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Le cycle de la violence passée au révélateur de Vanessa Larré

Aix en provence, Chambéry, Coup de coeur, Ivry, Les critiques, Lyon, Marseille, Théâtre
Sublime(s) de Vanessa Larré
Sublime(s) de Vanessa Larré

Photo Lea Thuong-Soo

En créant Sublime(s), aux multiples et puissantes significations, Vanessa Larré réalise un travail chirurgical porté par deux actrices immenses. Toutes trois se mettent au service d’une histoire vraie devenue théâtre et donc fiction, celle d’une mère qui n’est pas seule responsable de la mort de son bébé. Une histoire qui est aussi la nôtre.

Tout commence par un témoignage vidéo filmé. En fond de scène, à jardin, perpendiculaire au public, une femme se confie. Elle s’appelle Jeanne ou « la peste ». Beaucoup l’ont nommée comme ça tout au long de sa vie cabossée, emplie de failles. À l’avant, côté cour, par l’intermédiaire d’un écran, elle est face à nous et nous regarde. En dépit de cet aspect brut, peu servi par le léger et inévitable décalage entre le son et l’image, le récit commence sans fioriture, avec une écriture tranchante, à son image. Cette quadra incarcérée pour « privation de soins ou d’aliments par un ascendant sur un mineur (de moins) de quinze ans ayant entraîné la mort sans intention de la donner » n’est pas seule responsable de ce drame. C’est ce qu’ausculte Vanessa Larré, présente sur le plateau pour articuler le jeu de ses deux comédiennes, d’une épatante complémentarité. Et parce que le sujet est inflammable, parce qu’elle est habitée par sa/son il/légitimité à s’emparer de la vie de Jeanne, l’autrice crée des filtres sur le plateau. Par le truchement de la vidéo, donc, mais aussi en faisant de légers pas du côté du méta-théâtre en questionnant, par exemple, son propre rôle et en donnant furtivement son ressenti. Comment Jeanne a-t-elle pu « se mettre dans une telle galère » ?

Julie Denisse incarne cette femme qui renait de ses cendres et Florence Janas, qui excelle dans la drôlerie – la folie même – avec une impressionnante rigueur, est tous les autres. Elle est cette patiente qui fait la morale à Jeanne qui ne sait pas tenir ses quatre enfants dans la salle d’attente d’un médecin débordé, qui ne se souviendra même pas l’avoir croisée lors du procès ; elle est, cheveux grisonnants et trench serré, la mère de la condamnée réfugiée dans le déni quant aux violences que son mari lui imposait et imposait à ses enfants ; elle est Pascale, la sœur de Jeanne, qui se tient à distance, tant leur enfance a été malmenée au point que leur frère s’est suicidé ; elle est une journaliste, une juge, mais aussi l’actrice qui intervient en tant que telle, s’adressant à la régie pour tenir à distance le pathos et ne pas, par décence, en appeler aux larmes. Car Jeanne, c’est l’histoire d’une femme que personne n’a protégée, qui n’a pas même été regardée alors qu’elle trouvait la force d’envoyer des signaux de détresse, qui plus est aux bons interlocuteurs, celles et ceux qui devraient être en mesure qu’elle ne néglige pas son dernier-né.

C’est cette chaine de manquements morbides et de violences répétées que Vanessa Larré porte hautement au terme d’un parcours au long cours entamé en 2017, quand elle anime durant neuf mois un atelier « théâtre et vidéo » à la Maison d’arrêt pour femmes d’Orléans en partenariat avec le CDN Centre-Val de Loire. C’est là qu’elle fait la connaissance de J. L., alors en détention provisoire. Elle perdra sa trace, puis la retrouvera dans les journaux quand elle sera condamnée à trois ans de détention. Elle la visite alors en prison et continue le dialogue à sa sortie. C’est que Jeanne « a mal tout le temps, même avant de recevoir les coups », que les hommes sont des griffures, qu’ils sont absents – comme cet amant qui ne viendra pas le soir fatal – ou de « trop », comme le père de ses propres enfants qui n’est jamais adulte et qu’elle traine comme un fardeau. Les médecins ne comprennent pas sa détresse, se contentent de lui demander d’être forte en refusant une énième prescription d’anxiolytiques quand il lui est impossible de tenir sans.

