Émilie Capliez et Matthieu Cruciani ont été nommés à la direction du Théâtre de la Cité, centre dramatique national de Toulouse Occitanie. Voici la liste des artistes en lice pour leur succéder à Colmar.
Servane Ducorps et Mickael Serre
Servane Ducorps commence sa carrière très jeune, à 6 ans. Elle est élève à l’école et collège des Enfants du Spectacle, à Paris, pour avoir le temps de participer à des tournages, à des pièces de théâtre et se consacrer à sa pratique du violon. Jeune adulte, après une Hypokhâgne à Paris, elle fait un stage avec des professeurs de l’école GITIS de Moscou, puis part à New-York pour étudier à l’Institut Strasberg (Actor’s Studio). De retour à Paris, elle intègre l’École Internationale de théâtre Jacques Lecoq de 1998 à 2000, puis le Conservatoire national supérieur d’art dramatique, jusqu’en 2002. Elle a eu comme professeurs Jacques Lecoq, Joël Jouanneau, Muriel Mayette, Norman Taylor, Simon Abkarian.
Grâce à ces deux écoles et enseignements complémentaires, elle travaillera aussi bien des textes classiques, contemporains que le mouvement, le clown et le masque. Elle y fera des rencontres artistiques et amicales qui marqueront et guideront sa vie professionnelle jusqu’à aujourd’hui.
Elle fait la rencontre de Mikaël Serre en 2002 et collabore avec lui depuis. Elle joue dans ses spectacles: Les Brigands de F. Schiller, Les Enfants du soleil de Maxime Gorki, La Mouette d’après A.Tchekhov (où elle joue Nina), L’enfant froid de Marius von Mayenburg, Requiem pour un enfant sage de F.X Kreutz, Oh il me regarde (écriture collective), et collabore artistiquement avec lui pour plusieurs de ses mises en scènes au sein de leur compagnie Le FluideEnsemble.
Elle participe également à plusieurs reprises aux écritures collectives mes par Sylvain Creuzevault: Les Frères Karamazov dans le rôle de Grouchenka, Le Grand Inquisiteur, Angelus Novus AntiFaust (2016) Elle rencontre Vincent Macaigne au Conservatoire et joue dans plusieurs de ses spectacles : Idiot! d’après Dostoievski (où elle joue Nastassia Filipovna) (2010 ),Idiot Parce que nous aurions dû nous aimer (2014), et Requiem (2007). Avec Chloé Dabert, elle joue dans Orphelins (Prix du jury Impatience 2014) et Iphigénie, au festival d’Avignon (2018).
Au théâtre de l’Europe-Odéon où elle a joué régulièrement, elle fait la rencontre du metteur en scène australien Simon Stone et sera dans deux de ses spectacles : La Trilogie de la vengeance (2019) et Les Trois Soeurs (2017). Et celle de Christiane Jatahy, pour laquelle elle joue Gertrude dans Hamlet (2024), en France et à l’international. Une autre expérience essentielle pour elle est son passage au théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine. Elle rejoint la troupe pour jouer dans Les Éphémères (2009-2010).
Elle a également joué dans plusieurs spectacles de Isabelle Lafon, (Une Mouette et Les Insoumises), Christophe Rauck (Anatomie d’un suicide, d’Alice Birch ), le Collectif L’Avantage du doute, (Encore plus partout tout le temps et After-Show), David Geselson (Les Lettres non-écrites), Jan Lauwers & Needcompany ( Only for Venice) , Cyril Teste & MXM (Electronic City, Reset et Sun), Nathalie Garraud (Les Européens) d’Howard Barker, Chantal Morel (Les Possédés) de Dostoievki, Sanja Mitrovic (Crash Course Chit Chat et Do you still love me), Ludovic Lagarde (Woyzeck et La Mort de Danton de Büchner), Yves Beaunesne (Oncle Vania de Tchekhov), Joséphine De Meaux et Mériam Korichi, (Médée d’Euripide, L’échange de Claudel).
Parallèlement à son travail d’actrice et de collaboratrice, elle s’intéresse à la transmission en donnant régulièrement des stages au sein des théâtres où elle joue (pour amateurs et professionnels), mais également pour la Classe de la Comédie de Reims, le Théâtre des Treize vents, dans des collèges et lycées et à l’université, ainsi que pour des équipes médicales en milieu hospitalier.
