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« SarkHollande », les présidents au petit pied de Léo Cohen-Paperman

Avignon, Bayonne, Blois, Les critiques, Moyen, Pantin, Paris, Tarbes, Théâtre, Thionville
Léo Cohen-Paperman crée SarkHollande (comédie identitaires) au Théâtre 13
Léo Cohen-Paperman crée SarkHollande (comédie identitaires) au Théâtre 13

Photo Valentine Chauvin / Cie Animaux en paradis

Léo Cohen-Paperman poursuit sa série Huit rois (nos présidents) avec les portraits de Nicolas Sarkozy et François Hollande, mais ne parvient pas à hisser ce double numéro de stand-up et de clown au niveau de substance politique des opus précédents.

Depuis janvier 2020 et la création du tout premier épisode de sa série Huit rois (nos présidents), Léo Cohen-Paperman est lancé dans une course contre la montre un peu folle : achever sa collection de portraits de l’ensemble des présidents de la Ve République avant que le jeu électoral – et la Constitution – ne l’oblige, en 2027, à élargir sa galerie à un neuvième personnage. Après les premiers épisodes consacrés à Jacques Chirac (La vie et la mort de J. Chirac, roi des Français), François Mitterrand (Génération Mitterrand) et Valéry Giscard d’Estaing (Le dîner de chez les Français de V. Giscard d’Estaing), autant qu’à la France de leurs mandats respectifs, et avant de s’intéresser, dans quelques mois, à Emmanuel Macron (@La_Thérapie_D_Emmanuel_Macron), puis à Charles de Gaulle et Georges Pompidou (La chanson de Charles et le film de Georges), le metteur en scène a choisi de réunir deux figures qui, contrairement aux trois précédentes, sont contemporaines des spectatrices et spectateurs devant lesquels elles se présentent : Nicolas Sarkozy et François Hollande. Cette exploration des styles politiques, mais aussi des dynamiques sociétales, Léo Cohen-Paperman la conduit en même temps qu’une mise à l’épreuve des genres théâtraux qui pourraient coller au plus près des hommes qu’il dépeint. Alors que Macron est promis à une mystérieuse et futuriste « science-fiction en son binaural » et que de Gaulle et Pompidou apparaîtront respectivement, et conjointement, dans un opéra et une « fiction documentaire filmée en direct », symboles de leurs époques, Nicolas Sarkozy endosse, dans SarkHollande, le rôle, qui lui va comme un gant, du stand-uppeur, avant d’être chassé par François Hollande qui, lui, n’aurait pas pu rêver meilleure caricature que celle du clown. Telles les deux faces d’un même numéro qui prête à rire. Jaune.

Devant le chatoyant rideau bleu scintillant du « France Comedy Club », c’est, antériorité oblige, Nicolas Sarkozy qui ouvre le bal. Planté devant un micro à pied de rigueur, cintré dans une chemise blanche immaculée et un inamovible costume bleu nuit, avec la Légion d’honneur épinglée sur le revers de sa veste, l’homme n’est, en cette année 2005, pas encore Président, mais seulement ministre de l’Intérieur. Cheveux plaqués vers l’arrière, grosse montre bien visible au poignet, celui qui « appelle un chat un chat, un chien un chien et une racaille une racaille » n’a pas sa langue dans sa poche, et ne cesse d’osciller entre tacles aux gens de gauche, et à La Princesse de Clèves, et caresses aux acteurs du capitalisme, et à Albert Camus. Innervé par un humour de droite bien trempé qui, dès qu’il en a l’occasion, lui sert à taper sur les profs, les bénéficiaires du RSA et les assistés, ce Nicolas Sarkozy d’opérette déroule, chemin faisant, et plutôt par la bande, ses obsessions identitaires, notamment en pointant et comparant des membres du public piochés (plus ou moins) au hasard, et en n’hésitant pas à les ramener à l’origine supposée de leur nom de famille ou à leur religion. Bientôt chassé par les électrices et les électeurs qui ne lui offrent pas un second tour de piste, il voit, à son grand dam, lui succéder François Hollande qui, à l’extrême inverse, débarque en clown grossier et grotesque, cravate immense, costume trop ample et chaussures gigantesques, maquillage traditionnel, (petit) nez rouge et rose (socialiste) à la boutonnière. Promettant, lui, de ne pas faire de stand-up, il enchaîne les gaffes face au déferlement d’événements économiques, politiques et terroristes, ne cesse de se prendre les pieds dans le montant du décor et se retrouve vite dépossédé de tout pouvoir, installé à son bureau de guingois où il dépose et examine un épais porte-vues qui contient « Les problèmes de la France ». Incapable de se représenter, il cède, pour finir, sa place à Leïla qui, avec l’allure de la Marianne du Monument à la République de Morice, raconte son récit de vie à hauteur de femme sous ces deux mandats successifs.

