L’acteur, auteur, metteur en scène (et ancien rappeur) Julien Villa achève sa trilogie autour de Don Quichotte. Avec cette épopée urbaine, il signe une ode au réenchantement renversante.
C’est un beat qui nous saisit en premier lieu, de ceux, binaires, qui ont fait hocher les têtes de haut en bas de toute une génération : celle des années 1990, qui s’est bâtie avec le rap en étendard. Trois MC (Master of Ceremony ou Micro Controller) s’installent derrière leurs micros et un beatmaker derrière ses platines. Aucun n’a de regard pour le public. Le trait est souligné : graff wildstyle, survêt ample et bob vissé sur le crâne. Le prologue se dépose comme un couplet : nous avons à faire à une tragédie, c’est donné d’avance, une histoire de looser qui finit mal, « à la gloire des cassos ». C’est aussi la mort d’un idéal qui est annoncée, celui d’une France « black-blanc-beur » qui n’a pas tenu ses promesses.
L’histoire se déroule dans une cité quelconque de Montpellier, et David aime deux choses dans la vie : manger et regarder les dessins animés, Dragon Ball en particulier. Il est fasciné par cet animé inspiré d’un manga japonais qui raconte les aventures de Son Goku et sa quête à la recherche de sphères magiques. Comme lui, Goku est un enfant étrange, sur qui personne n’oserait parier ; comme lui, il rêve de quelque chose de plus grand. À commencer par quitter l’appartement sale où il vit avec sa mère dépressive pour aller enfin travailler dans le garage de son père, qui habite dans une autre ville. En attendant, avec Jules et Fafa, les bêtises s’enchaînent, entre les entraînements de foot, les sorties en scooter et les bagarres à la sortie de l’école. Mais tout s’emballe quand David abîme la voiture de Tony, le caïd de la cité. C’est le début des problèmes et l’engrenage d’une guerre des gangs meurtrière se met en place.
Derrière leurs micros, les trois narrateurs qui endossent tour à tour les différents personnages vibrent sans discontinuer sous les pulsations de Tristan Ikor, qui fabrique les sons et nous embarque dans ses mélopées. Sous les traits déformants de l’adolescence déjà en quête de puissance, se déposent les existences composées d’ennui, de violence et de télévision, amplifiant leur laideur comme leur beauté. Les créatures qui peuplent les parkings des zones commerciales côtoient des poissons-dragons magiques, des tortues immortelles et, sur la tête des grands qui font la loi, poussent des antennes de méchant. C’est toujours un peu foutraque dans l’univers de Julien Villa. Les trames narratives s’entrecroisent, les personnages se confondent. Peu importe, le réel, comme la fiction, n’est ici plus qu’une matière à malaxer à l’envi, pour peu qu’elle rime.
Sans s’embarrasser d’aucune vraisemblance, encore moins de morale, mais avec une petite pointe de nostalgie tout de même pour ces années hip-hop, Julien Villa signe avec Des dragons dans les halls une épopée magique, sensible, glauque à l’envie. À grand renfort de masques, de carrousels enchantés émanant de boites à pizza et de quelques surprises pyrotechniques, la proposition n’oublie pas d’être diablement visuelle et parvient même à nous faire apparaître des dragons dans les halls d’immeuble, des boules de feu qui conjurent la misère et de la neige qui tombe en juillet. Une démonstration de réenchantement, comme rarement.
Fanny Imbert – www.sceneweb.fr
Des dragons dans les halls
Texte et mise en scène Julien Villa
Avec Anaïs Gournay, Amine Hamidou, Tristan Ikor, Julien Villa
Collaboration artistique Vincent Arot
Dramaturgie Samuel Vittoz
Scénographie Jean-Baptiste Bellon
Lumière Agathe Patonnier
Son et régie générale Léo Rossi-Roth
Musique Tristan Ikor
Costumes et maquillage Gwendoline BougetProduction Compagnie La Propagande Asiatique
Coproduction La Gare Mondiale, Bergerac ; Théâtre Gérard Philipe, Centre dramatique national de Saint-Denis ; L’Empreinte – Scène nationale Brive-Tulle ; L’Odyssée – Scène conventionnée d’intérêt national « Art et création », Périgueux ; TJP – CDN Strasbourg-Grand Est ; Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine – CDN ; OARA ; Studio-Théâtre de Vitry
Avec le soutien de la Spedidam et de l’ENSAD – Maison Louis Jouvet, MontpellierLa compagnie La Propagande Asiatique est conventionnée par le ministère de la Culture (DRAC Nouvelle-Aquitaine).
Durée : 1h45
Théâtre Gérard Philipe, CDN de Saint-Denis
du 25 mars au 3 avril 2026L’Odyssée, Scène conventionnée de Périgueux
le 23 avrilL’Empreinte, Scène nationale Brive-Tulle, dans le cadre du festival Hoora!
du 28 au 30 avrilTJP, CDN Strasbourg-Grand Est
du 26 au 29 mai



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