Son parcours depuis l’école Lecoq l’a aussi menée à travailler à l’étranger, notamment au Brésil avec l’association Pro-Criançia de Récife (une association pour les enfants et adolescents des favelas), et en Mongolie, où elle jouera pour la m.e.s Julie Beauvais et des comédiens d’Oulan-Bator, un spectacle en itinérance pour les nomades de la steppe mongole pendant plusieurs mois.
Au cinéma elle a joué notamment dans des films de Léa Mysius ( Histoires de la nuit) , Jeanne Herry (Pupille), Mathias Gokalp (L’établi) Martin Provost, Jean-Xavier De Lestrade (Des Vivants) et Richard Lester.
Mikaël Serre est metteur en scène, dramaturge, traducteur et artiste associé. Formé aux Beaux-Arts de Saint-Étienne puis à l’École Internationale de Théâtre Jacques Lecoq à Paris, il est également lauréat des masterclasses du Festival de Salzbourg (Salzburger Festspiele).
Son parcours se construit très tôt entre les arts visuels, le théâtre et les écritures contemporaines. Après des expériences en Russie au Théâtre Dramatique de Nijni-Novgorod puis en Ouzbékistan au mythique Ilkhom Theatre de Tachkent, il devient dramaturge au Badisches Staatstheater de Karlsruhe. Cette circulation entre les langues et les cultures nourrit durablement son travail artistique.
En 2002, il met en scène Visage de feu de Marius von Mayenburg, présenté notamment au Teo Otto Theater, à la Comédie de Saint-Étienne et au Festival international de théâtre de Moscou. Il poursuit son compagnonnage avec l’auteur allemand à travers Parasites (2004), L’Enfant froid (2006) et Cible mouvante (2009), contribuant à faire découvrir en France une nouvelle génération d’écritures germanophones.
Parallèlement, il développe un important travail de dramaturgie auprès de chorégraphes et de metteurs en scène internationaux. Il collabore notamment avec Samir Akika pour Globalost Sunday (2004), présenté au Festival Pina Bausch, au PACT Zollverein et au Tanzhaus NRW, puis pour Loca Mierda (2005) avec la Compañia Danza Contemporánea de Cuba. Il participe également à Protocoles de rêves avec Hanna Schygulla, présenté au Teatro di Roma, à La Ferme du Buisson et au Gran Teatro Falla de Cadix.
Son travail se déploie ensuite dans plusieurs institutions européennes majeures. Il met en scène Le Village de Kufur Shama de François Abou Salem à la Schaubühne de Berlin dans le cadre du Festival F.I.N.D., L’Étranger d’Albert Camus au Maxim Gorki Theater de Berlin, Femme non rééducable dans le cadre du Festival Actoral à Marseille, puis La Mouette de Tchekhov à la Comédie de Reims, au Nouveau Théâtre de Montreuil, à La Rose des Vents et au Next Festival.
Artiste associé à la Comédie de Reims, à La Rose des Vents – Scène nationale Lille Métropole et à La Ferme du Buisson, il développe un théâtre où les récits intimes rencontrent les questions historiques et politiques. Parmi ses créations figurent notamment L’Impasse / I Am What I Am (2012), Schaubühne, Berlin, Les Enfants du soleil de Maxime Gorki (2013), présenté notamment à la Comédie de Reims, à La Rose des Vents, à La Ferme du Buisson, au Théâtre Vidy-Lausanne et au Monfort, ainsi que The Rise of Glory créé au Maxim Gorki Theater de Berlin en 2014.
À partir de 2015, sa rencontre avec la chorégraphe et danseuse Germaine Acogny ouvre un nouveau chapitre de son parcours. Ensemble, il met en scène À un endroit du début, spectacle présenté au Grand Théâtre de Luxembourg, à La Ferme du Buisson, au Théâtre de la Ville à Paris, au Festival ImPulsTanz de Vienne ainsi qu’au Festival Santiago a Mil au Chili. En 2021, le spectacle est présenté à la Biennale de Venise à l’occasion de la remise du Lion d’Or à Germaine Acogny pour l’ensemble de sa carrière.
Parallèlement, il poursuit un travail de création à l’international avec notamment Je suis Jeanne d’Arc d’après Schiller au Maxim Gorki Theater de Berlin et au Théâtre national de Mannheim. Il collabore également avec le chorégraphe Abou Lagraa pour Le Cantique des Cantiques, présenté à la Maison de la Danse de Lyon et au Théâtre National de Chaillot.
