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« Nous ou le paradoxe du hérisson » ne va pas au bout de ses intentions

Décevant, Festival d'Avignon, Jeune public, Les critiques, Théâtre
Nous ou le paradoxe du hérisson de Muriel Imbach
Nous ou le paradoxe du hérisson de Muriel Imbach

Photo Sylvain Chabloz

Avec son titre énigmatique qui annonce toutefois la couleur du jeune public, Muriel Imbach poursuit son exploration théâtrale philosophique à l’intention de la jeunesse et part en quête des différentes façons de faire famille dans un spectacle un peu nébuleux qui peine à embrasser pleinement son sujet et son public.

De Muriel Imbach, Le Nom des choses, sa précédente création théâtrale, nous avait emballés en ce qu’elle combinait des enjeux philosophiques, comme l’origine du langage et le besoin de nommer pour faire exister les objets et les êtres qui nous entourent, avec une facétie ludique qui passait autant par des dialogues cultivant un étonnement judicieux que par l’environnement esthétique déployé. Avec Nous ou le paradoxe du hérisson, c’est à la famille que s’attèle la metteuse en scène, dans une volonté affirmée et bienvenue de bousculer le paradigme papa-maman et les enfants au profit des nouvelles façons de faire famille aujourd’hui. Si le sujet diffère, il demeure une question existentielle et sociétale fondamentale pour ancrer son propos, et les échos avec le spectacle antérieur ne s’arrêtent pas là. On retrouve ici ce tapis de confettis noirs, feuilles mortes d’un sous-bois sombre ou cendres d’un monde ancien, qui jonchaient le plateau du Nom des choses, tout comme certains accessoires – la plante verte, la boîte rouge, la chaise pliante –, aussi concrets qu’incongrus. Mais s’ajoutent dans ce nouvel opus des cordages de lianes qui pendent des cintres parmi lesquels avanceront en file indienne nos apprentis explorateurs. Il s’agit encore, aussi métaphoriquement que concrètement, de partir en exploration à plusieurs. Lampe frontale pour celle qui ouvre la marche, sac à dos, corde de rappel, la thématique de l’attachement est déclinée au sens propre comme au sens figuré. « Pourquoi vous êtes attachés ? », demande l’inconnue qui pointe son nez, l’étrangère qui s’invite dans le groupe et comme un cheveu sur la soupe, questionne frontalement les us et coutumes de cette bande d’énergumènes avant de se faire accepter par la communauté.

La fantaisie est une nouvelle fois au rendez-vous, l’humour itou, mais ils semblent cette fois un brin forcés, le trait trop appuyé et l’adresse tout public peine à atteindre sa cible intergénérationnelle. Si l’intention est louable et s’avère fonctionner dans certaines scènes, la première moitié du spectacle s’enlise dans un comique de répétition poussif et le sujet met un certain temps à être vraiment traité. Les familles recomposées, la famille de cœur, les familles homoparentales, la place que chacun·e occupe au sein de sa famille, la difficulté à changer des habitudes qui enferment mais rassurent, tous ces enjeux sont amenés avec plus ou moins de nuance et de pertinence, mais certaines scènes et répliques font mouche tout de même. La petite troupe d’interprètes fidèles assure sa partition avec un bel entrain, un sens de la grimace aiguisé pour certains, et les jolis costumes d’Isa Boucharlat dessinent des silhouettes en robes colorées, des créatures de conte, des lutins pieds nickelés dans la forêt. Quant à l’esthétique d’ensemble, avec cette structure de cordes en forme de chapiteau qui se dresse, éclairée par Antoine Friderici, elle fait son effet et apporte une proposition visuelle forte qui marche dans les pas de la précédente. Mais ces éclats n’effacent pas la déception générale et l’impression que le spectacle ne devient consistant qu’à partir de la moitié de son temps sans jamais décoller vraiment.

Marie Plantin – www.sceneweb.fr

Nous ou le paradoxe du hérisson
Mise en scène et direction artistique Muriel Imbach
Avec Coline Bardin, Pierre-Isaïe Duc, Linna Ibrahim, Cédric Leproust, Fred Ozier, Selvi Pürro
Dramaturgie et collaboration artistique Marie Romanens, Adina Secretan
Assistanat mise en scène Alexia Hebrard
Son Charlotte Vuissoz
Lumière Antoine Friderici
Scénographie Neda Loncarevic
Costumes Isa Boucharlat
Régie et collaboration artistique Charlotte-Prune Rychner
Œil extérieur et collaboration artistique Paulin-Aloïse Jaccoud

Production La Bocca della Luna
Coproduction Théâtre Vidy-Lausanne, Théâtre Public de Montreuil, Théâtre Le Reflet (Vevey), Théâtre Les Halles (Sierre), Théâtre du Loup (Genève), Scène nationale de Bourg-en-Bresse, ACT – Art en coopérative transfrontalière : Château Rouge (Annemasse), Théâtre Am Stram Gram (Genève), Usine à Gaz (Nyon), Scène nationale de Bourg-en-Bresse, Les Scènes du Jura – Scène nationale
Soutien Canton de Vaud, Ville de Lausanne, Pro Helvetia – Fondation suisse pour la culture (Zurich), Ernst Göhner Stiftung (Zoug), Loterie Romande (Lausanne), Pour-cent culturel Migros (Zurich), Corodis (Lausanne), Action Intermittence – Fonds d’encouragement à l’emploi des personnes intermittentes genevoises (FEEIG) (Genève)

La compagnie bénéficie d’une convention de durée déterminée avec l’État de Vaud (2024-2027) et la Ville de Lausanne (2025-2028).

Durée : 1h
À partir de 7 ans

Festival d’Avignon, Théâtre Benoît-XII
du 6 au 12 juillet 2026, à 11h et/ou 17h

Théâtre du Passage, Neuchâtel (Suisse)
le 21 mars 2027

Théâtre du Jura, Delémont (Suisse)
le 17 avril

7 juillet 2026/par Marie Plantin
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