La 20e édition de JUNE EVENTS, festival porté par l’Atelier de Paris – CDCN, se déroulera du 26 mai au 13 juin 2026 à la Cartoucherie et dans d’autres lieux partenaires. Anne Sauvage, sa directrice, a conçu un festival international où l’émergence et la diversité des styles vont se croiser.
20 ans de JUNE EVENTS, c’est le moment de s’arrêter pour regarder le chemin parcouru. Comment la danse a-t-elle évolué au cours de ces deux décennies ?
Elle a continué à affirmer sa force plurielle avec une richesse dans la diversité des écritures, malgré les difficultés que rencontre le secteur. Cette diversité d’écriture, c’est une forme de résistance face à des formes qui pourraient être plus consensuelles, dans l’air du temps. Je suis admirative devant ces artistes qui arrivent toujours à inventer avec intensité, alors même que l’évolution de la société nous pousse vers une uniformisation.
Est-ce que les formes ont évolué en raison des difficultés budgétaires ?
Il reste encore des formes ambitieuses, et c’est tant mieux, mais les économies poussent effectivement les compagnies à travailler sur des formats avec moins de danseurs, du solo au trio. Néanmoins, avec JUNE EVENTS, festival adossé à notre Centre de développement chorégraphique, nos capacités de coproduction nous permettent d’aider des chorégraphes émergents à ne pas renoncer, en leur donnant la possibilité de créer des formes importantes pour les déployer sur les plateaux. C’est l’endroit où l’Atelier de Paris peut agir.
L’édition est particulièrement marquée par la diversité des styles : l’afindrafindrao malgache, la dabké palestinienne, la tarentelle calabraise, le krump… Vous souhaitez proposer un voyage pour raconter la danse d’aujourd’hui ? À travers des styles qui ne sont peut-être pas toujours programmés ?
Cette édition très internationale s’appuie sur des esthétiques et des styles très divers liés au pays des chorégraphes invités. Ces danses servent de terreau à des écritures contemporaines. On ressent chez les artistes une urgence de dire leur indignation. Et puiser dans les gestes ancestraux, dans les rituels, dans la mémoire collective, c’est aussi parfois une forme de guérison.
Est-ce que le corps est aujourd’hui, plus qu’il y a 20 ans, une arme de résistance pour exprimer la colère ?
Il y a vraiment une forme de résistance dans beaucoup de spectacles programmés, avec un rejet des violences et des guerres, une dénonciation de l’ultralibéralisme, une critique de la société de consommation et de l’emballement numérique associé à cette surconsommation. Il y a aussi une dénonciation des discriminations de genre, de la marginalisation des corps perçus comme hors norme avec des spectacles qui vont remettre en question la relation anthropocentrée au vivant. Et lors de nos échanges avec les artistes pour préparer cette édition, un mot est revenu de manière très forte : le mot « joie ». Comme une conjuration au monde dans lequel on vit. Les espaces déployés sur scène sont colorés, et très musicaux, car un tiers des spectacles comportent de la musique live. Il y aura aussi de l’humour, de la dérision, de la joie de vivre sur les plateaux. Il y a aussi cette volonté, par l’art et par la danse, de transformer notre relation au monde d’aujourd’hui et de partager les émotions.
L’émergence est au cœur de la programmation avec un focus en ouverture, un partenariat avec La Manufacture de Lausanne et la présentation de créations du pourtour méditerranéen dans le cadre de la Saison Méditerranée…
Effectivement, elle se trouve à plusieurs endroits dans le festival. Tout d’abord, avec un focus qui ouvre le festival du 26 au 30 mai, où l’on va présenter cinq artistes qui ont été accompagnés par l’Atelier de Paris grâce à des résidences, mais aussi avec des apports en coproduction dans le cadre du dispositif Visibilité partagée et avec le mécénat de la Caisse des Dépôts. Il s’agit de Mithkal Alzghair, Julie Gouju et Scratchy, Simon Feltz, Ludivine Large-Bessette et Mathieu Calmelet. Le deuxième temps fort est celui que j’ai confié à Selim Ben Safia dans le cadre de la Saison Méditerranée. Selim porte Dance Platform, un projet qu’il développe avec le Beirut Physical Lab et les Rencontres Chorégraphiques de Casablanca. Enfin, nous développons un partenariat avec La Manufacture de Lausanne car, dans le projet de l’Atelier de Paris, il y a aussi une dimension de formation et d’insertion avec le programme de masterclass déployé tout au long de l’année.
Cette 20e édition montre aussi à quel point l’Atelier de Paris s’est transformé au fur et à mesure des années en fonction du contexte chorégraphique, mais aussi de l’évolution du projet : de l’association créée en 1994 par Carolyn Carlson à son arrivée en 1999 à la Cartoucherie, puis à la création du festival, et enfin à l’obtention du label Centre de développement chorégraphique national en 2015. JUNE EVENTS a toujours été en mouvement et en transformation, et le festival va continuer à se métamorphoser dans les années qui viennent.
Propos recueillis par Stéphane Capron – www.sceneweb.fr



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