Tiago Rodrigues a présenté ce soir à la FabricA, entouré de 80 spectatrices et spectateurs, la programmation du 80e Festival d’Avignon. Il se déroulera du samedi 4 juillet au samedi 25 juillet, avec le coréen comme langue invitée. Un festival renforcé avec 47 créations, 15 000 places de plus à la vente et Julien Gosselin dans la Cour d’honneur du Palais des Papes avec Maldoror. Isabelle Huppert, Valérie Dréville, Denis Podalydès et Éric Ruf sont à l’affiche. 67% des artistes invités sont programmés pour la première fois, comme le Britannique Ben Duke, l’Espagnole Andrea Jiménez ou, côté français, Tiphaine Raffier, Marion Siéfert et Thibault Perrenoud.
Julien Gosselin est un enfant du Festival d’Avignon. En sortant de l’École du Théâtre du Nord (Promo 2), ses Particules élémentaires d’après Michel Houellebecq le propulsent, en 2013, sur le devant de la scène. Celui qui est devenu le directeur du Théâtre national de l’Odéon en 2024 a présenté par la suite 2666 en 2016, Joueurs, Mao II, Les Noms en 2018 et Extinction en 2023. Il revient par la grande porte, celle de la Cour d’honneur du Palais des papes, avec Maldoror. « Julien Gosselin est un artiste qui pratique sa liberté de création à grande échelle, explique Tiago Rodrigues. Et je pense qu’aujourd’hui, le Festival d’Avignon, comme d’autres grands festivals européens, au moment où la liberté de création est menacée, pas seulement pour des raisons idéologiques, mais aussi pour des raisons économiques, a l’obligation de défendre cette liberté de création à grande échelle. La Cour aurait pu arriver plus tôt, mais le désir et l’envie de Julien se sont matérialisés avec ce projet, ce Maldoror, étrange mélange de Lautréamont avec d’autres écritures, dont celle, encore une fois, de Roberto Bolaño. Il y avait chez Julien Gosselin l’envie, dans cet espace de la Cour d’honneur, d’interroger le rapport du public et l’histoire du festival. C’est un spectacle qui parle beaucoup de littérature, d’histoire de l’art et de cette fascination qui peuvent avoir les écrivains et les écrivaines pour le mal. »
Julien Gosselin est donc issu de la Promo 2 de l’École du Théâtre du Nord, tout comme Tiphaine Raffier, avec qui, et d’autres, ils avaient fondé la compagnie Si vous pouviez lécher mon cœur. Tiphaine Raffier est programmée pour la première fois au Festival. C’est elle qui l’ouvrira, le 4 juillet, à la FabricA, avec L’hors-présence, un spectacle sur la fin de vie, qui risque de remuer le public, tôt le matin, à 11h. La direction du Festival a fait le choix, depuis quelques années, d’adapter ses horaires de spectacle à l’évolution de la planète, et donc aux risques de canicule.
67% des artistes invités pour la première fois
Une nouvelle génération d’artistes français sera mise à l’honneur dans cette édition. Thibault Perrenoud va mettre en scène le spectacle itinérant, Hamlet, une version pour trois interprètes. De son côté, Marion Siéfert va créer Bunker, l’histoire d’un PDG de l’une des principales compagnies pétrolières de France qui se réfugie, avec sa fille, dans un bunker de luxe pour échapper au réchauffement climatique. Rébecca Chaillon sera de retour avec La Parabole du Seum, Jeanne Candel présentera CAPRA (une chèvre), après une avant-première au Théâtre Garonne de Toulouse à la fin du mois de juin, et une carte blanche sera donnée à Vanasay Khamphommala avec deux spectacles en alternance au Mahabharata, le Bar du Festival. « La nouvelle génération du théâtre et de la danse française n’est pas marquée par une uniformité, comme s’il y avait une école qui donne du sens à un ensemble. Elle est d’une grande singularité avec des voix uniques, singulières, qui possèdent leur propre univers et inventent leur propre grammaire artistique », souligne Tiago Rodrigues, qui programme aussi des artistes internationaux qui sont invités pour la première fois à Avignon. Le metteur en scène britannique Ben Duke proposera The Last Hamlet, après son Médéa la saison dernière au Théâtre de la Ville, tandis que l’Espagnole Andrea Jiménez présentera Casting Lear en fin de festival, un spectacle dans lequel elle fait passer une audition à un comédien pour interpréter le personnage du Roi Lear, sans répétition préalable. Éric Ruf et Denis Podalydès se prêteront au jeu de cette audition.
