Sceneweb
  • À la une
  • Actu
  • Critiques
    • Coup de coeur
    • A voir
    • Moyen
    • Décevant
  • Interviews
  • Portraits
  • Disciplines
    • Théâtre
    • Danse
    • Opéra
    • Cirque
    • Jeune public
    • Théâtre musical
    • Marionnettes
    • Arts de la rue
    • Humour
  • Festivals
    • Tous les festivals
    • Festival d’Avignon
    • Notre Best OFF
  • Cliquez pour ouvrir le champ de recherche Cliquez pour ouvrir le champ de recherche Rechercher
  • Menu Menu

« La Parabole du Seum » : au pays des gros, Rébecca Chaillon est mage

Amiens, Bordeaux, Bruxelles, Festival d'Avignon, Genève, Lausanne, Le Havre, Les critiques, Montpellier, Montreuil, Moyen, Orléans, Strasbourg, Théâtre, Valenciennes
La Parabole du Seum de Rébecca Chaillon au Festival d'Avignon
La Parabole du Seum de Rébecca Chaillon au Festival d'Avignon

Photo Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Après Carte noire nommée Désir, qui avait suscité un enthousiasme général, mais aussi une vague de violences racistes en 2023 au Festival d’Avignon, la performeuse, autrice et metteuse en scène Rébecca Chaillon y revient cette année avec La Parabole du Seum. En lui inventant rites et rituels, elle tente d’y faire vivre une communauté de personnes à l’intersection de différentes marginalités.

Parmi les pierres et les deux imposants platanes du Cloître des Célestins, à Avignon, s’élèvent deux édifices jaunâtres dont l’absence totale d’élégance résonne telle une plaisanterie. L’un dressé vers le ciel et incrusté d’écrans noirs, l’autre formant une micro-montagne 100 % artificielle, ces uniques éléments de décor de La Parabole du Seum posent les bases d’une résistance aux esthétiques théâtrales dominantes. Au cœur du lieu de reconnaissance par excellence qu’est le Festival d’Avignon – et, avant cela, le Wiener Festwochen où le spectacle a été créé quelques semaines plus tôt –, Rébecca Chaillon exprime fermement son refus d’entrer dans tout jeu de séduction. Bienvenue au monde du carton-pâte qui ne cherche pas à se faire passer pour de l’authentique. Bienvenue dans l’univers du kitsch et fier de l’être. Nul mystère n’a le temps de se former autour de la scénographie pourtant presque aussi abstraite que volontairement moche. En nous accueillant dès notre entrée en salle avec un pot de beurre Président qu’il nous invite à déguster, l’un des sept acteurs-performeurs de La Parabole du Seum attribue aux deux édifices décrits plus tôt une identité, une fonction claire. Plantés là pour donner vie au supermarché dans lequel Rébecca Chaillon a décidé d’installer une petite communauté de personnes marginalisées, ils sont deux grosses publicités censées aguicher le chaland. C’est donc en désacralisant tout à fait l’espace théâtral que l’autrice et metteuse en scène, et ses interprètes qui co-signent tous le spectacle, ouvrent leur parabole, dont le titre promet colère et venin – conformément au sens de l’expression « avoir le seum ».

