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La mort de Valère Novarina

À la une, Théâtre
Valère Novarina
Valère Novarina

Photo Huma Rosentalski

Inlassable architecte du langage, de l’espace et de la pensée, l’auteur, metteur en scène, peintre, acteur et poète s’est éteint ce vendredi 16 janvier, à l’âge de 83 ans.

« La mort n’est pas vraie ». Ainsi se termine L’Espace furieux que Valère Novarina avait confié en 2006 à la troupe de la Comédie-Française, faisant, du même coup, son entrée au répertoire du saint des saints du théâtre français. Accompagnés par un « Je suis » qui, sous la forme d’un néon bleu, avait jusqu’au bout, et de façon bravache, brillé sur le plateau de la salle Richelieu, ces mots de Jean L’Outrebref résument bien la façon dont l’auteur, metteur en scène, peintre, acteur et poète se sera, pendant plusieurs décennies, joué de la mort, avant d’être finalement rattrapé par elle ce vendredi 16 janvier, à l’âge de 83 ans. À la force du trépas, qui traverse l’ensemble de son oeuvre, Valère Novarina n’aura cessé, pendant plusieurs décennies, d’opposer la puissance de la résurrection et du mouvement qu’il trouvait dans le langage, dans cette parole qui « délie », qui « délivre », qui, disait-il, « nous sauve de toute situation ». Convaincu, comme Saint-Augustin dans De Trinitate, que « le langage s’entend, mais [que] la pensée se voit », l’auteur aura, comme bien peu d’autres avant lui, jonglé avec les mots pour trouver entre eux des résonances insoupçonnées, capables, par capillarité, de former des langues nouvelles, et de déchiffrer les anciennes, mais aussi de se déployer dans l’espace, qui constituait l’autre pilier fondamental de son travail. Pour s’en convaincre, il suffisait de pénétrer dans son bureau, situé à l’un des étages de sa maison du XVIe arrondissement de Paris, où, au milieu de quelques toiles, des dizaines de pages de texte étaient accrochées au mur, à la manière d’une forêt de mots d’où, à force de déplacements intérieurs, émergeait soudain une prochaine pièce. « Un, c’est un point ; deux, c’est une ligne ; trois, c’est une surface ; et le quatre, c’est l’apparition soudaine du volume, expliquait-il en février 2012 au micro de Laure Adler sur France Culture. C’est le chiffre du théâtre, mais aussi du corps, du déploi (sic) du langage dans le corps, parce qu’il me semble que toute image que l’on a de la linguistique ou du langage résumé par un schéma sur une plate feuille est fausse, que le langage est un organisme qui se développe dans l’espace et qui agit, dans le fond, assez mystérieusement. »

Cette alliance entre l’espace et le langage, Valère Novarina l’avait, d’une certaine façon, en héritage. Né en mai 1942 à Chêne-Bougeries, dans la banlieue de Genève, il était le fils d’un architecte, Maurice Novarina, et d’une comédienne, Manon Trolliet, dont la première apparition en costume de veuve dans L’Ours de Tchekhov, qu’elle jouait au Foyer Social de Thonon-les-Bains devant les yeux de son fils de 5 ans, restera pour lui un « choc ». Envoyé quelques mois plus tard en pension chez une certaine Madame Murallaz, à Morzine, le jeune Valère s’adonne à des écrits « scientifiques », « cabalistiques », composés de schémas et autres dessins, qu’il s’empresse de plier en quatre, en huit, en seize, en trente-deux pour aller les cacher sous les pierres qui portent les mazots. « Écrire était une chose complètement interdite, secrète, dont il ne fallait pas parler. C’était une activité honteuse, précisera-t-il plus tard dans le cadre de l’émission La vie à peu près diffusée en septembre 2023 sur la RTS. J’écrivais aussi des amas, des blocs de cahiers, que j’ai ensuite enveloppés de papier kraft, scellés, pour ne jamais les ouvrir. » Mais c’est à la musique, omniprésente dans son oeuvre notamment grâce au talent de l’accordéoniste Christian Paccoud, que Valère Novarina doit ses premiers écrits littéraires. Alors qu’il écoute une sonate de Beethoven avec le casque de son poste à galène, le jeune homme de 12 ans est pris d’une vision qui le pousse à s’emparer de cette plume qu’il ne quittera plus. « Dans le fond, le texte était dicté, j’obéissais à des dictées, et encore maintenant, c’est comme ça. C’est quelque chose qui a lieu dans l’oreille, très lié avec la musique. »