La musique et l’opéra occupent également une place importante dans son parcours. Il met en scène Les Contes d’Hoffmann d’Offenbach à l’Opéra de Dijon (2017), La Bohème de Puccini au Theater Trier (2019), Offenbach Report à l’Opéra national de Lorraine (2020), Ariane et Barbe-Bleue de Paul Dukas à l’Opéra national de Lorraine (2022), The Rake’s Progress de Stravinsky au Theater Trier (2022), ainsi que Xynthia, l’Odyssée de l’eau, créé entre l’Opéra de Reims, l’Opéra de Metz, le Théâtre Silvia Monfort et Clermont Auvergne Opéra (2023-2024).
Depuis 2021, son compagnonnage avec l’École des Sables au Sénégal donne naissance à Dialaw Project, vaste aventure artistique réunissant interprètes africains et européens autour des questions de mémoire, de transmission et d’héritage. Présenté notamment au Théâtre de la Ville, au Théâtre des 13 Vents, au Grand Théâtre de Luxembourg, au Festival Africologne et au Festival Perspectives, ce projet constitue l’un des axes majeurs de sa recherche actuelle.
Parallèlement, il poursuit son travail de création entre théâtre, danse et musique. En 2021, il met en scène M. in China de Constance de Saint-Remy avec les élèves de l’École du Nord. En 2025, il crée Joséphine avec Germaine Acogny et Alesandra Seutin au Théâtre des Champs-Élysées, poursuivant un dialogue artistique engagé depuis plus de dix ans avec la grande chorégraphe sénégalaise. La même année, il signe ANTI, création mêlant danse et théâtre avec Brian Ca, présentée au Grand Théâtre de Luxembourg et au Théâtre d’Esch.
Samuel Gallet
Né en 1981, Samuel Gallet est écrivain, dramaturge et metteur en scène. Auteur d’une trentaine de textes pour le théâtre, dont douze publiés aux Éditions Espaces 34, il développe une œuvre située à la croisée du poème dramatique, du récit et de la fiction politique. Il porte régulièrement ses textes à la scène avec le Collectif Eskandar, compagnie qu’il dirige et qui est implantée à Caen.
Ses pièces sont mises en scène depuis 2010 en France et à l’étranger (Angleterre, États-Unis, Allemagne, Mexique, Chili…) et plusieurs d’entre elles ont été diffusées sur France Culture.
Lauréat de la Villa Médicis Hors les Murs en 2014 pour un projet consacré au théâtre politique contemporain chilien, il a été de 2015 à 2020, avec Enzo Cormann puis Pauline Peyrade, co-responsable du département Écrivain·e Dramaturge de l’ENSATT à Lyon. Il intervient aujourd’hui régulièrement à l’ENSATT, à l’ENS de Lyon et dans de nombreuses écoles d’art.
Son travail a reçu plusieurs distinctions, parmi lesquelles le Prix des Journées de Lyon des Auteurs de Théâtre en 2011 pour Communiqué n°10 et en 2021 pour Mon visage d’insomnie, ainsi que le Prix Collidram 2018 pour La Bataille d’Eskandar.
Avec le Collectif Eskandar, il met en scène ses propres textes, notamment La Bataille d’Eskandar, Visions d’Eskandar et Le Pays innocent. Depuis 2016, ses créations sont présentées dans de nombreux théâtres, centres dramatiques nationaux et scènes nationales, parmi lesquels la Comédie de Caen, le Préau CDN de Vire, le CDN de Normandie-Rouen, le Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis, le Théâtre des Célestins de Lyon, le Théâtre de la Joliette à Marseille, ainsi que les Scènes nationales de Cherbourg, Dieppe, Évreux, du Mans, du Jura et du Creusot.
Parallèlement à son travail de création, il développe depuis plusieurs années des formes participatives, poétiques et musicales autour des enjeux écologiques et des représentations de l’avenir. Les séries de performances Conjurations ont notamment été accueillies au CDN de Caen, aux Scènes du Jura, à la Scène nationale de Dieppe, à L’Arc – Scène nationale du Creusot, à la Scène nationale du Mans, à Châteauvallon-Liberté, scène nationale de Toulon, et aux Scènes Croisées de Lozère.
En 2022, il adapte pour Frédéric Fisbach le roman Petit Pays de Gaël Faye, créé en 2023 et présenté au Festival d’Avignon 2025. Il écrit également En répétition pour les apprenti·es du Studio ESCA, mis en scène par Paul Desveaux et Vincent Arfa en 2023.