À travers Jeanne, Vanessa Larré ne dresse pas un réquisitoire ad hominem, mais elle trace sans faux-semblants l’humanité qui faillit. Depuis avant sa naissance, Jeanne était déjà « épuisée ». Alors, l’attention portée au son (joué en direct par Stan B. Valette) n’est pas un détail, et notamment le bruit des portes métalliques qui claquent lors du premier parloir et qui se ferment doucement lors du second. Le plateau laisse apparaitre la vie publique, mais aussi privée, derrière des pans de plastique opaques qui lui permettent d’être radiographiée. Relativement nu, il est encadré par une armoire métallique de casiers qui permet notamment à Florence Janas de se transformer en divers personnages (Vanessa Larré comprise), des chaises de salle d’attente, autant coulisses à vue qu’accessoires de jeu, et, surtout, la cellule carcérale qui se dévoile à mi-parcours, mi-purgatoire – quand elle est partagée avec une détenue revêche –, mi-refuge – quand Jeanne peut l’occuper seule et commencer à se reconstruire.

Ce qui se joue ici n’est pas le récit d’une personne, mais celle de la société. Tout comme lorsque Christine Angot écrit sur l’inceste, il n’est pas question d’un fait divers personnel, mais d’une domination d’un individu sur un autre que la société n’a pas su empêcher. « La vie, c’est pas du gâteau », dit dans un euphémisme confondant, mais touchant, la mère de Jeanne. Alors, c’est cela que Vanessa Larré, qui s’était fait remarquer il y a douze avec son adaptation de King Kong Théorie de Virginie Despentes, porte. Et qu’elle « révèle » au sens photographique, faisant écho à la fois au texte de Marguerite Duras paru dans Libération en 1985 à propos de Christine Villemin, mère du petit Grégory, « Sublime, forcément sublime, Christine V. », et à cette phrase de Kant à laquelle elle est attachée : « Le sublime en tant qu’illimité et inconditionnel pourrait s’apparenter à une définition du maternel ou de l’amour maternel. » De cette ode aux mères, Vanessa Larré, Florence Janas et Julie Denisse font un berceau.

Nadja Pobel – www.sceneweb.fr

Sublime(s)
Texte Vanessa Larré en complicité avec Florence Janas et Julie Denisse
Conception et mise en scène Vanessa Larré
Avec Julie Denisse, Florence Janas, Vanessa Larré, Stan B. Valette, et la participation en vidéo de Olivier Rabourdin
Dramaturgie Adèle Chaniolleau
Scénographie Lisa Porteix
Vidéo Lucie Pannetrat
Lumière et régie générale David Ménard
Musique et son Stan B. Valette
Régie son et vidéo Adrien Hollocou

Production Parcelle112
Coproduction Les Célestins – Théâtre de Lyon, Malraux – Scène nationale Chambéry‑Savoie, Théâtre des Quartiers d’Ivry – CDN du Val‑de‑Marne
Avec le soutien de l’ADAMI
Demandes de soutien en cours DRAC Auvergne-Rhône-Alpes, Région Auvergne-Rhône-Alpes, Ville de Lyon
Soutien en résidence La Chartreuse – Villeneuve‑lez‑Avignon, Les Maisons Mainou, CENTQUATRE‑Paris, Théâtre Ouvert, Théâtre de l’Odéon, Théâtre des Quartiers d’Ivry – CDN du Val‑de‑Marne

Durée : 1h40

Les Célestins, Théâtre de Lyon
du 21 au 30 avril 2026

Malraux, Scène nationale Chambéry‑Savoie
les 12 et 13 janvier 2027

Théâtre Joliette, Marseille
les 28 et 29 janvier

Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence
les 4 et 5 février

Théâtre des Quartiers d’Ivry, CDN du Val‑de‑Marne
en mars 2027

24 avril 2026/par Nadja Pobel
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