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« monster parade », les mille et une peurs de Nathalie Béasse

Angers, Aubervilliers, Besançon, Colmar, Coup de coeur, Jeune public, Les critiques, Théâtre
monster parade de Nathalie Béasse
monster parade de Nathalie Béasse

Photo Christophe Raynaud de Lage

Pour son premier spectacle tout public, Nathalie Béasse met brillamment la peur à l’épreuve du plateau pour en ausculter aussi bien la construction commune que les perceptions individuelles, les clichés qui font sourire que les dimensions plus sombres.

En pénétrant dans la grande salle de La Commune, nous saluons mécaniquement, presque par automatisme, sans vraiment s’arrêter sur leurs visages, les personnes qui patientent là, juste à côté des gradins, à la manière d’ouvreurs ou de régisseurs. Ce n’est qu’une fois installé que, interpellé par leurs habits un peu endimanchés et en faisant fi des badges floqués avec le logo du théâtre qu’ils portent autour du cou comme de bons petits salariés, nous commençons à leur reconnaître certains traits. Ceux d’Étienne Fague et de Clément Goupille d’abord, comédiens fidèles parmi les fidèles de Nathalie Béasse ; puis ceux d’Aimée-Rose Rich, qui avait rejoint l’aventure de la metteuse en scène angevine à la faveur de son sublime velvet (2024). Accompagnés par un nouveau venu, Victor Assié, les trois compères ne tardent pas, alors que le noir ne s’est pas encore fait dans la salle, à s’agiter dans les allées. Talkie-walkie en main, ils s’inquiètent de la disparition d’un trio de spectatrices et spectateurs qu’ils se mettent à chercher un peu partout. Paniqués, ils vont jusqu’à fouiller minutieusement les fauteuils du premier rang, repliés sur eux-mêmes. Après y avoir découvert un masque d’ours, hérité, évidemment, d’un précédent spectacle de Nathalie Béasse, tout comme la plante verte qui trône sur le plateau blanc déjà aperçue dans velvet, les quatre ouvreurs-techniciens-comédiens se font à moitié engloutir, la tête la première, par les sièges devenus dévorants. Tremblants comme des feuilles passées dans une machine à broyer, réduits à exécuter une position de poirier forcée, ils activent alors d’autres références et deviennent vecteurs d’un tout autre sentiment. Partis artisans de la peur, diffusée à travers une salle qui n’en demandait pas tant, mais prend plaisir à entrer dans leur jeu, les interprètes se meuvent, en une fraction de seconde, en architectes du rire, causé par leur position grotesque qui signale, sans autre interprétation possible, que tout cela relève d’une farce.

Avec ce tableau inaugural, a priori banalement théâtral, Nathalie Béasse pose, en réalité, les bases de la dialectique que quarante-cinq petites minutes durant – l’un des seuls défauts de ce spectacle dont on aimerait qu’il dure encore, encore et encore – elle ne va cesser d’exploiter dans son monster parade. Car, en reprenant une construction dramaturgique proche de celle d’aux éclats… (2019), où elle explorait magistralement le rire par fragments, la metteuse en scène a choisi, cette fois, de mettre la peur à l’épreuve du plateau. Pour cela, elle convoque les instruments susceptibles de provoquer, chez les petits comme chez les grands, si ce n’est l’effroi, à tout le moins la frousse, comme le noir total, une torche avec laquelle on s’éclaire le visage, les effets de surprise, les fausses araignées, les grosses pattes velues, qui peuvent même se mettre à jouer du banjo, les grimaces, les sons menaçants, tel celui de l’orage, les fantômes, les créatures inquiétantes, comme le serpent ou le corbeau, les sorcières, la télékinésie, une paire de souliers qui dansent, mais aussi des peurs plus sourdes, moins directes, comme celles de se retrouver seul, de la disparition ou de la mort. Entre jeux d’enfants plus ou moins malins et facétieux – l’un des modus operandi du travail de Nathalie Béasse – et réalisation d’un spectacle qui assume sa théâtralité en cours de construction, monster parade voit ainsi se succéder, et parfois se chevaucher, ces mille et une peurs communes dans nos sociétés occidentales, activées par une série de références culturelles, éducatives, voire littéraires, qui ont, souvent à notre corps défendant, sédimenté en chacune et chacun de nous. À ceci près que, en les décalant parfois juste d’un cran, notamment grâce à l’action plus ou moins distanciée de ces comédienne et comédiens un peu pieds nickelés qui lui servent de démonstrateurs d’un jour, la metteuse en scène interroge, et parfois déjoue, leur capacité à effrayer, jusqu’à susciter le rire.