Dans La Parabole du Seum, donc, le grand rituel théâtral est perturbé par l’univers populaire de la grande surface dont Rébecca Chaillon utilise les codes, qui, en retour, se retrouvent eux aussi subvertis par leur frottement aux langages de la scène. Avec Julie Teuf à la barre, une opération de pesée est proposée dès le début de la pièce avec à la clé une récompense : 10 % de son poids en produits Mammouth – ce qui est là une marque de fiction plus qu’ancrage au réel, le dernier hypermarché de l’enseigne ayant fermé en 2009. Les marques ne font pas qu’encombrer le plateau, elles débordent sur les artistes et les spectateurs entre lesquels nul quatrième mur ne tient lors de cette introduction. Surtout s’ils et elles sont grosses, noires ou queers, autrement dit s’ils ressemblent aux interprètes, eux-mêmes semblables sur bien des points à Rébecca Chaillon, qui s’est mise ici en retrait de la scène. On repense à l’excellent Carte noire nommée Désir, où les spectatrices noires – toujours une minorité – étaient invitées à rejoindre les interprètes sur scène tandis que les autres s’installaient classiquement dans les gradins. Le dispositif est toutefois ici moins clairement posé. Très nets dans le spectacle précédent qui cherchait à déconstruire les regards blancs portés sur les corps des femmes noires, les distances et les proximités entre scène et salle sont ici plus confus. Suivi d’une traversée du public par trois comédiennes qui dotent d’un ticket les quelques « gros » qu’elles détectent au milieu d’une majorité de « minces », le jeu initial promet un branle-bas des relations scène-salle conventionnelles qui a, hélas, assez vite fait de s’effacer au profit d’un rapport plus habituel.

Le cadre narratif que les artistes entreprennent ensuite de déployer pâtit de cette fondation aussitôt mise en place aussitôt balayée – pour n’être réactivée qu’en toute fin de représentation, soit deux heures et demie plus tard. Le groupe qui se fait jour au fur et à mesure de tableaux divers et hétérogènes peine en effet à se doter d’une identité aisément saisissable. Ses membres que sont Yanis Boulahia, Hassan Gourniz, Loulie Houmed, Camille Léon-Fucien, Living Smile Vidya, Nabila Mekkid et Julie Teuf s’adonnent pourtant à la pratique de rituels à la croisée de la performance et de la littérature dont Rébecca Chaillon a fait l’une de ses spécificités depuis le spectacle qu’elle considère comme fondateur de sa compagnie Dans le ventre, L’estomac dans la peau (2008). Mais cette suite d’actions individuelles et collectives qui convoquent des motifs récurrents du vocabulaire de la performeuse, tels que la nudité, l’ingestion et la manipulation de nourriture et une pensée afroféministe et décoloniale ne donnent corps que de manière superficielle à la fiction du supermarché. Si quelques textes prononcés en début de spectacle nous laissent entendre que la grande surface habitée par des mottes de beurre est devenue un refuge pour celles et ceux qui se tiennent devant nous, la raison n’est ni clairement formulée ni interrogée. Faire de pareil temple de la consommation un lieu de résistance au monde extérieur, du fait des violences exercées envers celles et ceux qui, pour des raisons multiples, échappent à la norme, ne va pourtant pas sans paradoxes qu’il aurait été passionnant de voir creuser.

La liberté, la singularité sont-elles possibles à l’endroit où le capitalisme s’exprime de la manière la plus décomplexée ? La question sous-tend certainement les gestes et les récits qui se succèdent d’une façon quasi cabarettique dans La Parabole du Seum. Sans doute peut-on en voir la trace dans la tristesse, voire l’abattement, qui, une fois n’est pas coutume pour Rébecca Chaillon, que l’on a toujours vue jusque-là opposer à la violence une humeur aussi gaie que provocante, est ici la note dominante. Mais y compris lorsqu’elles mettent en scène des comportements de consommation à outrance ou un effacement des personnes derrière leur propre image, le complexe mélange de fascination et de répulsion que l’autrice et metteuse en scène dit ressentir à l’égard du supermarché ne nous parvient que difficilement. Car la logique et l’esthétique du supermarché ont tendance à prendre le pas sur tout ce qui peut apparaître d’inédit dans les rituels de la pièce. Les témoignages personnels, qui rythment aussi La Parabole du Seum, et nous donnent à saisir sa forte dimension autobiographique pour tous les interprètes, sont eux aussi trop superficiels pour nous permettre d’appréhender avec précision le caractère de chacun. Ce qui contribue évidemment à l’imprécision du portrait de groupe et de la lutte qui l’anime. Lorsque certains récits parviennent à prendre une belle consistance, comme celui de Nabila Mekkid sur la maladie qu’elle a traversée ou de Living Smile Vidya sur sa transition de genre qui l’a forcée à quitter son Inde natale, ils sont trop vite interrompus par un geste ou une autre prise de parole pour susciter une réflexion profonde sur ce qui se trame ici.