Han Kang, invitée d’honneur de la programmation coréenne
Après l’anglais, l’espagnol et l’arabe, le coréen est la langue invitée. Plusieurs œuvres de la prix Nobel de littérature Han Kang seront présentées. Julie Deliquet va mettre en espace un chapitre de son dernier roman, Impossibles adieux, dans une version franco-coréenne, dans la Cour d’honneur du Palais des Papes avec Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee. Le roman sera adapté en entier par Daria Deflorian, dans sa version italienne, Che dolore terribile è l’amore.
L’artiste coréen le plus connu en France, Jaha Koo, souvent programmé au Festival d’Automne à Paris, présentera plusieurs de ses spectacles : Cuckoo, The History of Korean Western Theatre et Haribo Kimchi. Parmi les artistes moins connus figurent la chorégraphe Sung Im Her avec 1 Degree Celsius qu’elle vient de créer à Séoul sur le rapport entre le corps et le réchauffement climatique, et Kyung-Sung Lee et son Island Story qui raconte l’histoire du massacre de Jeju en 1948, lorsque la police tire sur des manifestants commémorant la lutte des Coréens contre l’occupant japonais. « C’est l’histoire du contexte dans lequel s’est opérée la division de la péninsule en deux Corées, détaille Tiago Rodrigues. Une histoire très effacée, même en Corée du Sud, et qui rappelle d’une façon troublante des voix effacées par l’histoire. » La tradition coréenne sera représentée avec Lee Jaram, diva du pansori, l’art coréen du récit chanté, qui adapte des œuvres du répertoire occidental. Ici, ce sera Maître et serviteur de Tolstoï dans Neige, neige, neige. Elle sera juste accompagnée sur scène par un musicien au janggu, sorte de tambour à double face. Dans un genre plus contemporain, KIN: Yeonhee Project de la compagnie Liquid Sound mêlera cirque et musiques traditionnelles et populaires. La venue de ces artistes a été facilitée par le partenariat avec le Korea Arts Management Service et le Seoul Performing Arts Festival.
Le cirque fait son entrée dans la Cour d’honneur
En 1967, Jean Vilar avait programmé pour la première fois de la danse dans la Cour. En 2003, pour les 20 ans du Théâtre équestre Zingaro, les chevaux de Bartabas avaient foulé la Cour d’honneur pour une représentation unique. En 2026, le collectif XY va présenter Le pas du monde, après sa tournée triomphale depuis la création du spectacle en mai 2025 au Phénix, la Scène nationale de Valenciennes. « On doit conserver cette dimension populaire très ouverte du festival aussi dans la Cour d’honneur, assure Tiago Rodrigues. Mais sans jamais remettre en question l’exigence artistique de l’œuvre. Et c’est le cas du Pas du monde qui est une œuvre absolument formidable. » Le circassien Johann Le Guillerm est aussi présent avec Terces.
Dans la programmation danse, Boris Charmatz fait son retour avec un solo, Muette, Mathilde Monnier partagera la scène de la carrière de Boulbon avec la musicienne Lucie Antunes, et Madeleine Fournier et Katerina Andreou présenteront leurs dernières créations, tout comme Trajal Harrell.
