Dans un solo entre danse et concert, la chorégraphe Pauline Tremblay s’appuie sur le clip de Run the World de la pop star Beyoncé pour raconter sa trajectoire féministe, en brisant les clivages entre les différents courants du mouvement.
« Who run the world ? Girls ! » Legging imprimé serpent, bustier aux épaulettes ornées de plumes noires et grandes créoles dorées aux oreilles, Pauline Tremblay, le regard planté dans le fond de la salle, fait onduler ses épaules. En voix off, elle décrit le début du clip de Run the World de la superstar de la pop Beyoncé : un paysage post-apocalyptique et Queen B, altière, montant un cheval qui se cabre. En 2024, la chorégraphe nous guidait dans une traversée énigmatique, en quête de XXX, inconnu de l’histoire de la danse. Devenir reine (ou Queen B), solo pluridisciplinaire créé la même année, déploie un manifeste féministe en mêlant de nouveau récit de soi et danse.
« Si tu sors comme ça, il va t’arriver des bricoles. » Pauline Tremblay confie que, pour ce spectacle, elle a sorti de son placard des pièces qu’elle n’ose jamais porter. Elle raconte que, petite, elle arborait une coupe à la garçonne et n’avait pas le droit de se percer les oreilles. Elle souligne qu’éviter les artifices de la féminité n’a pourtant jamais empêché les « bricoles ». À mi-chemin entre l’analyse d’œuvre et le manifeste féministe, Pauline Tremblay se prête au jeu de l’examen du célèbre clip de Run the World, devenu objet réflexif de son parcours féministe autant que matière chorégraphique et spectaculaire.
Perchée sur des talons, très rapidement délaissés pour des boots noires, la performeuse ravive les gestes emblématiques du clip de Beyoncé : poing levé évoquant les Black Panthers, pas scandés de pantsula, salut militaire ou encore marches à quatre pattes, où la colonne vertébrale se courbe en rythme. Ces danses se croisent avec le récit, qui se déplie à la manière d’un flux de conscience. La voix off nous fait visiter sa chambre d’ado, tapissée de posters des Spice Girls, et retrace sa rencontre avec le féminisme blanc universitaire, puis avec une approche plus intersectionnelle du mouvement.
Assumant pleinement un féminisme pop – dont les représentations féminines hypersexualisées et le dévoiement capitaliste sont souvent critiqués au sein des mouvements féministes –, Pauline Tremblay trace des généalogies d’autrices où surgissent les noms d’Audre Lorde, Dorothy Allison et bell hooks. La performeuse prend le micro pour chanter sa version du poème Les Guérillères de Monique Wittig façon punk, comme un dernier geste qui déhiérarchise et relie ces différents courants politiques. « Devenir reine en son propre royaume s’apprend », dit Pauline Tremblay. Le sien est un beau matrimoine, peuplé de ses héroïnes.
Belinda Mathieu – www.sceneweb.fr
Devenir reine (ou Queen B)
Conception et interprétation Pauline Tremblay
Musique additionnelle live ONE TWO ONE TWOProduction R&D
En collaboration avec La PopDurée : 20 minutes
Vu en juillet 2026 à La Scierie, dans le cadre du Festival Off d’Avignon
Onyx – Théâtre de Saint-Herblain, en partenariat avec Le Lieu unique, dans le cadre du Festival Trajectoires
le 21 janvier 2027



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