Inscrivant chacune de ses nouvelles pièces dans son projet monumental Recordar para vivir – une mise à nu sismique de sa vie comme matière vive d’une œuvre condamnée à ne s’achever qu’avec sa mort –, Marina Otero isole ici l’épisode récent d’une tentative d’histoire d’amour pour l’ausculter avec Ibrahim Ibnou Goush.
C’est l’histoire d’un voyage de Marina à Tanger, au Maroc, pour aller chercher un homme, l’épouser, lui donner ses papiers de Sud-Américaine européanisée et créer une nouvelle œuvre à partir de cette rencontre. Mais Ayoub est apparu sur son chemin, et le projet initial s’est effondré. Son prénom (signifiant « le revenant » ou « le repenti ») est très répandu dans les pays musulmans. Cent-quinze enfants prénommés Ayoub ont été tués par l’État sioniste d’Israël dans la bande de Gaza.
Marina Otero et Ibrahim Ibnou Goush, dans une fausse conférence qui vrille en vraie performance, débordent peu à peu le cadre de la déception intime pour en révéler l’immense toile de fond : le grand échiquier géopolitique. Le récit personnel se troue progressivement de gestes et de mots qui laissent apparaître les règles de l’oppression coloniale qui destinaient leur rencontre à l’échec. Ce n’est pas un amour impossible, c’est un amour dans un monde impossible : sur cette toile tendue, beaucoup plus vaste encore qu’il n’y paraît, le prénom d’Ayoub résonne comme le symbole paradoxal et terrible des corps sacrifiés par les guerres.
Interprété en espagnol et en darija, Ayoub s’élève comme un chant païen de dépossession dans un espace saturé de poussière blanche, inventé par un duo qui questionne ce qui survit de l’amour dans un monde impossible. Une pièce uppercut qui fait de la performance un acte de résistance, et du corps une véritable scène de combat — signature inouïe de Marina Otero.
Ayoub de Marina Otero
Avec : Ibrahim Ibnou Goush et Marina Otero
Écriture et mise en scène : Marina Otero
Caméra : Florencia de Mugica
Coordination technique et technicien en tournée : Celso Hernando
Création lumière : Facundo David
Création sonore : Antonio Navarro
Montage vidéo : Daniela García
Supervision des textes : María Velasco
Collaboration : Javier Montero
Traduction en darija : Farah Hamdaoui Kadaoui
Arrangements musicaux : Juan Pablo de Mendonça
Photographie : Andrés Manrique, Andrés Carnalla et Analu Zapata
Tailleur : Guadalupe Blanco Galé
Administration de production : Mariano de Mendonça
Diffusion : OTTO Productions / Nicolas RouxRemerciements : Nuria Güell, Adrián Carrasco, Andrés Manrique, Somaya Taoufiki, Martín Flores Cárdenas
5 et 6 juin 2026
Printemps des Comédiens
Théâtre d’O – Salle Paul Puaux






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