Alternativement porté par Clovis Fouin, Valentin Boraud et Ada Harb qui, chacune et chacun à leur endroit, ne manquent pas de talent pour s’approprier les gimmicks des deux Présidents, aussi bien dans leurs intonations et leur posture que dans leur sens de la syntaxe grammaticale, plus ou moins fluide, mais également, en ce qui concerne la dernière, pour condenser un récit de vie long de deux quinquennats en l’espace de quelques minutes, ce cheminement fait remonter à la surface une série de souvenirs obligés. De la scène des « racailles d’Argenteuil » au « Casse-toi, pauv’ con ! », du « Avec Carla, c’est du sérieux » au fameux « Si à 50 ans on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie » de Jacques Séguéla, ce sont toutes les pépites, devenues cultes, du mandat Sarkozy qui sont mentionnées, comme sont égrenées les points-clefs de la période Hollande : le déclenchement de la guerre au Mali, le « nein » d’Angela Merkel à la renégociation du pacte budgétaire européen, la non-inversion de la courbe du chômage, le Merci pour ce moment de Valérie Trierweiler, la naissance des frondeurs ou encore les différents attentats de 2015, pour ne citer qu’eux. À ceci près que, contrairement à ce qu’il avait su faire avec Chirac, Mitterrand et Giscard, Léo Cohen-Papperman ne réussit pas à donner de profondeur suffisante à ce triptyque, et paraît se contenter de cocher les cases d’un bingo mémoriel commun, sur lequel l’aura dorée de la nostalgie n’aura pas encore eu le temps de produire ses effets. Tout se passe comme si, peut-être piégé par le manque de réelle épaisseur de ces hommes politiques modernes, en comparaison de leurs prédécesseurs, le metteur en scène en avait rapidement fait le tour et, notamment concernant François Hollande, ne savait pas trop quoi leur faire dire ou faire une fois la situation théâtrale posée. D’autant que, si le registre du stand-up est plutôt bien exploité, celui du clown, pourtant plus complexe dans son essence, l’est autrement moins.

Dès lors, Léo Cohen-Paperman apparaît piégé au milieu du gué, contraint, au vu de la durée totale du spectacle qu’il semble vouloir contenue, à être assez expéditif et précipité, et donc à prendre le risque du survol. Si tout, ou presque, est mentionné, rien, ou presque, n’a véritablement le temps de prendre du relief et de donner du grain à moudre à une analyse politique plus substantielle sur, au choix, la désacralisation de la fonction présidentielle, le Président qui gère tout, partout, tout le temps, et est même attendu au tournant par ses électrices et ses électeurs pour cela, mais aussi l’affaiblissement d’hommes qui se retrouvent, de la crise financière à la guerre, en passant par les attentats, contraints de gérer les urgences avant de décliner leur projet. Surtout, à l’inverse de ce qu’il avait su brillamment faire dans Le dîner chez les Français de V. Giscard d’Estaing, Léo Cohen-Paperman ne réussit pas, à travers ces deux hommes, à réellement faire le portrait d’une époque, un peu trop caricaturalement incarnée par le monologue final du personnage de Leïla, aux prises avec des tiraillements politiques et identitaires qui influencent, voire conditionnent, sa vie intime. Là encore, le propos semble sacrifié sur l’autel du temps et résonne comme un passage obligé, un peu trop plaqué pour ne pas manquer de finesse. Comme si cette époque, par sa proximité avec la nôtre, invitait, pour fournir une matière réflexive, à une prise de recul encore plus draconienne, ou à un pas de côté encore plus fin, que les précédentes, afin de tenter de pallier le manque naturel de distance critique historique.

Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

SarkHollande (comédie identitaire)
Texte Julien Campani, Léo Cohen-Paperman, Clovis Fouin
Mise en scène Léo Cohen-Paperman
Avec Valentin Boraud, Clovis Fouin, Ada Harb
Collaboration à la mise en scène Esther Moreira
Collaboration artistique (clown de François Hollande) Valentin Boraud, Julien Campani
Scénographie Anne-Sophie Grac
Costumes Manon Naudet
Maquillage et coiffures Pauline Bry
Lumière Léa Maris
Création sonore Lucas Lelièvre
Régie générale Thomas Mousseau-Fernandez
Régie lumière Zélie Carasco
Régie son Léonard Tusseau

Production Compagnie des Animaux en paradis
Coproduction TCM Théâtre de Charleville-Mézières ; Le Nouveau Relax, scène conventionnée d’intérêt national de Chaumont ; Le Carreau, Scène nationale de Forbach ; Le Théâtre de Rungis ; CCAM Scène Nationale de Vandoeuvre les Nancy ; Théâtre du Fil de l’Eau, Pantin ; NEST Centre Dramatique National de Thionville ; TTB Théâtre du Train Bleu ; Acmé ; La Pépinière Théâtre
Coréalisation Théâtre 13
Avec l’accueil en résidence du Théâtre de Rungis, de la ville Pantin et du Nouveau Relax de Chaumont
Avec l’aide à la création de la Région Grand Est et de la Région Île-de-France

Ce spectacle a bénéficié de l’aide de l’Agence culturelle Grand Est au titre du dispositif « Tournée de coopération » et de l’aide à la diffusion de la Ville de Paris dans le cadre de l’exploitation au Théâtre 13.

La compagnie des Animaux en Paradis bénéficie du soutien du ministère de la Culture / Direction régionale des affaires culturelles Grand Est, au titre de l’aide aux compagnies conventionnées et est soutenue par la Région Grand Est au titre d’une convention pluriannuelle.

Durée : 1h30

Théâtre 13 / Bibliothèque, Paris
du 4 au 20 juin 2026

Théâtre du Train Bleu, dans le cadre du Festival Off d’Avignon
du 4 au 23 juillet, à 10h (relâche les 10 et 17)

Théâtre de la Pépinière, Paris
du 20 septembre 2026 au 4 avril 2027

MJC Calonne, Sedan
le 25 novembre

Halle aux Grains, Scène nationale de Blois
le 3 décembre

Théâtre du Cormier, Cormeilles-en-Parisis
le 15 décembre

La Faïencerie, Théâtre de Creil
le 22 janvier 2027

NEST, CDN transfrontalier de Thionville-Grand Est
le 28 janvier

Le Parvis, Scène nationale de Tarbes
le 4 février

Scène nationale du Sud-Aquitain, Bayonne
les 5 et 6 février

L’Avant-Scène Cognac
le 3 mars

Théâtre du Fil de l’Eau, Pantin
du 11 au 13 mars

6 juin 2026/par Vincent Bouquet
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