Avec Imminentes, la danseuse et chorégraphe Jann Gallois compose un sextet où les danseuses passent du rituel au jeu ou, encore, à la lutte, toujours emportées par le même élan commun.
À l’adjectif « imminente » correspond deux sens : « qui menace » et « qui est sur le point de se produire ». Face au spectacle de Jann Gallois, c’est définitivement et avec une belle maîtrise la seconde définition qui l’emporte. Comprenez là que la nouvelle création de la danseuse et chorégraphe – co-directrice avec Dominique Hervieu, Hofesh Shechter et Pierre Martinez de l’Agora – Cité internationale de la danse, à Montpellier – ne déplie pas tant une force menaçante que simplement puissante et vibrante. Cette force est celle activée par les six danseuses qui, dans ce sextet, construisent un monde où les femmes ne sont plus reléguées à la seule possibilité du murmure.
Précisant (dans le dossier de presse) qu’Imminentes n’est « pas une œuvre militante, ni une parole combattante », Jann Gallois compose ainsi une proposition aux forts accents lyriques, débranchée d’enjeux politiques concrets. Cette tonalité s’affirme rapidement, avant même que toutes ne soient au plateau. Sur une scène nue, deux danseuses rentrent, l’une par les coulisses de jardin, l’autre par celles de cour. Elles se rejoignent au centre et dans une faible lumière chaude, elles commencent à se toucher. Par le haut du corps, d’abord, têtes et épaules, débutant ainsi une approche progressive dans cette douce atmosphère ; puis, les autres interprètes vont les rejoindre et, tandis que la création sonore s’enrichit, leur chorégraphie se complexifie.
Débutant par une composition plutôt classique, la partition musicale intègre petit à petit des percussions, puis des sonorités électroniques et va ainsi procéder par vagues. Soutenant et illustrant les différents tempéraments de danses qui vont s’enchaîner, cette riche création musicale a pour particularité d’être dans une sorte de montée en intensité perpétuelle – tout comme la création lumières et son mur de lampes. Une dramaturgie de la vague qui, dans sa majeure partie, rejoint celle de la chorégraphie d’Imminentes. Pendant la petite heure que dure la création, les six danseuses – à la tonicité impeccable – ne vont cesser de suivre elles-mêmes ce mouvement. Ainsi, tandis que les sons se bouclent et enrichissent leur palette de références, les mouvements et les gestes font de même. Après toute une première séquence où la danse et le contact passent par le haut du corps, la tête en tête – les danseuses se jaugeant, se croisant, s’appréhendant progressivement –, la chorégraphie s’ouvre à d’autres gestes. Portés collectifs, rondes incessantes, mouvements plus secs évoquant la lutte, danses repartant du sol pour dire la volonté de se relever, ou, encore, avancées en ligne comme pour une bataille se succèdent et s’articulent.
Par son agrégation de vocabulaires chorégraphiques multiples, Imminentes suscite une pluralité d’images : jeux d’enfants, danse évoquant le tableau La Danse II d’Henri Matisse, démarche d’empowerment, position de défense, cérémonie rituelle, etc. Ce qui domine l’ensemble est bien la notion de collectif, de communauté de femmes, qui s’incarne autant dans les chorégraphies – toutes soutenues par un même élan commun – que dans les costumes, sortes de variation à partir d’un même motif – pantalon large et haut différent pour chacune, les couleurs se répondant les unes les autres. Si Imminentes est porté par une énergie et une vitalité sans fard par ses interprètes, la réserve autant que la limite à la force de la proposition tient à sa démarche. En se maintenant dans un propos, certes fondamentalement humaniste et sincère – soit l’affirmation de la puissance des femmes loin de tout bellicisme et avec la revendication de leurs singularités –, mais en retrait d’un ancrage concret, le spectacle convoque des artifices participant tous d’une même joliesse. Qui, parfaitement atteinte, tend à la fois à maintenir l’ensemble dans une proposition un brin convenue, et donc à lui retirer une partie de sa force percussive possible – voire à frôler le cliché éculé sur « le féminin ». Au-delà de cette réserve, force est de reconnaître la capacité d’Imminentes à déployer un chœur féminin et à en donner à voir sa construction, ses pulsations, ses singularités.
