Avec un budget artistique qui se réduit, le Théâtre de Sartrouville et des Yvelines-CDN va-t-il perdre son label ? Le personnel du théâtre s’en est inquiété dans un communiqué et un « Collectif des spectateurs et amis du théâtre de Sartrouville » a lancé une pétition. S’ajoute à cela l’avenir incertain de son directeur, Abdelwaheb Sefsaf, dont le maire LR, Pierre Fond, ne cache pas qu’il souhaite le départ.
Le metteur en scène Abdelwaheb Sefsaf a fait les comptes pour la saison 2026/2027, et sa marge artistique est de 60 à 80 000 euros. Avec la baisse de subvention de 350 000 euros du Département des Yvelines et celle de 41 000 euros de l’État, il se retrouve dans l’impossibilité de financer des créations, dont le coût moyen est de 240 000 euros. « Je ne peux pas remplir le cahier des charges qui est celui d’un Centre Dramatique National », affirme celui qui, ces trois dernières années, a signé des spectacles qui ont été salués par la presse et le public, et ont tourné dans toute la France, dont Kaldûn en 2023 et Alif cette année. « Je n’ai même pas les moyens de faire une création. Je ne peux plus mener de coproductions pour accompagner d’autres artistes. Nous sommes bloqués, et tout est lié, car nos actions culturelles sont liées aux créations. Et si je ne crée pas, je ne peux plus tourner. »
Le Théâtre de Sartrouville et des Yvelines-CDN est soutenu par son public, qui a lancé une pétition dans laquelle il explique qu’un « nouveau public qui ne fréquentait pas jusqu’alors le théâtre de Sartrouville, en particulier de nombreux habitants des quartiers populaires du plateau de Sartrouville, a découvert une programmation qui lui parle. L’ouverture d’ateliers de pratique amateur a été une formidable occasion pour de nombreuses personnes de découvrir le théâtre comme un moyen d’expression sans pareil. » Ce collectif s’inquiète de « la forte diminution des moyens accordés au service public de la culture ».
Pour maintenir le label CDN, le financement doit impérativement venir d’au moins une collectivité territoriale en plus de l’État. Si le Département n’est plus là, il y a encore la Ville. Lors du conseil municipal qui s’est tenu cette semaine, le maire (LR) de Sartrouville, Pierre Fond, a affirmé publiquement qu’il souhaitait la conservation du label et qu’il s’engageait à maintenir la subvention de la Ville. Mais, lors de cette même séance, il a publiquement souligné que Abdelwaheb Sefsaf n’avait jamais été son candidat. D’ailleurs, l’actuel directeur ne sait toujours pas s’il sera encore en poste au 1er janvier 2027. Les partenaires publics devaient lui notifier son renouvellement avant le 31 mars 2026, mais il n’a toujours rien reçu à ce jour, ce qui inquiète le personnel du théâtre qui s’en est ouvert dans un communiqué. « Cette attente nous empêche de mener à bien nos missions, nos projets et ne nous permet pas d’avoir des perspectives claires pour cette fin de saison et pour la saison prochaine. Certaines actions prévues dans des structures municipales ont été annulées sans motif. Nous n’avons toujours pas de nouvelles de la rénovation énergétique prévue de longue date, et qui devient plus que nécessaire au vu du changement climatique, en hiver et en été, comme nous pouvons le constater aujourd’hui. »
Dans un courrier envoyé à Catherine Pégard, la ministre de la Culture, ainsi qu’aux élus des Yvelines, le Syndeac (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles) demande « à la municipalité de Sartrouville et au Département des Yvelines de clarifier leur position concernant la reconduction du mandat d’Abdelwaheb Sefsaf […] en motivant leur décision sur la base du document d’autoévaluation remis à tous les partenaires publics en novembre dernier ». Le bilan du premier mandat du directeur du Théâtre de Sartrouville et des Yvelines montre que les objectifs demandés sont largement atteints : 82% de taux de remplissage en moyenne, huit créations, 556 représentations en tournée, onze coproductions, dont sept avec les quatre artistes associés, un partage de l’outil avec de nombreuses compagnies en résidence, et un volume important d’actions culturelles et d’EAC sur le territoire. À l’heure actuelle, Abdelwaheb Sefsaf et son équipe ne peuvent plus rien engager au-delà du 1er janvier 2027. « Je n’ai engagé aucun artiste associé, je ne peux prendre aucune décision, je ne peux rien mettre en place », confie, dépité, le metteur en scène, qui se demande ce qu’il a fait pour être traité de la sorte.
Stéphane Capron – www.sceneweb.fr





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