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Soir de Première avec Edith Proust

À la une, Paris, Théâtre
Edith Proust photo Comédie-Française
Edith Proust photo Comédie-Française

photo Comédie-Française

Admise en 2010 au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris, Edith Proust complète sa formation auprès de Fernando Montes, directeur du Teatro Varasanta à Bogota. En 2016, elle rejoint la compagnie Tout un ciel, dirigée par Elsa Granat et devient en avril 2024 pensionnaire de la Comédie-Française. En cette rentrée, elle incarne Claire dans la version des Bonnes de Jean Genet, mise en scène par Carme Portaceli à Athénée Théâtre Louis-Jouvet, dans le cadre de la saison de la Comédie-Française.

Avez-vous le trac lors des soirs de première ?

Oh oui. Certaines pièces plus que d’autres. Pour Les Bonnes par exemple je pense que je vais me détester. Mais parfois quand le travail a été fait il y a une forme de calme qui arrive. On reste au travail. On continue la repetition. Une phrase après l’autre. C’est déjà passé.

Comment passez-vous votre journée avant un soir de première ?

Je me prépare, je suis comme dans un coton. Je marche lentement. Je mange. J’arrive tôt au théâtre. Je relis mon texte. Je m’échauffe. C’est un jour que j’adore. Je sais qu’il y a un rendez vous. Quelque chose va arriver à la fin de la journée. Je suis entre le grand trac et le grand calme.

Avez-vous des habitudes avant d’entrer en scène ? Des superstitions ?

Les superstitions se font au fur et à mesure des représentations. Je crois que je garde mes habitudes pour moi. Ça c’est une forme de superstition par exemple. Il faut garder ses secrets, les zones obscures.

Première fois où je me suis dit « je veux faire ce métier ? »

Quelque part c’était toujours par là. Jouer jouer jouer inventer des histoires encore encore. Mais! Un souvenir « traumatisant » : CP à Marseille, je devais jouer dans l’Âne et la Cigale. La maîtresse me propose de faire l’âne. J’étais si heureuse que pendant la répétition je n’arrêtais pas, de manière maladive, comme si j’avais un TOC, de lui dire « c’est vraiment moi qui fait l’âne? C’est moi l’âne? C’est moi l’âne etc etc » Je crois qu’elle a mal vécu ce moment, le lendemain matin je me suis retrouvée à faire un arbre dans le vent tout au fond du plateau. Je l’ai bien fait l’arbre. J’adore faire l’arbre depuis ce jour. Mais je bouillonne encore parce que j’avais envie de faire l’âne. Peut-être que ça arrivera un jour.

Premier bide ?

Ah! J’écris des spectacles de clown. Mon premier spectacle s’appelait Le Projet Georges. Mon clown, Georges, a des cheveux fait de sacs plastiques blancs. J’aime beaucoup cette perruque. Elle remplace en quelque sorte le nez rouge. Une fois, je jouais à Rouen, au Théâtre de l’Étincelle, et le public était assez difficile. En particulier un couple et leur fils. Je décide de me diriger vers eux, et d’essayer de les prendre avec moi, de m’adresser à eux gentiment, doucement, je tente une blague et là un silence de mort. Le fils me regarde avec un tel mépris, un tel dégout, et au milieu du silence il émet une espèce de râle de lassitude. J’ai comme été transpercée. J’avais plus de corps, plus de voix. Tout tombait. Ma perruque me semblait ridicule. J’ai dû continuer mais rien ne fonctionnait. La salle était de plus en gelée et avait décidé de se ranger du coté de l’ado. C’était très dur. Gros bide. Depuis je ne vais plus chercher les gens qui n’ont pas envie. J’ai plus le temps.

Première ovation ?

Oui sur Le Projet Georges il y a eu des beaux saluts à Avignon. Et puis bon d’autres spectacles ; Le massacre du printemps (Elsa Granat), King Lear syndrome (Elsa Granat). Surement un des moments les plus marquants sera Le Soulier de Satin (Eric Ruf) en Richelieu ou dans la Cour d’Honneur. J’ai été émue par certains applaudissements quand Dona musique faisait chanter la salle. J’étais touchée par ça. Mais c’était un moment d’espoir commun plus qu’une ovation.

Premier fou rire ?

Je le dis ; j’étais saoule. C’était l’été, dans un festival, il faisait bon… Nous jouions Ivanov. Et mon Ivanov (je jouais Sacha) et moi avons commencé à avoir des fous rires à partir du quatrième acte. Donc juste avant son suicide. On devait se retenir de rire sans cesse. Incorporer le rire dans les pleures. Les silences pour retenir les rires. La scène est devenue très longue. Et plus le texte était tragique plus nous avions envie de rire. Non mais sinon je ne bois pas avant de jouer hein.

Premières larmes en tant que spectateur, spectatrice ?

En tout cas une grande crise de larmes à la fin de La Ménagerie de Verre mis en scène par Daniel Jeanneteau; le monologue de fin qui était dit par Olivier Werner m’a foudroyé. Je suffoquais.

Première mise à nue ?

Le travail mené avec Dominique Valadié dans le cadre de son cour d’interprétation au CNSAD.

Première fois sur scène avec une idole ?

J’ai pas trop ça. Mais bien sûr regarder travailler Didier Sandre, Marina Hands, Laurent Stocker, Danielle Lebrun, c’est du pain bénit.

Mais l’idole … je pense que c’était Dominique Valadié mais alors je n’ai pas vraiment réussi à me mettre au travail je l’idolâtrais trop justement.

Première interview ?

Marie Plantin – Magazine Théâtre(s) – Un Portrait.

Premier coup de cœur ?

Ricercar par le Théâtre du Radeau, mis en scène par François Tanguy.

14 septembre 2026/par L'équipe de sceneweb
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