caroline châtelet – www.sceneweb.fr
Imminentes
Chorégraphie Jann Gallois
Avec Anna Beghelli, Carla Diego, Melinda Espinoza, Amélie Olivier, Fanny Rouyé, Agathe Tarillon
Musique originale Patrick De Oliveira
Chant Myriam Djemour
Costumes Sarah Sanchez, Jann Gallois
Création lumières et régie générale Florian Laze
Regard extérieur Frédéric Le Van
Régie son Zoé ChambaultProduction Cie BurnOut
Coproduction MAC – Maison des Arts et de la Culture de Créteil ; Théâtre de Suresnes Jean Vilar ; MC2 – Maison de la Culture de Grenoble, Scène nationale ; Châteauvallon-Liberté, Scène nationale ; Théâtre La Passerelle, Scène nationale de Gap et des Alpes du Sud ; Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines, Scène nationale ; Les Quinconces – L’Espal, Scène nationale du Mans ; Malraux, Scène nationale de Chambéry-Savoie ; Théâtre d’Orléans, Scène nationale ; La Passerelle, Scène nationale de Saint-Brieuc ; Théâtre 71, Scène nationale de Malakoff ; Le Théâtre, Scène nationale de Saint-Nazaire ; Espace Pluriels, Scène conventionnée danse de Pau ; Le Trident, Scène nationale de Cherbourg-en-Cotentin ; Le Grand R, Scène nationale de La Roche-sur-Yon ; Espace 1789 – Saint-Ouen, Scène conventionnée d’intérêt national pour la danse ; Théâtre du Champ de Foire, Saint-André-de-Cubzac ; L’ONDE Théâtre Centre d’Art
Soutien Le ZEF, Scène nationale de Marseille ; CDA – Centre des Arts, Enghien-les-Bains, Scène conventionnée, Arts et création ; Théâtre Jean Lurçat, Scène nationale d’Aubusson ; L’Agora, Cité internationale de la danse de MontpellierJann Gallois | Cie Burnout reçoit également le soutien de la DRAC Île-de-France – Ministère de la Culture au titre du conventionnement, de la Région Île-de-France au titre de la permanence artistique et culturelle, ainsi que de la Fondation BNP PARIBAS.
Durée : 55 minutes
Vu en décembre 2025 à la Maison des Arts de Créteil
Festival Suresnes Cités Danse
les 9 et 10 janvier 2026Les Quinconces et L’Espal, Scène nationale du Mans
le 14 janvierLe Grand R, Scène Nationale de La Roche-sur-Yon
le 22 janvierThéâtre ONYX, Saint-Herblain
les 24 et 25 janvierLe Champ de Foire, Saint-André-de-Cubzac
le 28 janvierChâteauvallon-Liberté, Scène nationale, Toulon
les 5 et 6 févrierLe Trident, Scène Nationale de Cherbourg-en-Cotentin
du 4 au 6 marsEspaces Pluriels, Scène Conventionnée, Pau
le 10 marsLe ZEF, Scène nationale de Marseille
le 13 marsThéâtre La Coupole, Saint-Louis
le 21 marsThéâtre des Bergeries, Noisy-le-Sec
le 24 marsMalakoff Scène nationale
les 26 et 27 marsChâteau Rouge, Scène conventionnée d’Annemasse
le 1er avrilLe Théâtre, Scène nationale de Saint-Nazaire
le 28 avrilL’Escale, Tournefeuille
le 19 maiThéâtre Jean Lurçat, Scène nationale, Aubusson
le 28 mai



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