Une coopération internationale vitale
Dans un contexte financier fragile et un contexte international chaotique, les grands festivals européens se serrent les coudes. Beaucoup de spectacles sont présentés en coproduction : La Parabole du Seum de Rébecca Chaillon et Music Music de Trajal Harrell seront créés au Wiener Festwochen de Milo Rau ; Thésée, sa vie nouvelle de Valérie Dréville et Guy Cassiers au festival Tempo Forte de Vidy Lausanne ; 1,2,3 Poquelin du tg STAN aux Nuits de Fourvière à Lyon ; et Un procès – après l’ennemi du peuple de Christiane Jatahy et Wagner Moura à Amsterdam à l’occasion du Holland Festival, puis en août au Edinburgh International Festival. « C’est impossible aujourd’hui dans l’économie des arts vivants, pas seulement en France, mais au niveau international, de pouvoir continuer à imaginer une bataille d’exclusivité et de rivalité entre les festivals et les maisons de création qui seraient les propriétaires des artistes, affirme Tiago Rodrigues. On a dépassé cette époque qui a marqué quelques décennies. Si la pandémie nous a appris quelque chose dans le secteur de la culture, c’est l’entraide. La coopération nous amène bien plus loin que la rivalité et l’exclusivité. Et le Festival d’Avignon se doit de travailler au bénéfice des artistes et du public. »
Cap vers 2027
Cette année marque la 80e édition du Festival. En 2027, Avignon fêtera son 80e anniversaire, et s’y prépare déjà avec, en guise de conclusion, le dimanche 26 juillet, à 5h du matin dans la Cour d’honneur, L’Aube des questions. Autour de l’historien Patrick Boucheron et de la journaliste Aurélie Charon, des artistes, des économistes, des scientifiques, des activistes et des personnalités de la société civile, accompagnés par les musiciens de l’Orchestre National de Provence, répondront à 80 questions. « Il y aura des questions poétiques, des questions très concrètes sur le monde du travail, sur l’avenir sur la santé, sur un tas de phénomènes qui traversent la société aujourd’hui. » Tiago Rodrigues souhaite proposer au public valeureux du festival, entre 5h et 7h du matin, « un moment de rêve pendant les dernières heures du festival, à l’aube du 26 juillet, alors que la lumière envahit la Cour d’honneur du Palais des Papes, comme une forme de promesse vers l’édition anniversaire de 2027 ».
La programmation du 80e Festival d’Avignon
L’hors-présence
Tiphaine Raffier
La FabricA du Festival d’Avignon
du 4 au 10 sauf le 6
UMA LUZ CORDIAL
Carolina Bianchi & Cara de Cavalo
Opéra Grand Avignon
du 4 au 7
Island Story
Kyung-Sung Lee
Gymnase du lycée Aubanel
du 4 au 6
MULJIL
Lee Jinyeob
Cloître des Carmes
du 4 au 7
La Parabole du Seum
Rébecca Chaillon
Cloître des Célestins
du 4 au 12 sauf le 7
Maldoror
Julien Gosselin
Cour d’honneur du Palais des Papes
du 4 au 12 sauf le 7
Salma, mon amour
Ahmed El Attar
L’Autre Scène du Grand Avignon – Vedène
du 5 au 8
Cuckoo
Jaha Koo
Gymnase du lycée Mistral
du 5 au 8
Silence
Lucie Antunes & Mathilde Monnier
Carrière de Boulbon
du 5 au 8
1 Degree Celsius
Sung Im Her
Cour du lycée Saint-Joseph
du 5 au 12 sauf le 8