Boursier du Centre national du livre en 2021-2022 pour l’écriture du Pays innocent, publié aux Éditions Espaces 34 en 2024, il reçoit pour ce texte le Prix de la Librairie Théâtrale, le Prix Jacques Scherer et le Prix international de littérature française de l’Académie royale de Belgique en 2025. Créé à l’automne 2024 avec le Collectif Eskandar, le spectacle poursuit actuellement sa tournée nationale.
Lauréat du programme ERABLE avec le Collectif Eskandar, il mène en 2025-2026 un projet Art & Science consacré aux enjeux des transitions écologiques à travers la reconversion de la tourbière de Sèves, dans le Cotentin. Sa prochaine création verra le jour en 2027.
Il est aujourd’hui artiste associé au Grand Ensemble de la Scène nationale du Mans.
Benjamin Lazar

En 2004, sa mise en scène du Bourgeois Gentilhomme dans la production du Poème harmonique de Vincent Dumestre, rencontre un très grand succès public et critique. Il y a interprété le rôle de Cléonte et du Maître de philosophie durant les huit saisons d’exploitation du spectacle (2004-2012). En 2008, il adapte et joue L’Autre Monde ou les États et Empires de la Lune, roman de Cyrano de Bergerac, au Théâtre de l’Athénée à Paris. Il est connu pour sa recherche sur la période baroque qu’il enseigne au sein de diverses écoles (école de la Comédie de Saint-Étienne, TNB…) et dont il fait un outil de création et de formation de l’acteur contemporain . Il crée ainsi des spectacles tels que Feu d’après les pensées de Pascal, Les Caractères de La Bruyère, Visions d’après l’œuvre de l’espagnol Francisco Quevedo ou encore Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau. Dès 2008, il a ouvert son champ d’exploration à d’autres époques et d’autres répertoires.
Associé au Théâtre de Cornouaille / Scène nationale de Quimper de 2010 à 2013, il y a créé Au web ce soir, spectacle conçu spécifiquement pour internet et diffusé en direct sur le site du théâtre ; Cachafaz, d’après la pièce de Copi, Ma mère musicienne créé à Mettre en scène au TNB en 2012. En 2013, il retrouve le comédien Olivier Martin-Salvan pour la création du spectacle Pantagruel d’après l’œuvre de François Rabelais.
En 2015, il invoque avec Louise Moaty le monde disparu des communautés juives d’Europe de l’Est avec Le Dibbouk ou entre deux mondes, chef d’oeuvre du théâtre yiddish de Shalom An-Ski, dont Aurélien Dumont signe la partition originale.
En 2016, il a réalisé deux mises en scène à l’étranger : une adaptation des Enfants du Paradis au Théâtre de Karlsruhe et, en collaboration avec Thomas Gonzalez, Novo en el Mictlan de l’écrivain contemporain Luis
Felipe Fabre au festival Dramafest de Mexico. En France cette même année, il a créé au théâtre des Bouffes du Nord Traviata / Vous méritez un avenir meilleur d’après l’œuvre de Verdi et d’Alexandre Dumas fils, spectacle repris à la rentrée 2023 au Théâtre des Bouffes du Nord. Judith Chemla y tient le rôle-titre et l’adaptation musicale est signée par Florent Hubert et Paul Escobar. En 2017, il a présenté son spectacle Fables avec Louise Moaty au festival Cervantino (Mexique).
En 2019 il crée à la Maison de la Culture d’Amiens Heptaméron, récits de la chambre obscure où se mêlent récits de Marguerite de Navarre, récits contemporains et madrigaux baroques chantés par les Cris de Paris de Geoffroy Jourdain.
À partir de 2021, il initie et développe le projet l’Entremonde donnant lieu à une importante activité d’ateliers scolaires, étudiants et tout public ainsi que la création de plusieurs spectacles : La Chambre de Maldoror au CDN de Montpellier (janvier 2023), Les Chimères de Nohant et Le
Château invisible. L’Entremonde propose une exploration et une recherche sur la notion d’image intérieure. Il réunit un collectif d’artistes tels que Jessica Dalle et Alix Mercier, comédiennes et metteuses en scène, Joseph Paris, cinéaste, les musiciens Pedro Garcia-Velasquez et Augustin Muller, l’ingénieur du son Étienne Graindorge. Les ateliers et les spectacles utilisent la technique du son binaural (ou son 3D).