Avec Plutôt vomir que faillir (2022), où elle met en scène quatre interprètes pour évoquer les affres de l’adolescence, Rébecca Chaillon montrait pourtant une aussi grande capacité à traiter le témoignage que l’image. En restant dans toutes ses composantes au milieu du gué, en refusant aussi de choisir clairement son camp entre utopie et dystopie – et en ne faisant pas non plus de la confusion entre les deux un angle dramaturgique –, La Parabole du Seum peine à souffrir la comparaison avec le reste du répertoire de Dans le ventre. Le soin, la bienveillance évidente dont font preuve les acteurs les uns envers les autres compensent en partie le manque de radicalité de la proposition, mais, au moment où nous découvrons le spectacle, ils ne sont pas assez solides pour lui faire office de socle. La poésie aux accents évangéliques par laquelle Rébecca Chaillon se manifeste au plateau, sur les écrans de la motte de beurre verticale, est une autre tentative de relier entre elles les fortes personnalités de La Parabole du Seum. Mais, là encore, la sorte de croyance ou de religion, dont l’autrice et metteuse en scène se fait la prêtresse, achoppe dans son développement au contact de tous les autres éléments que fait cohabiter le spectacle, dont on retient alors la belle promesse de départ et l’espoir que la compagnie Dans le ventre la tienne plus tard.

Anaïs Heluin – www.sceneweb.fr

La Parabole du Seum
Conception et texte Rébecca Chaillon, avec la participation de Alexia Alexi, Yanis Boulahia, Solenne Capmas, Céline Champinot, Hassan Gourniz, Loulie Houmed, Camille Léon-Fucien, Living Smile Vidya, Nabila Mekkid, Élisa Monteil, Suzanne Péchenart, Chloé Roger, Camille Riquier, Julie Teuf
Mise en scène Rébecca Chaillon, Céline Champinot
Avec Yanis Boulahia, Hassan Gourniz, Loulie Houmed, Camille Léon-Fucien, Nabila Mekkid, Julie Teuf, Living Smile Vidya
Scénographie Camille Riquier
Son et régie son Élisa Monteil
Lumière Alexia Alexi, Chloé Roger
Costumes Solenne Capmas
Régie générale de création et plateau Suzanne Péchenart
Création et régie vidéo Élisa Bernard, Boris Carré, Tao Klos et Pauline Millet ( en alternance)
Régie lumière Chloé Roger
Régie son Élisa Monteil
Surtitrage Lisa Wegener
Traduction anglaise pour le surtitrage Amelia Parenteau
Accompagnement technique Nicolas Ahssaine
Stagiaire en assistanat à la mise en scène Marie Delpit

Production Compagnie Dans le ventre
Coproduction Théâtre Public de Montreuil CDN, Théâtre national Wallonie-Bruxelles, Vienna Festival (Wiener Festwochen) | Free Republic of Vienna (Vienne), Les Nuits de Fourvière festival international de la Métropole de Lyon, Comédie de Genève, Maillon Théâtre de Strasbourg Scène européenne, Dublin Theatre Festival (Dublin), tnba Théâtre national Bordeaux Aquitaine, Le Volcan Scène nationale du Havre, La Criée Théâtre National de Marseille, Le Carreau du Temple établissement culturel et sportif de la Ville de Paris, Théâtre Sorano Scène conventionnée (Toulouse), Festival d’Avignon et dans le cadre du programme transfrontalier Interreg VI France-Wallonie-Vlaanderen – Emerge,Le Manège Maubeuge Scène nationale transfrontalière, Le Phénix Scène nationale de Valenciennes, Maison de la Culture d’Amiens, Le Théâtre de Namur et Kunstencentrum VierNulVier Gent (Gand)
Soutien Pôle international de production et de diffusion – SUN, Théâtre Léo Ferré (Aulnoye-Aymeries), Le Générateur (Gentilly)
Soutien pour le 80e Festival d’Avignon La Villa Albertine (New York), Spedidam, Onda – Office national de diffusion artistique

