Le comédien Mathias Zakhar présente son premier seul en scène et revient sur les traces de sa famille en suivant les rives du Danube pour prendre le pouls de l’Europe. Poétique et puissant.
Tremblant, une veste en jean jetée sur ses épaules malgré la chaleur, Mathias Zakhar allume maladroitement une cigarette. Les épaules voûtées, ce jeune poète en herbe va bientôt s’élancer, plein de vigueur, dans un voyage à travers l’Europe, sur les traces de sa famille disséminée, issue des communautés hongroises de Slovaquie. Tiré de ses « Croquis de voyage » initiés en 2017 par l’École du Nord lorsqu’il y était encore comédien, le texte est le premier seul en scène écrit par ce comédien hors pair, que l’on a notamment remarqué dans Le Nid de Cendres de Simon Falguières, et qui fait depuis partie de la galaxie du Moulin de l’Hydre, ce lieu créé par le metteur en scène.
Plein d’entrain, le jeune homme débute son périple à la source du Danube, en Allemagne, bien décidé à remonter les 2 882 kilomètres qui le séparent de l’embouchure du fleuve. En train, à pied, en stop, les aventures et les rencontres se multiplient. Autriche, Hongrie, Serbie, Roumanie : les langues et les frontières se mêlent, entre beuveries et envolées philosophiques. Il est né l’année où le mur de Berlin est tombé et, enfant de l’Europe, il part à la rencontre de cette identité multiple, de ses promesses et de ses désillusions, entre la mémoire de ces pays balafrés par les nationalismes et les souvenirs de l’ancien bloc soviétique. Accompagné en chemin par Cendrars, Céline et Adorno, il tente d’y voir un peu plus clair dans les contradictions qui composent les identités européennes d’aujourd’hui. Et finalement, puisque tout est vrai, et donc que tout est mensonge, la vérité semble bien inaccessible, comme un « feu follet pour guider les oiseaux ».
Entre vaste mélancolie et fête ininterrompue, dans sa chasse aux souvenirs, Mathias Zakhar nous parle aussi de son désarroi face aux bégaiements de l’histoire, de son désespoir à la vue des tourbières identitaires qui ne se sont jamais éteintes. Le comédien et auteur parvient avec justesse à contourner la narration de soi pour plonger plus avant dans la poésie de l’errance, non sans nous imposer, par ailleurs, quelques obsessions christiques sous couvert de montée de LSD. C’est un comédien habité qui déploie une langue riche et qui nous emporte par son dévouement et sa générosité scénique peu commune.
Fanny Imbert – www.sceneweb.fr
Danube, au kilomètre zéro
Texte, mise en scène et interprétation Mathias Zakhar
Collaboratrice artistique Anne Duverneuil
Créateur son et régisseur général Hippolyte Leblanc
Créateur lumières Léandre GansProduction Kilomètre Zéro
Coproduction Centre Dramatique National de Nanterre-Amandiers
Partenaires et soutiens Théâtre d’Angoulême – Scène Nationale, Université de Lille, SARTR – Sarajevo War Theatre (BA), Le Moulin de l’Hydre – Fabrique théâtrale et Festival Pampa (Sainte-Foy-La-Grande)La compagnie Kilomètre Zéro est implantée en région Haut-de-France.
Durée : 1h15
Vu en juillet 2026 au Théâtre du Train Bleu, dans le cadre du Festival Off d’Avignon
Festival Pampa, Sainte-Foy-La-Grande
les 25 et 27 août



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