Léopoldine Hummel aka Leopoldine HH est comédienne, musicienne, compositrice. Après une formation bien rigide au conservatoire de Strasbourg en piano et chant classique, elle digresse vers d’autres objets : la flûte traversière, l’accordéon, la guitare, la Fuyara (une flûte harmonique de berger slovaque). Elle se forme à son « vrai métier » de comédienne à l’École Supérieure de la Comédie de Saint-Étienne.
En mai, elle va créer à La Filature de Mulhouse, La folie Elisa, son premier solo théâtral pour piano préparé et magnétophone hanté d’après l’œuvre éponyme de Gwenaëlle Aubry. Cette semaine, elle sera sur la scène de la Comédie de Valence, pour la création de Woyzeck ou la vocation de Tünde Deak.
Avez-vous le trac lors des soirs de première ?
Oui. Je préfère les deuxièmes.
Comment passez-vous votre journée avant un soir de première ?
Je clignote.
Je me parle mal.
Je me lève. Je m’allonge. Je turbine.
Je fais des cadeaux de première.
Et puis, paf : je me réjouis.
Euphorie. Terreur. Euphorie. Terreur.
Oscillation permanente.
Je suis un message codé en morse.
Avez-vous des habitudes avant d’entrer en scène ? Des superstitions ?
Oui.
J’ai des rites corporels :
Déplacement des liquides
Gamme des regards
Convoquer les animaux totems
dans mes poches, glisser quelques billes de what the f**k.
(Cf le travail de performeuse-chorégraphe-costumière Anna Carraud)
J’ai des phrases talismans :
« On n’est pas là pour rigoler, on est là pour faire rigoler. Et ça, c’est pas marrant. »
(Cf l’acteur Michel Valmer)
« Si on se trompe, on recommence. »
(Cf les concerts de Leopoldine HH avec Charly Marty et Maxime Kerzanet)
J’ai des pensées :
Pour les fantômes, pour les absents.
J’ai des besoins :
Hé oui. Pas facile de décrire ce moment sans parler toilettes. Réflexe archaïque. Têtard qui se déleste pour se battre ou pour fuir devant le gros poisson.
Première fois où vous vous êtes dit « Je veux faire ce métier » ?
Bonne question. Je ne saurais pas dater ce moment.
Peut-être ado, en 3e, au moment des vœux. Premier vœu : option théâtre, lycée des Pontonniers, avec Annette Tuefferd et le TNS.
Peut-être enfant, en tournée avec ces drôles d’êtres humains : mes parents et leurs collègues acteurices, musicien·nes. Je les voyais répéter, traquer, jouer. Puis fêter cela joyeusement. Moi, je les admirais, puis je sombrais et somnolais, lovée sur les banquettes des restos, dans la chaleur de leurs voix, leurs rires, leurs chants et l’odeur de leurs cigarettes.
Premier bide ?
C’est un bide climatique.
Je jouais La Fille dans Music-Hall de Lagarce, mis en scène par Marie Allain, dans la cour d’un château sous les étoiles.
Les boys, c’étaient Charly Marty et Alexandre Pallu.
Dans le public, l’amie Julie Delille.
La famille de Lagarce aussi.
(Je m’en rappelle en répondant à ce questionnaire)
À un moment, je hurlais vers le ciel cette réplique, à peu près :
« … et que le ciel me laisse en paix !!! »
Et là, le ciel répond :
« VRAAAAM BLAM BLAM BLAM »
Des trombes d’eau.
Arrêt du spectacle.
Les spectateurices, entassé·es dans une salle glauque du château.
Tristesse.
« Bide » total.
Déprime.
Puis non.
Des chuchotements.
Un accord tacite.
On reprend.
Sous des néons blafards.
Je m’assois sur mon tabouret, « Toute coincée entre le fond et le public. Si proches l’un de l’autre. », exactement comme le décrit Jean-Luc Lagarce.
Première ovation ?
Le même soir. Sous les néons blafards de la salle glauque de ce château de Joux. Les spectateurices sur nos genoux.
Ovation. Tous les yeux comme des nuages chargés d’eau. On a cligné on a clignoté.
Premier fou rire ?
C’est un fou rire acoustique.
Concert dans le hall du Palais universitaire de Strasbourg.
Le chœur du Conservatoire, dirigé par Catherine Bolzinger.
Le pupitre des sopranos.
Mes amies chères Maëva, Nathalie, Anna-Magdalena.
Nous chantons. Puis nous restons debout, immobiles, pendant le solo de flûte de Claire Gentilhomme.
Immense réverbération de la dernière note.
Puis… intervention audacieuse et inattendue. Presque musicale.
Un… vent.
Je sens le rire de Maëva.
Il engage ses épaules.
Puis les miennes.
Puis celles de Nathalie et Anna-Magdalena.
Après le concert, on ne s’en remet pas.
Et tout le monde croyait que c’était moi.
C’est faux.
Je le jure.
Moi, quand je vente, je le dis.
Comme le démontre le bonimenteur dans Woyzeck de Büchner :
« Demandez aux médecins, c’est hautement malsain de se retenir. »
Premières larmes en tant que spectatrice ?
Première mise à nu ?
À chaque fois que je suis happée par le regard d’un·e spectateurice plus d’une seconde. J’ai l’impression qu’iel me perce à jour. Vertige.
Première fois sur scène avec une idole ?
Pendant la pandémie.
Confinement.
Sur le plateau du théâtre Déjazet.
Salle vide.
Avec Marie-Sophie Ferdane.
Anita Lamanna (Walter Films) m’a proposé de produire un clip réalisé par Elizabeth Marre.
J’ai préparé une chorégraphie : une suite de mouvements issus de ma mémoire de Marie-Sophie Ferdane dans les différents spectacles où je l’ai vue.
Elle s’est amusée à deviner d’où ils venaient.
Puis nous avons dansé cette choré ensemble.
Première interview ?
Interview radio.
France Bleu Besançon.
Ils ont diffusé mon répondeur à l’antenne.
Ce message de répondeur est étrange. J’en conviens.
Je l’ai enregistré avec mes amies d’enfance, le gang ALPJ.
Nous avions seize ans.
Sur les quais, devant le lycée des Pontonniers à Strasbourg.
Notre état était… altéré.
C’est toujours mon répondeur.
Les gens laissent des messages curieux.
Ou raccrochent après un soupir.
Je peux vous le faire écouter, sur demande.
Premiers coups de cœur ?
L’actrice Marie-Sophie Ferdane.
Ces mots de Gildas Milin :
« Je suis nue et je meurs
Je suis nue et je heurte
Je suis nue et j’accueille
Je réponds »



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