Depuis quelques années il développe également l’écriture, qui a abouti notamment à la commande du spectacle la Nuit des hiéroglyphes par l’institut de France (septembre 2022) ou à l’écriture d’un prologue à l’Histoire du soldat de Stravinsky et Ramuz créé en novembre 2023 à la scène nationale de Cherbourg, avec une composition originale de Martin Matalon.
Benjamin Lazar a également une importante activité de metteur en scène d’opéras : Il a monté une quinzaine d’œuvres lyriques en France et à l’étranger. En 2023, il a créé une production du Vaisseau fantôme de Richard Wagner à l’opéra de Cologne (direction musicale François-Xavier Roth) et, à l’Opéra de Montpellier, après Pelléas etMélisande de Debussy en 2022 , il a créé la première française de l’Orfeo de Antonio Sartorio (juin 2023) sous la direction musicale de Philippe Jaroussky..
Il travaille aussi souvent avec des musées, notamment à l’occasion des expositions pensées par l’écrivaine Annie Le Brun (Musée Victor Hugo, Musée d’Orsay, Musée d’Art moderne de la Ville de Paris).
Benjamin Lazar est artiste associé à la Maison de la Culture d’Amiens.
Laetitia Pitz
Laëtitia Pitz est metteure en scène et actrice. Elle fonde la compagnie Roland furieux en 1996 à Hagondange, en Lorraine. Le nom de la compagnie est un signe amical adressé à L’Arioste, poète italien de la Renaissance, auteur du mémorable et fracassant Orlando furioso.
Son geste de création se situe dans un rapport au texte et à la musique, elle fait se rencontrer des écritures, qui se mettent en lien par le plateau. Elle fait se côtoyer ensemble au plateau des langages complexes, qui trouvent écoute, car elle a à coeur de les rendre accessible.
Ce qui traverse ses créations, c’est peut-être cela : une foi tenace dans la capacité du théâtre à faire voir l’imperceptible et entendre l’inouï, à offrir des gestes de poésie « luciole » dans un monde en mue. Un théâtre qui propose au public une expérience active de perception et de pensée.
De 1996 à 2003, Laëtitia Pitz élabore son vocabulaire dramaturgique : rapport à la littérature, passage de l’écriture à la voix, corparolité, montage, musique et lumière. La lecture de Heiner Müller et la découverte de la musique improvisée, notamment au Festival Musique Action, orientent son travail vers une écriture fragmentaire et musicale. Les créations de Quartett d’Heiner Müller et d’Exterminez toutes ces brutes, l’odyssée d’un homme au cœur du génocide européen d’après Joseph Conrad et Sven Lindqvist abordent déjà des enjeux historiques et politiques.
De 2004 à 2014, les rencontres avec la compagnie 4 litres 12 (Odile et Michel Massé) et Patrick Haggiag enrichissent son approche de l’improvisation et du travail avec l’acteur. Le compagnonnage avec le clarinettiste improvisateur Xavier Charles marque un tournant : la musique devient un élément structurant de son écriture scénique. Cette période voit également la constitution d’une équipe d’artistes fidèles.
Entre 2015 et 2022, son travail s’affirme autour de l’écoute et du dialogue entre littérature et musique : comment la musique qui dit quelque chose que les mots ne peuvent atteindre, peut venir provoquer dans son côtoiement avec la littérature une perception plus inouïe. Une perception qui provoque l’imaginaire. Avec Xavier Charles, elle développe un laboratoire autour de la littérature d’Antoine Volodine (Mevlido appelle Mevlido, pièce immersive pour les oreilles d’après Songes de Mevlido, et de Danse avec Nathan Golshem de Lutz Bassmann avec le quartet de musique improvisée franco-norvégien Dans les arbres), dans le cadre d’une résidence à la Cité Musicale-Metz (2016–2023). L’adaptation de Les Furtifs d’Alain Damasio pour orchestre de 13 musiciens et acteurs prolonge cette recherche et ouvre une collaboration avec l’IRCAM. Laëtitia Pitz entre dans le programme Musiques-Fictions de l’IRCAM (écriture immersive pour dôme ambisonique), où ils y créent avec Xavier Charles Sur la trace de Nives d’Erri De Luca. Ils continuent leur collaboration avec l’IRCAM dans le développement d’un laboratoire de recherche sur les écritures immersives. Elle met également en scène L’Au-delà de Didier-Georges Gabily et crée son propre texte Perfidia.
En 2023, la création de Sauve qui peut (la révolution), fresque théâtrale, musicale et cinématographique en quatre mouvements, incarne cette trajectoire. En juin 2024, elle reçoit le prix SACD Nouveau Talent Théâtre.
