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Ira Kodiche, une chorégraphe « survivor »

À la une, Avignon, Danse
Échelle d'Ira Kodiche
Échelle d'Ira Kodiche

Photo Bartosz Kruk

Ira Kodiche est paraplégique depuis un accident en 2019 et vit en fauteuil roulant. En 2024, elle a chorégraphié les cérémonies des Jeux paralympiques d’été de Paris. Avec son spectacle Échelle, entourée de six interprètes valides, elle fait de son handicap une force. Le spectacle est présenté dans le Off d’Avignon, à L’éveilleur.

Lorsqu’elle arrive sur le plateau, Ira Kodiche change de fauteuil roulant. Thierry Verger l’installe dans un modèle conçu pour la scène. La danseuse et chorégraphe sort de son quotidien pour entrer dans la peau de l’artiste, comme elle l’a toujours fait depuis le début de sa carrière. « Ce fauteuil a une importance capitale pour moi, parce que je suis une artiste avec un grand A et je voulais utiliser ce fauteuil qui possède une rotation de vitesse, comme pour les sportifs de haut niveau. Et c’était important de montrer au public comment se transférer d’un fauteuil à l’autre. »

Ira Kodiche découvre la danse lors de sa scolarité, à Angers. « Mon professeur d’anglais m’a présenté sa fille, Patricia, et j’ai commencé à prendre des cours amateurs dans une église. » En 1985, cette autodidacte, qui a dû « mettre les bouchées triples », fonde le ballet d’Angers avec Thierry Verger, puis les Ballets Danse & Co à Paris. Elle est débute une carrière internationale. Elle devient une vedette en Pologne en participant comme chorégraphe au show télévisé So You Think You Can Dance. Elle tourne alors partout dans le monde, au Japon, en Israël, en Russie, en Hongrie, jusqu’à ce jour de mai 2019.

Après ses cours, en rentrant chez elle, elle monte sur un toit-terrasse pour récupérer un petit chat, et marche sur un skydôme – un hublot servant de puits de lumière – qui s’effondre et provoque sa chute. Ira Kodiche subit deux lourdes opérations, passe un an dans un centre de rééducation. On lui annonce qu’elle ne pourra plus marcher. « C’était brutal, très violent. C’est vrai qu’au début, on est dans le déni. Je n’y croyais pas. Je continuais à faire des étirements sur le lit d’hôpital, mais les jambes ne répondaient pas. Je me disais que ça allait revenir, explique la chorégraphe. Et puis, il y a eu le Covid, avec la difficulté de suivre la rééducation. Ça a été une double peine. Et la triple peine, ça a été les douleurs neuropathiques liées à la moelle épinière compressée. »

« La vie est dure et, s’il n’y a pas d’amour, on s’abandonne »

Fin 2020, Ira Kodiche rentre chez elle, avec ses douleurs. Sa famille se fonde dans le rôle d’aidant, mais la chorégraphe est une battante. En 2023, elle recontacte ses danseurs. « Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose, que je devais me remettre à créer. J’ai recommencé par un petit extrait sur les réseaux sociaux » repéré par le Comité paralympique sportif français qui la contacte pour participer aux cérémonies des Jeux paralympiques d’été de Paris-2024. « Je suis revenu par la grande porte, c’était grandiose. Parce que faire les Jeux paralympiques, cela n’arrive qu’une fois dans sa vie. » Ira Kodiche commence alors à écrire Échelle. Pourquoi ce titre ? « Parce qu’à l’hôpital, on me demandait souvent à combien j’évaluais mes douleurs sur une échelle de un à dix. Je me suis dit pourquoi ne pas reprendre cette phrase et rajouter que, sur une échelle de un à dix, tu vaux au moins onze. L’estime de soi. On est des survivors, des survivants. On se bat, on se bat. »

En concevant son spectacle, Ira Kodiche a pensé à toutes les personnes en situation de handicap, mais aussi aux aidants et à sa famille de danse. Elle est entourée sur scène de Victor Balatier, Audrey Jade Gibouin, Jimmy Leroux, Dark Claire Saintard et Thierry Verger, son compagnon depuis le début de sa carrière. « Il y a une bienveillance les uns envers les autres dans notre équipe. Ils connaissent l’envers du décor. Une personne en situation de handicap n’est pas seulement une personne en fauteuil roulant. » Le spectacle est rempli d’amour et de tendresse. Ira Kodiche irradie la scène de son regard lumineux, celui d’une résistante qui souhaite continuer à danser plus que jamais.

Stéphane Capron – www.sceneweb.fr

7 juillet 2026/par Stéphane Capron
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