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Elsa Granat donne corps aux rêves d’un papy qui perd la boule

Coup de coeur, Jeune public, Les critiques, Montluçon, Paris, Saint-Denis, Théâtre
Papy Quichotte d'Elsa Granat
Papy Quichotte d'Elsa Granat

Photo Christophe Raynaud de Lage

Premier spectacle jeune public pour Elsa Granat, qui puise chez Cervantès sa mécanique imaginaire propice à déplacer des montagnes. Par le biais d’un grand-père qui se prend pour Don Quichotte, une famille entière se réveille de sa torpeur existentielle. Une ode aux rêves qui se partagent à plusieurs dans une esthétique qui s’ouvre au chant et à la marionnette avec brio.

L’avant-scène découpe un couloir propret, mais étriqué, avec moquette à carreaux, guéridon fleuri, abat-jour joli et fauteuil confortable. Mobilier stylisé d’un intérieur où tout est à sa place, où chacun tient son rôle sans bavure. À jardin, Papa s’oublie dans le sport ; au centre, Maman a le nez dans le guidon, ou plutôt dans le vase, au bord de l’asphyxie domestique ; à cour, Papy lit un pavé avec dévotion, et semble transporté par son livre dans une autre dimension ; et, sous le tapis, il y a Sacha, une enfant qui observe les grands, à l’étroit sous sa planque, des rêves et des questions plein la tête. Jusqu’ici tout va à peu près bien, tout le monde se débrouille avec le quotidien, mais la pression monte lorsque Papy perd la boule. Son roman de chevalerie lui monte au cerveau et le voilà qui déraille sec. Pas question de le garder dans cet état, il lui faut un institut spécialisé, un cadre médicalisé, une assistance professionnelle et assermentée : première réaction à chaud des parents au bord de l’implosion. Mais Sacha ne l’entend pas de cette oreille et se glisse, complice, dans les visions de celui qui se prend obstinément pour l’illustre Don Quichotte et se met en tête de partir aider la veuve et l’orphelin contre les géants de la planète. Et, plutôt que de ramener son aïeul à la triste réalité, Sacha Panzo, héroïne d’un pays nommé Dyslexie, embarque à ses côtés dans ses péripéties farfelues. Tant bien que mal, et non sans résistance, elle réussira à embarquer ses parents récalcitrants au royaume romanesque de Cervantès.

C’est une histoire d’ouverture et de lâcher prise, celle d’une famille qui monte la garde et baisse les armes, s’assouplit et reprend forme humaine au contact des aléas du grand âge, l’histoire d’adultes qui retrouvent du souffle et du sens en sortant des rails, l’histoire d’une enfant qui passe d’un monde à l’autre avec toute la souplesse propre à sa jeunesse. Et, dans ce salon qui, petit à petit, devient terrain de jeu et tremplin à imagination, le mobilier se désaxe, le désordre s’immisce, l’humour et la fantaisie s’invitent. Les frasques du grand-père bousculent le triste réel, l’allègent et l’enchantent. Dans cette famille monotone où les sentiments s’étiolent, la musique, la poésie, le rythme et la bravoure de la chevalerie font irruption et valser la routine à grand coup de citations entraînantes, de déclarations d’amour, de flamenco improvisé, de transports chantés à tue-tête du côté de Brel et son « inaccessible étoile » – des paroles extraites de La Quête, justement issue de son album L’Homme de la Mancha, la boucle est bouclée – ou du roucoulement mélancolique de Cucurrucucú Paloma.

Elsa Granat, pour la première fois, crée à l’adresse du jeune public, mais n’en perd pas moins ses sujets de prédilection : les liens de filiation, la perte d’autonomie et la vieillesse, la place des femmes et des enfants, la maternité, le soin apporté à l’autre, la liberté qu’on s’autorise… On retrouve avec délice sa langue vive qui rue dans les brancards, son humour et ses phrases qu’on voudrait garder pour toujours tant elles ouvrent de la pensée et des horizons, son goût pour les distributions intergénérationnelles et cette façon bien à elle de s’appuyer sur les grands classiques du répertoire pour construire ses propres récits d’aujourd’hui. Après Shakespeare, Ibsen et Tchekhov, dans la lignée de ses précédents spectacles – King Lear Syndrome ou les mal élevés, Les Grands Sensibles ou l’éducation des barbares, Nora, Nora, Nora ! De l’influence des épouses sur les chefs-d’œuvre et Une Mouette –, l’autrice et metteuse en scène poursuit sa quête d’un théâtre qui relie et propose d’autres modalités d’existence, ouvre des perspectives de vivre-ensemble où chacun et chacune compose avec l’autre, ses besoins, sa vulnérabilité et ses ressources propres.