À la recherche d’un éditeur

Ce jardin littéraire secret, Valère Novarina ne se résout à l’ouvrir à autrui qu’en 1966. Alors étudiant en philosophie, en philologie et en histoire du théâtre à la Sorbonne, où il écrit un mémoire sur Antonin Artaud, il confie l’un de ses manuscrits, L’Enfant armé, à son professeur d’histoire du théâtre, Bernard Dort, avant d’envoyer, quelque temps plus tard, L’Atelier volant à Roland Barthes –qui, à en croire l’artiste, aurait « beaucoup ri en le lisant », ce qui n’était pas gagné d’avance. Malgré ces prestigieux soutiens, auxquels s’adjoint son amitié avec Roger Blin, le jeune auteur, qui vient de rencontrer sa future épouse, Roséliane Goldstein, avec qui il aura deux enfants, peine à trouver un éditeur. « C’était complètement bloqué, car, lorsque les gens recevaient ces textes un peu aérés, ils disaient ‘C’est du théâtre, on le donne au lecteur de théâtre’ et le lecteur de théâtre disait ‘C’est un fou, il ne faut pas lui répondre’ », confiait-il au micro de Florence Grivel. Pourtant, en 1974, Jean-Pierre Sarrazac décide de monter L’Atelier volant et, après avoir exfiltré Valère Novarina de répétitions tumultueuses, fait face à des réactions pour le moins mitigées du public, qui entraînent l’annulation en cascade de plusieurs représentations. Après avoir livré Falstafe, d’après Henry IV de Shakespeare, à Marcel Maréchal, qui le créera en 1976 au Théâtre du Gymnase, à Marseille, l’auteur se tourne vers des revues, comme TXT ou L’Énergumène, pour tenter de débloquer la situation. S’il réussit à faire publier Le Babil des classes dangereuses et La Lutte des morts chez Christian Bourgeois, il doit attendre ses rencontres avec Jean Dubuffet et Paul Otchakovsky-Laurens au début des années 1980 pour trouver l’éditeur, P.O.L, qui publiera Le Drame de la vie et le soutiendra tout au long des décennies à venir.

Et c’est à la faveur de ce texte que, deux ans plus tard, en 1986, Valère Novarina fait ses premiers pas au Festival d’Avignon, à l’invitation d’Alain Crombecque. Alors qu’il ne trouve aucun metteur en scène pour monter ce Drame, où 2587 personnages entrent et ressortent sans coup férir, naissent, meurent et parfois ressuscitent, l’auteur, encouragé par l’actrice Laurence Mayor, se résout à endosser cette casquette à laquelle il n’avait jamais prétendu. Désormais à la tête de La Compagnie de l’Union des Contraires, il crée son premier spectacle avec Bernard Ballet, Michel Baudinat, Roséliane Goldstein, Laurence Mayor, Pascal Omhovère, Olivier Rabourdin et Anne Wiazemsky au plateau et ses propres peintures en guise de décor, mais doit affronter la réaction tempétueuse du public réuni au Théâtre Municipal d’Avignon. « C’était le cauchemar et le rêve de l’acteur, de se faire acclamer et huer en même temps, se souvient-il. Il y avait quelque chose en dehors de l’ordinaire, conclue à la fin par un spectateur tout en haut dans le théâtre qui a lancé, une fois que les rumeurs se sont calmées : ‘Ce n’est pas cette scatologie névrotique qui tirera le théâtre français de l’ornière’. » En dépit de cette « petite bataille d’Hernani », Valère Novarina vit un tournant dans sa carrière artistique. Après lui avoir déjà offert, deux ans auparavant, Le Monologue d’Adramélech, il confie, quelques semaines plus tard, à celui qui deviendra son acteur parmi les plus fidèles, André Marcon, la première partie du Discours aux animaux, qu’à la suite de sa création aux Bouffes du Nord en septembre 1986, le comédien rejouera à intervalles plus ou moins réguliers pendant près de 40 ans.

