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La Maison de la Culture Populaire de Julien Bouffier, un nouvel acte de la décentralisation culturelle

À la une, Marseille, Montpellier, Théâtre
Julien Bouffier
Julien Bouffier

Photo Marc Ginot

Julien Bouffier présente à La Joliette, à Marseille, Immortels, quatrième et dernier volet d’un cycle initié avec la trilogie Andy’s gone, commande d’écriture passée à l’autrice québécoise Marie-Claude Verdier. Un spectacle qui s’inscrit dans la démarche de « permaculture culturelle » que souhaite le metteur en scène avec la mise en œuvre de la MaCPop, une Maison de la Culture Populaire qu’il conçoit comme un « laboratoire de recherche-création indiscipliné ».

Julien Bouffier dirige la compagnie Adesso e Sempre, basée à Montpellier. Fondateur du festival Hybrides entre 2009 et 2015, qui était dédié aux spectacles transdisciplinaires et au théâtre documentaire, le metteur en scène croit « à l’émancipation de chacun par la culture, à condition que toute la population y ait accès ». Enfant de la décentralisation, Julien Bouffier a mis en scène, en 2024, Gaby mon spectre, un spectacle autour de la figure de Gabriel Monnet, premier directeur de la Maison de la Culture de Bourges. Il considère « qu’il y a eu une dérive dans sa mise en œuvre » et qu’il faut aujourd’hui y remédier. « Comment l’institution publique peut-elle aujourd’hui recréer des moments collectifs d’accès à l’imaginaire dans une société fragmentée par les écrans ? », s’interroge-t-il. Le metteur en scène estime que « les valeurs initiales de la décentralisation, comme l’éducation populaire et le lien avec le territoire, ont été parfois mises de côté au profit d’une logique d’excellence artistique » et plaide pour un renouveau de la décentralisation qui remettrait ces valeurs au cœur du projet.

Ainsi lui est venue l’idée de la création de la « Maison de la Culture Populaire » (MaCPop). La première s’est déroulée au Théâtre du Hangar, à Montpellier, le lieu de création de l’ENSAD, le Conservatoire de Montpellier. La prochaine est programmée en décembre prochain, aux Ceméa, toujours à Montpellier. Julien Bouffier souhaite faire de cette MaCPop un endroit transgénérationnel pour « mettre la jeunesse qui fabrique le théâtre d’aujourd’hui face à des historiens et des sociologues, pour évoquer les grandes heures de la décentralisation, du Comité national Résistance, du Front Populaire… »

« Apprendre à regarder un spectacle, c’est apprendre à regarder le monde »

Et comme outil d’émancipation, Julien Bouffier a choisi, entre autres, le jeu vidéo. Il travaille avec Olivia Levet, maîtresse de conférences à l’Université de Montpellier Paul-Valéry et autrice d’une thèse sur les liens entre théâtre et jeu vidéo. « Le théâtre s’est posé pas mal la question sur l’immersif, sur le participatif, explique le metteur en scène. Et ces choses-là viennent par le biais d’autres médias, dont le jeu vidéo. Cela permet au spectateur de devenir actif dans sa manière de regarder. Un spectateur est un citoyen. Apprendre à regarder un spectacle, c’est apprendre à regarder le monde. Et donc, MaCPop se propose de chercher des expériences pour reconnecter ce lien entre la culture, le théâtre, et la population. Tout n’est pas perdu ! La décentralisation n’est pas une défaite. C’est énorme ce qui s’est passé pendant plus de 70 ans, mais il faut désormais continuer à agrandir le cercle. »

La question de l’éducation populaire est, pour Julien Bouffier, l’ADN de la décentralisation issue de la Résistance. Il plaide ainsi pour la culture et le théâtre comme un mode d’éducation populaire, et regrette les dérives du pass Culture « car il a enlevé le travail d’accompagnement d’accès à la culture par les professionnels, qui nous aidaient à accompagner les élèves, et est devenu une sorte de supermarché ». Avec cette MaCPop, il souhaite développer un pôle de recherche innovant, sorte d’établissement culturel du futur, « un espace qui ne se visite pas comme un monument, mais où chacun s’autorise à participer, à créer et à se dépasser ».

25 avril 2026/par Stéphane Capron
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