Avec Papy Quichotte pourtant, Elsa Granat expérimente de nouvelles formes scéniques, comme si elle aussi, à l’image de son héros pris d’un élan neuf, partait à l’aventure. Dès l’ouverture, le chant lyrique s’imbrique dans les situations, porté par le personnage de la mère principalement, mais pas seulement, car la musicalité irrigue progressivement tous les membres de la famille pour finir dans un quatuor choral magnifique. D’autre part, la marionnette fait son apparition et contamine toute la représentation, vectrice d’un imaginaire qui s’expose en tant que tel, ne fait pas semblant d’être vrai, mais assume sa présence fictionnelle. Et la scénographie de se métamorphoser sous nos yeux tandis que les coussins du canapé s’animent, qu’un parapluie déploie sa nuée d’oiseaux, qu’un ventilateur devient moulin à vent, un couteau dans une miche l’épée dans l’enclume dans la légende du roi Arthur ou que Rossinante, carrément, débarque dans le salon sous les traits d’une tête de cheval manipulée à vue par Geraldine Zanlonghi, femme-orchestre remarquablement intégrée dans une distribution aussi harmonieuse qu’attachante.

Dominique Parent campe avec gourmandise un Papy Quichotte qui met le cap sur ses rêves dans un galop que rien n’arrête. Esther Lefranc est une mère ordinaire qui note à note se libère et délivre son chant intérieur sublime et cristallin. Antoine Chicaud est un père, un mari, un fils, qui ne sait plus vraiment qui il est car la peur a tout emporté. Monté sur ressorts, nerveux et paniqué, il finira lui aussi par se prendre au jeu et renouer avec l’enfance en lui. Quant à Maëlys Certenais, tout de rouge vêtue, petit Chaperon en jogging, elle est l’âme brûlante de cette famille bancale, l’étincelle et la flamme qui dénoue les nœuds et nourrit le feu du foyer. Entre grâce enfantine et aplomb têtu, elle est celle qui montre la voie, la première à vouloir y croire et à suivre, par amour, son grand-père adoré dans ses délires excentriques et… rassembleurs. Et Elsa Granat de poursuivre avec panache son cap, d’élargir son adresse et sa portée, de prendre des risques esthétiques, d’accueillir dans son théâtre humaniste nos failles mentales, nos demandes d’attention, nos fragilités fondamentales pour que le plateau soit l’espace des solutions folles, des alternatives magiques et des tentatives hardies. Ce faisant, elle désarme nos résistances, nos conformismes, nos paralysies, et nous invite à faire confiance à nos réserves imaginaires, à notre capacité d’invention et à nos communautés réinventées.

Marie Plantin – www.sceneweb.fr

Papy Quichotte
Écriture et mise en scène Elsa Granat
Avec Maëlys Certenais, Antoine Chicaud, Esther Lefranc, Dominique Parent
Collaboration à la dramaturgie Laure Grisinger
Assistance à la mise en scène Zelda Bourquin
Manipulation plateau Geraldine Zanlonghi
Chef de choeur Erwan Piquet
Scénographie James Brandily
Création lumières Vera Martins
Création costume Marion Moinet
Création sonore Mathieu Barché
Régie générale, lumière Manon Poirier
Marionnette prêtée par la compagnie Louis Brouillard
Atelier de construction Artom (Tourcoing)

Production Compagnie Tout un ciel
Coproduction Théâtre des Ilets – CDN de Montluçon, Théâtre Paris-Villette, Théâtre de Brétigny, Théâtre Gérard Philipe – CDN de Saint Denis, Fonds de Production Zéphyr – plateforme jeunesse en Nouvelle-Aquitaine, en coopération avec la DRAC Nouvelle-Aquitaine
Soutiens Région Ile de France, Ville de Paris, Fonds d’Insertion pour Jeunes Comédiens de l’ESAD – PSPBBT, Fonds d’insertion de l’École du TNB

Tout un ciel est conventionnée par la DRAC Île-de-France. Elsa Granat est artiste associée au Théâtre Gérard Philipe – CDN de Saint-Denis et au NEST – CDN de Thionville, et membre de la maison d’artistes LA KABANE.

Durée : 1h10
À partir de 7 ans

Théâtre Paris-Villette
du 19 février au 8 mars 2026

Théâtre Gérard-Philipe, CDN de Saint-Denis
du 11 au 14 mars

Théâtre des Ilets, CDN de Montluçon
du 26 au 28 mars

22 février 2026/par Marie Plantin
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