aux contraintes économiques, car il est de plus en plus difficile pour les compagnies d’avoir des producteurs et des résidences. Estimez-vous avoir eu de la chance au début de votre carrière ?

C’était déjà une lutte dans les années 1980, même si on pouvait faire plus facilement de grandes formes, mais là, ça devient très très dur. C’est quelque chose qui m’a sauté aux yeux en quittant Wuppertal, le fait de revenir dans le monde du commun des mortels artistiques. Les subventions et les budgets des théâtres sont en baisse. Je me retrouve avec mes collègues en butte aux difficultés d’aujourd’hui, avec cette culture fragilisée. C’est un ensemble : la liberté d’expression, la démocratie et la paix sont fragilisées. On est quand même dans une zone de turbulences énormes, avec d’importantes crises devant nous. Alors là, je ne fais pas un solo pour des raisons économiques, mais je ne pourrais pas multiplier les pièces de groupe.

Même en s’appelant Boris Charmatz ?

Ah oui, tout à fait, même si j’ai la chance d’être soutenu par le ministère, la Région Hauts de France, la Maison de la Culture d’Amiens, le Festival d’Avignon et d’autres structures européennes. On y arrive, mais le futur est compliqué pour moi, et il l’est encore plus pour d’autres. Je ne suis pas en train de me plaindre, mais on est vraiment dans une période dure pour tout le monde.

Propos recueillis par Stéphane Capron – www.sceneweb.fr

Les spectacles de Terrain en tournée cet été

Muette
du 21 au 24 mai 2026
Kunstenfestivaldesarts, Charleroi danse, au Kaaitheater
du 17 au 24 juillet
Festival d’Avignon 2026 au Tinel de la Chartreuse de Villeneuve les Avignon

Cercles
3 et 4 juillet aux Nuits de Fourvière
Atelier en public à la Halle Tony Garnier de Lyon

10 000 gestes
Le 25 juin au Mannheimer Sommer Festival

Somnole
13 juin au festival Latitudes Contemporaines, au Couvent des dominicains de Lille
21 juin à Extension Sauvage, à Bazouges-la-Pérouse

21 avril 2026/par Stéphane Capron
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