Marc Chagall, Esquisse pour Le Grand Cirque, circa 1956, pastel, 44,5 x 65,5 cm, coll. part. @ Archives Marc & Ida Chagall – Paris, ADAGP, 2026
Le musée de Montmartre propose du 16 octobre 2026 au 14 février 2027 une plongée dans les liens étroits unissant les avant-gardes artistiques et l’univers circassien de la fin du XIXe siècle au milieu du XXe siècle, dans l’exposition « Le Cirque, fabrique de l’art moderne ».
Conçue comme une vaste fresque chronologique, l’exposition met en lumière le rôle du cirque dans l’art. Pendant près d’un siècle, le cirque a fait battre le cœur de Montmartre. Des planches du Cirque Fernando — rebaptisé Cirque Medrano en 1897 — aux baraques foraines et à l’Hippodrome, la piste circulaire s’est affirmée comme un laboratoire visuel unique où se sont croisés peintres, sculpteurs, poètes et musiciens.
Dès les années 1870, des créateurs d’exception font de la piste leur terrain d’expérimentation privilégié. Georges Seurat y trouve un sujet d’observation majeur, tandis qu’Henri de Toulouse-Lautrec immortalise avec ferveur les figures de la nuit montmartroise, à l’instar de La Clownesse Cha-U-Kao. L’arrivée de l’électricité, la diffraction de la lumière, les costumes chatoyants et la cinétique des corps en mouvement nourrissent alors de nouvelles recherches esthétiques.
Le parcours de l’exposition, réalisé avec la participation exceptionnelle de la Bibliothèque nationale de France (BnF) et placé sous le commissariat de Pascal Jacob, Marika Maymard, Gérard Borg et Jeanne-Yvonne Borg, s’ouvre sur la section « Un soir chez Fernando ». Peintures, affiches d’époque et maquettes restituent l’effervescence de ce lieu de vie emblématique à travers le regard d’artistes tels que Maurice Blum, Pau Roig Cisa ou Joseph Faverot.
De Picasso à Chagall : le saltimbanque, allégoriste moderne
Au fil des salles, l’exposition démontre comment le cirque dépasse largement sa simple fonction spectaculaire. Dans ce « pays des cercles en action » cher à Fernand Léger, la figure du saltimbanque s’impose comme l’allégorie incontestée de l’artiste moderne.
La section « L’atelier cirque » rassemble des chefs-d’œuvre signés par les plus grands maîtres du siècle dernier. On y croise les œuvres de Max Jacob, Marie Laurencin, Émile Othon Friesz, Georges Rouault, ainsi que le monumental Le Cirque Medrano de Fernand Léger (prêté exceptionnellement par le Centre Pompidou) et les visions poétiques de Marc Chagall. Les sculptures de Pablo Picasso, à l’image de son bronze Le fou (1905), témoignent également de cette fascination durable pour les gens de la piste.
Immersion dans l’antichambre des Fratellini
L’un des temps forts de la manifestation réside sans doute dans l’hommage rendu aux célèbres frères Fratellini, figures légendaires du Cirque Medrano. Une section entière, intitulée « Le cirque des clowns », dévoile des costumes de scène originaux et illustre l’impact profond du cirque sur les arts décoratifs, la mode et les recherches textiles du début du XXe siècle.
Le musée propose en outre la reconstitution minutieuse de leur loge, véritable salon niché sous les gradins et pensé comme une « antichambre de la modernité ». Véritable cabinet de curiosités, cet espace intime expose les accessoires insolites de leurs numéros — trompes d’Aïda, scies musicales, monocordes — ainsi que la malle de François Fratellini.
Le parcours s’achève sur « Le cirque, une mémoire des formes », soulignant la permanence de cet imaginaire jusqu’aux années 1950 à travers les créations de Marcel Gromaire et d’Alexander Calder. Un catalogue bilingue (français/anglais), coédité par le musée de Montmartre et les Éditions El Viso, accompagne l’exposition, réunissant les contributions scientifiques de spécialistes de premier plan.
Musée de Montmartre, 12 rue Cortot, 75018 Paris
Du 16 octobre 2026 au 14 février 2027 (Ouvert tous les jours de 10h à 18h d’octobre à février)





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