Et c’est là, dans l’exploration de cet interstice où se niche et se joue la perception des individus, que Nathalie Béasse réussit, une nouvelle fois, brillamment son tour de magie théâtral. Car en dévoilant, parfois très littéralement, les ficelles qui sous-entendent la construction de la peur comme matière commune et universelle, et en s’amusant avec les clichés qui peuvent l’entourer, l’artiste met également au jour la diversité des réactions individuelles, qui dépendent des parcours de vie, des phobies, mais aussi, à n’en pas douter, de l’âge des concernés. En cela, elle remplit magnifiquement le pari de l’adresse au jeune public – dès sept ans –, non pas en se mettant, de façon un brin méprisante, « à hauteur d’enfants », mais en faisant pleinement et joliment confiance à leur regard et à leur appréhension si particulière, à la fois naïve et aiguisée, de leur environnement. Dès lors, la metteuse en scène n’a aucun besoin de travestir son geste pour s’adresser à eux, mais use de cette grammaire reconnaissable entre mille qui manie et tresse dans un même élan poétique et humour, nostalgie et facétie, gimmicks – l’usage des rideaux, l’obsession des matières, le défilé de personnages incongrus… – et glissements innovants pour façonner une traversée qui, avant de stimuler nos amygdales – cette partie du cerveau qui contrôlent principalement les réactions de peur –, touche des points névralgiques parfois ténus et beaucoup plus proches de l’âme.

Si, à l’attention des plus jeunes, Nathalie Béasse ne cesse de déjouer la peur en le contrecarrant, le plus souvent, par un pied de nez ou un pas de côté qui la vaporise, l’artiste tend également, dans cette logique de poupées russes signifiantes qu’elle affectionne tant, à se servir de l’expérience, du savoir et du vécu des plus âgés pour éveiller chez eux d’autres références, possiblement plus sombres. Tandis que, dans les dernières encablures du spectacle, Ian (Victor Assié) se fait recouvrir, par ses amis devenus, par le truchement du groupe, ses bourreaux, de poudre noire et de petits bouts de papier blanc qui ne sont pas sans renvoyer au goudron et aux plumes qu’utilisait le Ku Kux Klan au XIXe siècle pour punir les Noirs américains, des dizaines et des dizaines de petites pierres ne tardent pas à être propulsées, les unes à la suite des autres, sur le plateau. Bientôt suivi par un défilé de paires de chaussures d’enfants extraites d’une valise, ce moment, en lui-même bouleversant par la simplicité de l’esthétique de son mouvement, peut évoquer un jeu de ricochets exercé par des bambins dans une cour de récré, mais aussi se charger d’histoire, de la grande Histoire, en faisant écho aux monceaux de valises et autres paires de chaussures conservées au musée d’Auschwitz-Birkenau, et aux petites pierres déposées sur les tombes juives en signe de visite et de respect pour les défunts. Façon, peut-être, pour Nathalie Béasse de rappeler que, si elle est parfois créée de toutes pièces, la peur de la mort ou du châtiment peut aussi avoir des motifs viables et sérieux et qu’elle constitue, avant toute chose, un réflexe de survie pour le moins essentiel face à des monstres qui, s’ils n’ont ni poils ni griffes, sont bien réels.

Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

monster parade
Conception, mise en scène, scénographie et costumes Nathalie Béasse
Avec Victor Assié, Étienne Fague, Clément Goupille, Aimée-Rose Rich
Musique Julien Parsy
Lumières et régie générale Loïs Bonte

Production La Commune, Centre dramatique national d’Aubervilliers ; association le sens / cie nathalie béasse
Coproduction Nouveau Théâtre Besançon – Centre dramatique national
Avec le soutien du CNDC Angers et de la Région Ile-de-France

La compagnie nathalie béasse est conventionnée par l’État, Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) des Pays de la Loire. Elle reçoit le soutien de la Ville d’Angers.

Durée : 45 minutes
À partir de 7 ans

Vu en avril 2026 à La Commune, CDN d’Aubervilliers

CNDC Angers, Studio les abattoirs, avec Le Quai, CDN Angers Pays de la Loire
durant la saison 2026/2027

Comédie de Colmar, CDN Grand Est Alsace
du 16 au 20 février 2027

Nouveau Théâtre Besançon, CDN de Franche-Comté
du 12 au 15 mai

11 avril 2026/par Vincent Bouquet
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Nathalie Béasse occupe le théâtre de la Bastille
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