Nous ou le paradoxe du hérisson
Muriel Imbach
Théâtre Benoît-XII
du 5 au 12 sauf le 9
The History of Korean Western Theatre
Jaha Koo
Gymnase du lycée Mistral
du 6 au 9 juillet
Mon frère
François Gremaud
Chartreuse-Cnes de Villeneuve lez Avignon
du 7 au 13 sauf le 10
Le deuil sied à Électre
Gwenaël Morin
Jardin de la rue Mons – Maison Jean Vilar
du 7 au 23 sauf les 12 et 19
Vive le sujet ! Tentatives – Série 1
Nicole Genovese, Zoé Lakhnati
Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph
du 8 au 11
Hamlet
Thibault Perrenoud
Spectacle itinérant
du 8 au 25 sauf les 12 et 19
KIN: Yeonhee Project
Liquid Sound
Mahabharata – Bar du Festival
du 8 au 12
Terces
Johann Le Guillerm
Festival Villeneuve en Scène
du 8 au 20 sauf les 11 et 18
Growing piece
Madeleine Fournier
Les Hivernales – CDCN d’Avignon
du 10 au 19 sauf le 15
Haribo Kimchi
Jaha Koo
Gymnase du lycée Mistral
du 10 au 14
Un procès – après l’ennemi du peuple
Christiane Jatahy & Wagner Moura
Gymnase du lycée Aubanel
du 11 au 23 sauf les 13 et 18
Thésée, sa vie nouvelle
Valérie Dréville & Guy Cassiers
L’Autre Scène du Grand Avignon – Vedène
du 12 au 24 sauf les 15 et 19
TRILOGIA CADELA FORÇA
Carolina Bianchi & Cara de Cavalo
Opéra Grand Avignon
les 12 et 13
HOW ROMANTIC
Katerina Andreou & Carte Blanche
La FabricA du Festival d’Avignon
du 13 au 16
Songs of Grief
Vanasay Khamphommala
Mahabharata – Bar du Festival
les 13, 16, 18, 22 et 24
1, 2, 3 Poquelin
tg STAN
Carrière de Boulbon
du 13 au 25 sauf les 15 et 20
Che dolore terribile è l’amore
Daria Deflorian
Cloître des Carmes
du 13 au 18
Je te chante une chanson toute nue en échange d’un verre
Vanasay Khamphommala
Mahabharata – Bar du Festival
les 14, 16, 18, 21 et 23
Vive le sujet ! Tentatives – Série 2
Juliette Navis, Johana Malédon
Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph
du 15 au 18
Oiseau
Han Kang, Julie Deliquet, Isabelle Huppert, Hyeyoung Lee
Cour d’honneur du Palais des Papes
les 15 et 16
L’Intraitable Beauté du monde
Étienne Minoungou
Cour du musée Calvet
du 16 au 19
Everything Must Go
Forced Entertainment
Cour du lycée Saint-Joseph
du 16 au 22 sauf le 19
Bâtir
Salim Djaferi
Théâtre Benoît-XII
du 17 au 24 sauf le 19
Neige, neige, neige
Lee Jaram
Opéra Grand Avignon
du 17 au 23 sauf les 19 et 20
Muette
Boris Charmatz
Chartreuse-Cnes de Villeneuve lez Avignon
du 17 au 24 sauf le 20
The Last Hamlet
Ben Duke
Cloître des Célestins
du 17 au 24 sauf le 19
Bunker
Marion Siéfert
La FabricA du Festival d’Avignon
du 19 au 25 sauf le 22
CAPRA (une chèvre)
Jeanne Candel
Gymnase du lycée Mistral
du 19 au 25 sauf le 22
Concert de Benjamin Clementine
Cour d’honneur du Palais des Papes
le 19
Vive le sujet ! Tentatives – Série 3
Laura Vazquez, Mazelfreten
Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph
du 22 au 25
Le Pas du Monde
Collectif XY
Cour d’honneur du Palais des Papes
du 22 au 25
Music Music
Trajal Harrell
Cloître des Carmes
du 22 au 24
Casting Lear
Andrea Jiménez
Opéra Grand Avignon
les 24 et 25
L’Aube des questions
Cour d’honneur du Palais des Papes
le 26



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