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Avec « Presque égal, presque frère », Christophe Rauck fait briller le brio

A voir, Les critiques, Nanterre, Théâtre
Christophe Rauck cée Presque égal, presque frère d’après Jonas Hassen Khemiri
Christophe Rauck cée Presque égal, presque frère d’après Jonas Hassen Khemiri

Photo Géraldine Aresteanu

Plongée dans une écriture virtuose, prolixe et protéiforme. Autour de la place excessive de l’argent et du racisme ambiant, avec humour et brio de l’interprétation, Presque égal, presque frère donne à découvrir deux pièces de Jonas Hassen Khemiri dans un diptyque qui distille un plaisir vif et croissant. Comme souvent, Christophe Rauck s’y met au service du texte et des acteurs.

Après Alice Birch et Anatomie d’un suicide, Christophe Rauck poursuit son exploration d’écritures contemporaines avec Jonas Hassen Khemiri, auteur suédois, d’origine tunisienne également. Homme de théâtre de texte, le directeur du tout fraîchement rénové Théâtre des Amandiers se met traditionnellement au service des auteurs, qu’il monte autant qu’il sert ses interprètes avec des partitions de haut vol. Dans Anatomie d’un suicide, les scènes imaginées par Birch se jouaient concomitamment sur un plateau séparé en trois époques. Ici, c’est dans un dispositif bifrontal, comme un large couloir qui rappelle celui de La Réunification des deux Corées de Pommerat, que se déploient deux textes de Khemiri, ≈ [Presque égal à] et J’appelle mes frères, réunis en un spectacle de 3h30, entracte compris, Presque égal, presque frère.

Ce diptyque s’intéresse à la manière dont l’argent et les inégalités altèrent nos rapports sociaux, et même amoureux, dans sa première partie et, dans la seconde, à une société qui, sur toile de fond de racisme ambiant, amalgame et sépare les êtres tout en même temps. L’écriture de Khemiri – par ailleurs auteur de romans – y privilégie la narration. Les personnages s’y racontent davantage que ne se jouent des actions. Ce sont avant tout des flux de conscience, de souvenirs, de fantasmes, qui alimentent les scènes. Dans une dramaturgie fragmentée et joueuse, Khemiri lance ainsi des fils qu’il semble abandonner, puis récupère, entrelace, fait preuve d’un brio qui ne tourne jamais à la démonstration, mais alimente ses pièces de surprises toujours renouvelées. Dans ≈ [Presque égal à], ce sont ainsi cinq personnages dont les destinées s’entremêlent : un prof d’éco précaire, un jeune diplômé racisé qui ne trouve pas d’emploi, une femme plus âgée qui se fait injustement licencier, une employée d’un bureau de tabac aux aspirations bobo et un SDF qui répète inlassablement les mêmes histoires pour faire la manche. Tous entrent en interaction dans un monde où la recherche du gain tient lieu de boussole plus ou moins conscientisée. Ni bons, ni mauvais, traités avec une ironie toute sympathique par leur auteur, ces personnages habitent un même monde, le quartier d’une ville lambda, mais surtout un univers tissé d’espoirs et d’amertume, réglé par les besoins financiers qui semblent empêcher les relations authentiques. Touffue, emberlificotée presque à l’excès, l’histoire prend forme quand les destinées se rassemblent, mais cette première partie, exigeante, reste en suspens.

Plus resserrée, la seconde suit Amor, interprété avec intensité par Mounir Margoum. Suédois d’origine maghrébine, croit-on deviner, musulman de deuxième génération, imagine-t-on aussi, qui a grandi du côté de Stockholm, il nous emmène dans une course fiévreuse consécutive à une double explosion survenue en centre-ville. En contact téléphonique avec son vieil ami Shavi, une ancienne camarade dont il était en fait amoureux, sa sœur, sa grand-mère et une copine, Amor se sent à la fois seul et membre d’une communauté que ce nouvel attentat va encore davantage rendre suspecte, si ce n’est coupable. Entre histoire personnelle d’un jeune homme ordinaire dont la famille s’est éparpillée et trajectoire sociale d’un musulman en Europe, le texte trouve sa voie médiane, qui oscille sans cesse d’un côté à l’autre, de l’intime au politique, passant en toute fluidité du récit à l’onirisme, dans une mise en scène qui donne encore davantage la part belle aux interprètes. Plus courte, cette seconde partie ménage en effet un crescendo dans lequel le plaisir du spectateur prend son envol. Avec une mise en scène simple, aux choix forts et judicieux – une voiture sur un tapis de neige, des interactions par smartphones interposés, des projections vidéo et l’utilisation de tout l’espace scénique et des gradins comme terrain de jeu –, emmenée par l’intensité de Mounir Margoum, la faconde de Lahcen Razzougui, le sérieux drolatique de Virginie Colemyn, dans la continuité d’une interprétation qui sent tout à la fois la précision et la liberté, celle de Servane Ducorps, David Houri, Julie Pilod et Bilal Slimani, Presque égal, presque frère dessine au final les parcours ordinaires d’individus qui se perdent dans une société speed et morcelée, tout autant qu’il déploie la maestria d’une écriture théâtrale que font briller ses interprètes.

Eric Demey – www.sceneweb.fr

Presque égal, presque frère
d’après J’appelle mes frères et ≈ [Presque égal à] de Jonas Hassen Khemiri
Traduction Marianne Ségol
Mise en scène Christophe Rauck
Avec Virginie Colemyn, Servane Ducorps, David Houri, Mounir Margoum, Julie Pilod, Lahcen Razzougui, Bilal Slimani, Aymen Yagoubi en alternance avec Wassim Jraidi
Scénographie Simon Restino
Dramaturgie et collaboration artistique Marianne Ségol
Assistant à la mise en scène Achille Morin
Costumes Coralie Sanvoisin
Maquillages et coiffures Cécile Kretschmar
Lumière Olivier Oudiou
Musique Sylvain Jacques
Vidéo Arnaud Pottier

Production Théâtre Nanterre-Amandiers – CDN
Avec la participation artistique du Jeune théâtre national
Texte traduit avec le soutien de la Maison Antoine Vitez, centre international de traduction théâtrale

Jonas Hassen Khemiri est représenté par L’ARCHE – agence théâtrale.Textes disponibles aux éditions Théâtrales.

Durée : 3h30 (entracte compris)

Théâtre Nanterre-Amandiers, CDN
du 28 janvier au 21 février 2026

2 février 2026/par Eric Demey
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