Ce projet a été coproduit dans le cadre de Prospero New European Wave (Prospero NEW), cofinancé par le programme Creative Europe de l’Union européenne. Le texte a fait l’objet d’une commande par la Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis (MC93) dans le cadre de Multitude, Biennale interculturelle de la Seine-Saint-Denis

Rébecca Chaillon est représentée par L’Arche – Agence théâtrale. La Compagnie dans le Ventre est conventionnée par le ministère de la Culture (Drac Hauts-de-France).

Durée : 2h30

Festival d’Avignon, Cloître des Célestins
du 4 au 12 juillet 2026, à 22h (relâche le 7)

Les Subs – Lieu vivant d’expériences artistiques, Lyon
du 16 au 19 juillet

Théâtre Populaire Romand, La Chaux-de-Fond (Suisse)
les 24 et 25 septembre

Comédie de Genève (Suisse)
du 29 septembre au 2 octobre

Dublin Theatre Festival (Irlande)
du 8 au 10 octobre

CDN d’Orléans – Val-de-Loire
les 4 et 5 novembre

Théâtre des 13 Vents, CDN de Montpellier
du 12 au 14 novembre

Théâtre Public de Montreuil, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris
du 26 novembre au 12 décembre

Théâtre National Wallonie-Bruxelles (Belgique)
du 16 au 19 décembre

Le Maillon, Scène européenne de Strasbourg
les 29 et 30 janvier 2027

Le Phénix, Scène nationale de Valenciennes
le 12 mars

Théâtre national de Bordeaux Aquitaine, CDN
du 16 au 19 mars

Le Volcan, Scène nationale du Havre
les 24 et 25 mars

Maison de la Culture d’Amiens, Scène nationale
les 1er et 2 avril

La Garance, Scène nationale de Cavaillon
le 8 avril

La Criée, Théâtre national de Strasbourg
du 14 au 17 avril

Kunstencentrum VierNulVier, Gand (Belgique)
le 22 avril

Théâtre de Vidy-Lausanne (Suisse)
du 28 au 30 mai

6 juillet 2026/par Anaïs Heluin
Partager cette publication
  • Partager sur Facebook
  • Partager sur X
  • Partager sur WhatsApp
  • Partager sur LinkedIn
  • Partager par Mail
  • Lien vers Instagram
Vous aimerez peut-être aussi
Rébecca Chaillon et Aurore Déon créent Whitewashing au Festival Actoral 2024 « Whitewashing », ressaisissement puissant
Carte noire : L’afro-féminisme sur scène. Un focus au Maillon de Strasbourg
Le palmarès de l’année 2019
« Ef_femininity » : les féminités en action
Affiche du Festival d'Avignon 2026 La programmation du Festival d’Avignon 2026
Hélène Rival dans Et par elles de Camille Léon-Fucien
Alice Zeniter crée Édène à La Comédie de Valence « Édène », le paradis des poncifs d’Alice Zeniter
Mine de rien de Jérémy Barbier d’Hiver
0 réponses

Laisser un commentaire

Rejoindre la discussion?
N’hésitez pas à contribuer !

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Abonnez-vous à notre newsletter

Vérifiez votre boîte de réception ou vos indésirables afin de confirmer votre abonnement.

Dans le moteur de recherche, plus de 22 000 spectacles référencés

Search Search
© Sceneweb | Limbus Studio – création et maintenance de site WordPress
  • L’actualité du spectacle vivant
  • Qui sommes-nous ?
  • Newsletter
  • Politique de confidentialité
  • Signaler un abus
  • Contact
  • Politique de cookies (UE)
Faire défiler vers le haut Faire défiler vers le haut Faire défiler vers le haut