Son travail est aujourd’hui accueilli par de nombreuses scènes : la MC93 – Bobigny, La Filature – Scène nationale de Mulhouse, les Théâtres de la Ville de Luxembourg – Grand Théâtre, Le Maillon, Théâtre de Strasbourg – scène européenne, Tandem – Scène nationale de Douai, La Muse en Circuit – CNCM d’Alfortville, le GMEM – CNCM de Marseille, l’IRCAM, Le Manège – Scène nationale de Maubeuge, Château Rouge – Scène conventionnée d’Annemasse.
Sa prochaine création aura lieu à l’automne 2026 à La Filature – Scène nationale de Mulhouse, Antigonick d’Anne Carson est un dialogue étroit entre tragédie antique, traduction contemporaine, musique de création et dispositifs visuels. C’est aussi un plateau singulièrement peuplé où les langues vont se mêler, s’entrechoquer.
Laëtitia Pitz prépare également la création de Thomas Sankara, l’homme qui va changer l’Afrique. Écrivant le parcours de cet homme d’État burkinabè (1983–1987), assassiné pour avoir tenté de transformer radicalement les structures politiques, sociales et économiques de son pays. Cette création prolonge son travail de montage et d’hybridation, en articulant documents, fiction, musique et image. Elle interroge aussi sa position d’autrice : qui raconte, depuis quel lieu, avec quelle responsabilité ?
Pauline Ringeade
Après une année d’histoire de l’Art à l’École du Louvre, quelques années en fac d’anglais et une formation d’actrice à Paris au Cours Florent, elle intègre en 2007 l’École du Théâtre National de Strasbourg (TNS) en section mise en scène sous la direction de Stéphane Braunschweig et A-F Benhamou.Elle y met en scène Hedda Gabler, de H. Ibsen, puis Le Conte d’Hiver d’après W. Shakespeare, traduit par B. M. Koltès. Elle y assiste Gildas Milin, Julie Brochen, Rodolphe Dana et le Collectif Les Possédés, ainsi que le couple de metteur·es en scène bulgares : les Sfumato. En 2010, elle impulse à Strasbourg la création de sa compagnie, l’imaginarium. Depuis 15 ans, elle tisse des liens forts avec le réseau des scènes du Grand Est, qui se déploient aujourd’hui sur tout le territoire métropolitain.
Ces dernières années, son travail a été fortement identifié grâce à son adaptation et mise en scène de la conférence de Baptiste Morizot : Pister les créatures fabuleuses.
On lui prête souvent l’expression d’ « artiste du vivant » car les imaginaires qu’elle défend portent la question de l’habitabilité comme valeur cardinale, et questionnent nos relations à nous humain·es, avec les autres sphères du vivant. La création sonore et musicale est également une marque de fabrique de la compagnie, qui se déploie pleinement dans son dernier spectacle SILENCE VACARME, « écobiographie» musicale et théâtrale de l’artiste Claire Rappin – que l’on verra en tournée la saison prochaine notamment à Malraux – scène nationale de Chambéry, et au CDN de St Etienne.
Les spectacles et performances qu’elle a mis en scène de 2010 à aujourd’hui ont été créés grâce aux coproductions ou soutiens réguliers des Centres Dramatiques Nationaux de Colmar, Poitiers, Nancy, Montreuil, Thionville et Strasbourg ainsi que des Scènes Nationales de Belfort, Besançon, Vandœuvre-lès-Nancy, Angoulême et Gap, Le TAPS – Théâtre de Strasbourg, Le Nouveau Relax scène conventionnée de Chaumont, L’espace 110 scène conventionnée d’Illzach, ou encore le théâtre de Arles. Elle est accompagnée par le Bureau de production parisien, Les Indépendances.
Elle met également en scène pour la musique contemporaine, notamment le projet SAFE PLACE au Festival MUSICA 2023.
De janvier 2021 à décembre 24 elle a été artiste associée à La Manufacture, CDN de Nancy, et aux 2 Scènes, scène nationale de Besançon.
En parallèle de son propre travail, elle a collaboré ou assisté à la mise en scène Bernard Bloch (2011), Stéphane Braunschweig (2011/2015), Aurélie Morin (2016), Richard Brunel (2018/2019), la compagnie lyrique lilloise Samuela D (2020/21). Elle collabore à la mise en scène avec Anne-Cécile Vandalem sur les créations de l’artiste belge depuis 2020.





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