Le temps de la reconnaissance

Dans la marge où il évolue tout au long des années 1990, après avoir fait paraître son brillant Pour Louis de Funès chez Actes Sud, l’auteur et désormais metteur en scène continue de creuser son sillon singulier, de publier à un rythme effréné de nouveaux textes (Pendant la matière, Je Suis, La Chair de l’homme, Le Jardin de reconnaissance) ou des versions pour la scène d’anciens (L’Animal du temps, L’Inquiétude, Le Repas, une première version de L’Espace furieux, L’Avant dernier des hommes), mais aussi de peaufiner son appréhension particulière de l’acteur, qui n’est, à ses yeux, comme il l’écrit dans sa Lettre aux acteurs, « ni un instrument ni un interprète, mais le seul endroit où ça se passe, et c’est tout ». Celui qui, en retour, se définit comme un metteur en scène « attentif, mais pas du tout directif », conscient que « tout doit venir des acteurs par contact charnel, respiratoire, profond avec le texte », doit attendre l’approche des années 2000 pour véritablement élargir son public. Par le truchement de L’Opérette imaginaire, qu’il confie en 1998 à Claude Buchvald, et de L’Origine rouge qu’il monte en 2000 au Festival d’Avignon, le comique novarinien explose à la face du théâtre français. « Je pense que le comique est baptismal, c’est une douche mentale qui vous renouvelle complètement, disait-il d’ailleurs en 2023 lors de l’émission La vie à peu près. Le comique n’est pas à mépriser, mais fondamental. Il y a beaucoup de morts par suicide ou autres dans mes textes, mais ils sont toujours comiques ». En 2006 et 2007, Valère Novarina fait coup double, et deux pas de géant. Grâce à la complicité de Marcel Bozonnet, alors administrateur de la Comédie-Française, et à la fidélité du Festival d’Avignon, alors dirigé par Hortense Archambault et Vincent Baudriller, le metteur en scène se voit d’abord confier les clefs de la salle Richelieu avec L’Espace furieux, puis celle de la Cour d’honneur, l’année suivante, avec L’Acte inconnu.

Loin des huées et autres sifflets de 1986, l’artiste, qui s’est entre-temps converti à un jeu empreint de la physicalité du cirque que son père considérait comme un art bien plus « noble » que le théâtre, récolte une flopée de rires des spectatrices et spectateurs avignonnais, conquis par la partition autant que par le jeu des acteurs et des actrices, à commencer par Dominique Pinon et Marcel Baudinat. Dès lors, à l’Odéon et surtout à La Colline, qui devient son plus fidèle partenaire, du Vrai sang (2011) aux Personnages de la pensée (2023), en passant par Le Vivier des noms (2015), L’Homme hors de lui (2017), L’Animal imaginaire (2019) et Le Jeu des ombres qu’il confie en 2020 à Jean Bellorini, Valère Novarina vogue de succès en succès au long non pas de révolutions ou de réinventions, mais plutôt de variations, de variations de variations, d’excroissances qui, toujours, sont irriguées par une même sève, celle de l’arbre de la parole, non comme véhicule de la pensée, mais comme architecte de celle-ci. Couronnée par l’exposition Traces d’écriture, peintures, renversement. Valère Novarina envahit la Cité que lui a consacré la Cité internationale de la langue française de Villers-Cotterêts en 2025, cette opiniâtreté langagière aura finalement permis à celui qui « ne [voulait] pas faire du théâtre, mais déployer [ses] livres sur scène » de bousculer profondément son art, et d’en marquer de façon indélébile l’histoire.

Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

16 janvier 2026/par Vincent Bouquet
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