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« La trilogie de la guerre », les germes de la violence russe

Actu, Les interviews, Paris, Théâtre
La trilogie de la guerre © Gregory Batardon— копия ©
La trilogie de la guerre © Gregory Batardon— копия ©

© Gregory Batardon— копия

Dans le cadre du Festival d’Automne, La trilogie de la guerre raconte ce que la culture russe fait à la Russie, comment elle est utilisée par le pouvoir en place. Un triptyque mené par Elena Kulikova et Dima Efrenov, deux jeunes artistes russes exilés, qui parviennent, grâce à nos dispositifs d’accueil, à développer leur travail en France et en Suisse. Rencontre.

Lui a l’air d’avoir 20 ans. Blond, un visage juvénile, souriant et une expression d’une grande douceur. Elle, cheveux bouclés, bruns, présente le visage d’une jeune femme déterminée. Ils se sont rencontrés au Meyerhold Center à Moscou, théâtre indépendant et non subventionné qui proposait il y a quelques année encore de découvrir une littérature contemporaine, féminine, féministe et queer à Moscou. Mais, avec le déclenchement de la guerre en Ukraine, Elena Kulikova et Dima Efrenov ont senti qu’il fallait quitter la Russie. Elle s’est réfugiée en Géorgie, lui au Kazakhstan, où ils ont passé chacun quelques mois. Puis, ils ont obtenu un visa pour la France. Entre Institut français, passeport talents, Bourse du Collège de France (programme pause) et atelier des artistes en exil, le duo a pu poursuivre sa collaboration entamée à Moscou et sont maintenant artistes associés à la Comédie de Genève. Après une résidence à Annecy, Elena a intégré la Manufacture à Lausanne. Dima s’est lui consacré à son association Zhuk (scarabée en français) qui aide de l’autre côté de la frontière les citoyens placés sous surveillance politique par le FSB à quitter le territoire. « Après le début de l’invasion de l’Ukraine, toute personne qui exprimait d’une manière ou d’une autre son opposition à la guerre était suspectée. C’est pour cela que nous sommes partis ». Et que Dima a entrepris cette action militante. 200 opposants politiques ont pu quitter le territoire grâce à Zhuk. 1300 ont été indirectement aidés.

Comment se compose votre Trilogie de la guerre ?

En trois parties nommées Un champ brûlé / Un endroit perdu et Une nuit blanche. Le dispositif est plus ou moins le même à chaque fois, de la musique russe, du jeu, du chant et des textes que nous avons écrits qui sont projetés. Dima joue, Elena chante et performe par exemple des rituels slaves ou boit de l’alcool. Carolina Bianchi est pour nous une source d’inspiration. Pour Un champ brûlé, on utilise la musique classique russe très verticale, presque sacrée, type Tchaïkovski. Et on essaye de voir ce que cette culture sacrée dit sur le colonialisme et l’impérialisme russe. Le second suit la même direction avec la musique folklorique russe. Et le troisième via une culture pop, des musiques de boîte de nuit un peu kitsch produites pour certaines par des groupes devenus pro-Poutine comme le t.A.T.u group.

Pourquoi explorez-vous ainsi la culture russe ?

Dans Un champ brûlé, on raconte notre parcours et pourquoi de notre point de vue cette guerre a commencé. Un endroit perdu est plus métaphorique et explore les cauchemars que produit la guerre en nous. Il est plus littéraire. On s‘appuie par exemple sur Jonathan Littell pour montrer comment comprendre les gens qui acceptent la réalité de cette guerre. Et c’est Dima qui a écrit le texte d’Une nuit blanche, où l’on croise aussi beaucoup d’artistes activistes qui nous sont chers. Nos parcours intimes croisent donc les questions politiques. Mais il s’agit surtout pour nous d’explorer les raisons d’une bizarrerie géopolitique. L’Occident a accepté que Poutine fasse la guerre en Géorgie, puis en Syrie et accepte depuis 5 ans que chaque hiver en Ukraine, des millions de personnes vivent sans électricité et soient attaqués chaque jour. Selon nous, c’est aussi l’effet d’une culture russe qui a été très romantisée et très instrumentalisée par l’État russe qui l’a abondamment vendue à l’Ouest. Or, cette culture porte en elle les germes de la violence russe.

La culture russe est une arme ?

Tchaïkovski est interprété partout dans les régions de l’Ukraine occupée. Sa musique a été performée en face du théâtre de Marioupol qui avait brûlé, comme toute la ville. Ils ont installé là un orchestre symphonique en face du théâtre détruit. En effet, la culture officielle russe est violente. Par exemple, on lit tous Crime et Châtiment dans le cursus scolaire. On n’y comprend pas grand-chose d’ailleurs, mais on ne cherche pas à savoir ce qu’on en pense. On nous enseigne par exemple cette phrase de Raskolnikov qui dit en gros « Est ce que je suis un être misérable ou est-ce que j’ai le droit de tuer ? » Soit tu n’es rien, soit tu as le droit de tuer. Cela en dit long sur le rapport au pouvoir qu’on nous inculque.

Propos recueillis par Eric Demey

La Trilogie de la guerre
Elina Kulikova/Dima Efremov
Partie 1 — Un champ brûlé
Conception Elina Kulikova et Dima Efremov. Coaching vocal Maya Novikova. Costumes Elina Kulikova. Traduction en français Eleonora Mitrahovich. Regard extérieur Natalia Kaliada et Nicolai Khalezin (Belarus Free Theatre).
Partie 2 — Un endroit perdu
Conception Elina Kulikova et Dima Efremov. Création son Dima Efremov. Scénographie Martin Riewer. Costumes Elina Kulikova Traduction en français Eleonora Mitrahovich.
Partie 3 — Une nuit blanche
Conception Elina Kulikova et Dima Efremov. Création son Dima Efremov. Scénographie, décor et construction Martin Riewer, Thérèse Weibel. Chorégraphie Yulia Arsen. Coaching vocal Maya Novikova. Costumes Elina Kulikova. Création lumière Clovis Marchon. Vidéo et captation Paul Mollin. Regard extérieur Carolina Bianchi.
La Villette et le Festival d’Automne à Paris présentent ce spectacle en coréalisation.

Durée
partie 1 : 50 min / partie 2 : 1h10 / partie 3 : 1h10
intégrale : 4h15 avec entractes

septembre 2026
Jeudi 24 à 19h00 | Un Champ Brûlé
Vendredi 25 à 20h00 | Un Endroit Perdu
Samedi 26 à 18h00 | Une Nuit Blanche
Dimanche 27 à 15h00 | Intégrale
Mercredi 30 à 20h00 | Un Champ Brûlé

octobre
Jeudi 1 à 19h00 | Un Endroit Perdu
Vendredi 2 à 20h00 | Une Nuit Blanche

25 septembre 2026/par Eric Demey
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