À travers le récit poignant d’un enfant marqué par le harcèlement scolaire qui met fin à ses jours, le comédien et metteur en scène Mathieu Touzé renoue avec l’écriture de Philippe Besson dans Vous parlez de mon fils. Un spectacle créé au Théâtre 14 qu’il dirige, à Paris, et présenté dans le Off d’Avignon, au Théâtre Transversal, à partir d’un texte qui résonne avec sa propre histoire.
Les spectateurs sortent très émus du spectacle, mouchoirs à la main. Sur scène, sentez-vous l’émotion monter au fil de la représentation ?
Mathieu Touzé : Le public est vraiment mon partenaire sur ce spectacle. Je lui parle, je sens son écoute ; il y a très peu de bruit, l’attention est très forte. Et j’entends parfois les paquets de mouchoirs qui s’ouvrent ! J’entends les gens qui reniflent. Parfois, je me crée des peurs. J’ai vraiment confiance dans les mots, car je connais parfaitement la langue de Philippe Besson. Elle me donne confiance.
Philippe Besson est l’auteur fondateur de votre compagnie. Pourquoi revenir à son écriture ?
M.T. : C’est vraiment un auteur très important, puisqu’on avait créé Un garçon d’Italie avec Yuming Hey, il y a dix ans tout pile. Et en 2018, on avait fait notre premier Festival d’Avignon avec ce spectacle, déjà au Théâtre Transversal. Je n’ai pas monté de Philippe Besson entre-temps, mais j’ai continué à jouer Un garçon d’Italie.
Revenir à Philippe Besson cette année, c’est me plonger dans mon histoire, dans mes blessures. Dans la méthode de l’Actors Studio, on appelle cela les « rituels ». On se met d’accord avec soi-même sur ses blessures. À l’issue du spectacle, il y a plein de gens qui viennent me raconter leur propre histoire. Caroline Guiela Nguyen, la directrice du Théâtre national de Strasbourg, parle du « transfert des larmes », du partage des larmes. On en a besoin, d’autant que l’on vit dans un monde qui se déshumanise profondément. On a l’impression qu’on doit tous être des machines sans émotions, sans erreurs, sans pleurs. Et je trouve que cela nous ramène à notre humanité.
Le texte n’a pas été écrit pour vous, mais il y a un peu de vous dans l’histoire d’Hugo…
M.T. : Oui, et c’est là le vrai génie littéraire. Depuis que je travaille avec la langue d’Un garçon d’Italie, je suis émerveillé par ces phrases qui traduisent l’humanité d’une manière absolument brillante. Je savais que, quand Philippe Besson écrirait sur le harcèlement scolaire, il y aurait un peu d’autofiction. Et quand je l’ai lu, ça s’est confirmé. J’étais complètement bouleversé, parce qu’on aurait dit qu’il l’avait écrit pour moi. Ces phrases, je les ai entendues : « Les garçons sont des garçons, qui changera rien ? ». Mon père a dit cela. Il a été très facile de me raccrocher au récit, à l’histoire de ce gamin qui, à douze ans, ne sait pas qu’il est homosexuel — parce que c’est quoi, la sexualité à cet âge-là ? —, parce que je dégageais aussi quelque chose qui n’était pas assez viril pour la société, je n’étais pas dans la « normalité ».
Hugo accomplit le geste ultime. Est-ce que l’idée vous a traversé pendant l’adolescence ?
M.T. : À mon époque, il n’y avait pas les réseaux sociaux. Je me demande souvent : si j’avais été à l’école aujourd’hui, avec ce que je lis dans la presse et ce que je vois, est-ce que je serais encore là ? C’est très sincèrement une question que je me pose. On en a discuté avec ma meilleure amie depuis l’enfance, et elle a vu exactement à quoi correspondaient les phrases que je dis sur scène. Elle a vu ce que j’ai subi : les claques derrière la tête, les crochets-pieds, les insultes. On se disait que, nous, quand on rentrait chez nous, c’était terminé. Le foyer nous protégeait. Avec les réseaux, on n’est plus protégés.
Comme il le dit dans le spectacle, la grande peur, c’est la honte. Moins on en parle, moins ça se sait, moins ça existe. Mais les réseaux sociaux affichent tout, et ça déshumanise. Les gens osent des choses… Je veux dire, quand on a un visage en face de soi et qu’on a un peu d’empathie, on ne détruit pas les gens. Alors que sur les réseaux, il n’y a pas de limites. Les gens suivent de manière irréfléchie. Le lendemain, il faut des « likes » ou d’autres choses, comme si ce n’était pas grave. Alors qu’en fait, chez les victimes, ça produit des douleurs parfois irréparables.
Propos recueillis par Stéphane Capron – www.sceneweb.fr
Vous parler de mon fils
d’après Philippe Besson
Mise en scène, adaptation et jeu Mathieu Touzé
Création lumière Renaud Lagier et Jyotis
Hologramme Justine Emard
Musique Madame Miniature
Conseil artistique et direction d’acteur Yuming HeyProduction Collectif Rêve Concret
Durée : 1h30
Théâtre Transversal, dans le cadre du Festival Off d’Avignon
du 4 au 25 juillet 2026, à 15h45 (relâche les 8, 15 et 22)Théâtre 14, Paris
du 24 au 28 novembre




Et la souffrance au travail au théâtre 14 vous en parlez?
Plutôt que de lui offrir une plateforme. Faites plutôt un article sur les conditions de travail exécrables, les licenciements abusifs et la toxicité de ce monsieur, ça sera plus utile…