Reprise à l’Opéra Bastille, l’adaptation chorégraphique du roman de Victor Hugo par Roland Petit se fait, à l’instar de l’édifice qui lui sert de décor et lui donne son titre, une œuvre aux dimensions imposantes et aux couleurs chamarrées.
Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas un classique de Rudolf Noureev que l’Opéra de Paris présente pour les fêtes de fin d’année, mais une grande fresque narrative imaginée à partir du livre de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris. C’est le retour à l’affiche de la première création que signait Roland Petit avec le Ballet de l’Opéra en 1965. L’artiste a entretenu une histoire aussi étroite que passionnante avec l’institution. Formé à son École de danse, il a intégré son corps de ballet et y a dansé ses premiers rôles, puis a décidé de s’en éloigner pour former sa propre compagnie, les Ballets des Champs-Élysées, et créer sur les grandes scènes internationales. Après un séjour en Amérique, Roland Petit est invité à revenir à l’Opéra de Paris par son administrateur de l’époque, Georges Auric. Vingt ans après l’avoir quitté, il signait ce ballet aux dimensions hollywoodiennes.
Lorsque le rideau s’ouvre sur la fête des fous, ce sont trente-deux danseurs qui habitent le plateau dans des tenues luxueusement signées par Yves Saint-Laurent. Le couturier disait vouloir « que les costumes soient colorés comme les vitraux d’une cathédrale ». La composition musicale, un peu rébarbative avec ses percussions envahissantes, de Maurice Jarre et les décors en toiles peintes de René Allio participent eux aussi au caractère chatoyant de l’ensemble. Un sombre cortège noir laisse vite place à une bardée de bouffons bariolés qui adoptent des gestes grotesques et saccadés, agitent les mains et les doigts aux sons des fiévreuses clochettes et des tambourins tapageurs. La présence du peuple, festif ou pénitent, rythme les tableaux successifs qui composent la représentation en alternant de larges mouvements de foule (l’écarlate Cour des miracles) et des scènes plus intimistes (une suave nuit d’amour). Ainsi architecturé, le ballet a pour qualité de rendre parfaitement lisible l’intrigue tout en ravissant l’œil.
Roland Petit n’est pas un chorégraphe classique et s’offre même l’occasion de glisser ici et là des décalages et des outrances, lui permettant d’allier sans mal le beau et le laid, la forme et l’informe, dans une pièce de fort belle facture. Bien sûr, celle-ci a désormais soixante ans et l’esthétique passe nécessairement pour « vintage », mais elle témoigne d’une réelle fascination pour le monde du théâtre, des lettres, comme pour celui des arts plastiques et du cinéma. La danse est intensément expressive et éloquente, et elle parvient à spectaculariser toute la passion, mais aussi le drame, la violence, la cruauté que contient l’ouvrage.
Si le chorégraphe jouait lui-même le personnage de Quasimodo lors de la création de sa pièce, le rôle est ici confié à l’Étoile Hugo Marchand, un danseur si charismatique qu’il a entre autres ébloui dans Le Jeune homme et la mort du même Roland Petit, salopette en jean bleu, clope au bec, combattant avec sa finitude prématurée. À nouveau, il impose une force brute, presque sauvage, et pleine d’élan à sa danse quasi expressionniste dans la mesure où elle impose une raideur rugueuse et anguleuse aux gestes, et escamote volontairement le corps semi-marionnettique de l’interprète avec une posture asymétrique des bras – le droit demeure le plus souvent coude en l’air et replié à l’équerre, tandis que le gauche reste ballant et rectiligne. Bossu et boiteux, silhouette tantôt ramassée tantôt élancée, et même grimpant sur un échafaudage permettant de faire se balancer deux cloches immenses, le sonneur grimaçant n’en est pas moins irradiant et touchant.
Il est accompagné d’Amandine Albisson qui, en Esmeralda, illustre, dès son premier solo, un large pouvoir d’attraction. Si lors d’un dernier pas de deux, la belle et la bête dansent à l’unisson, la gitane forme un couple ardent avec Phoebus, campé par le jeune Antonio Conforti, qui parade en bellâtre blondinet et ne saurait manquer de goûter au licencieux commerce de plantureuses catins dans une mémorable scène d’auberge. Pour compléter ce quatuor amoureux, Pablo Legasa, souvent admiré dans des rôles plus légers, incarne cette fois un Frollo totalement déchiré entre le vice et la vertu, plein d’autorité et de perversité.
Christophe Candoni – www.sceneweb.fr
Notre-Dame de Paris
d’après Victor Hugo
Chorégraphie et livret Roland Petit
Musique Maurice Jarre
Direction musicale Jean-François Verdier
Avec Amandine Albisson en alternance avec Roxane Stojanov, Sae Eun Park et Claire Teisseyre, Hugo Marchand en alternance avec Jérémy-Loup Quer, Francesco Mura et Antonio Conforti, Pablo Legasa en alternance avec Thomas Docquir, Nathan Bisson et Florent Melac, Antonio Conforti en alternance avec Marius Rubio, Mathieu Contat, Alexandre Boccara et Milo Avêque
Orchestre de l’Opéra national de Paris
Décors René Allio
Costumes Yves Saint Laurent
Lumières Jean-Michel DésiréDurée : 1h55 (entracte compris)
Opéra Bastille, Paris
du 6 au 31 décembre 2025



J y suis allée le 20 décembre, le soir de la grève des ingénieurs de la lumière. Le spectacle a été joué Lumiere allumée dans la salle et sans effet de lumière. Cela est bien dommage car nous avons été prévenus au dernier moment et cela change complètement le spectacle.