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« La Mouette » de coeur de Guillermo Cacace

A voir, Dijon, Les critiques, Montbéliard, Paris, Théâtre
Gaviota de Guillermo Cacace d'après La Mouette de Tchekhov
Gaviota de Guillermo Cacace d'après La Mouette de Tchekhov

Photo Francisco Castro Pizzo

Dans un dispositif renversant d’intimité installé sur le plateau du Théâtre Silvia Monfort, le metteur en scène argentin Guillermo Cacace confie à cinq comédiennes une version à ce point resserrée de la pièce de Tchekhov qu’elle en atteint l’âme brûlante.

Comment croire, vraiment, que le dispositif imaginé par Guillermo Cacace pour donner à entendre sa version de La Mouette de Tchekhov ne puisse résulter, comme il l’affirme en préambule, que d’un simple « accident » ? Au sortir, cette question se pose avec d’autant plus de force que, près d’une heure trente durant, sa Gaviota aura, comme rarement, permis de pénétrer dans l’antre théâtral tchékhovien, d’éprouver les flux et les reflux de sa mélancolie éternelle, mais aussi, et surtout, de sentir le pouls haletant de ses personnages et la vigueur ravageuse de leurs tourments. Et pourtant, il n’y a rien, ou si peu, sur le plateau du Théâtre Silvia Monfort, où le public est invité à directement prendre place après s’être vu offrir quelques gobelets de vin. Au centre de quatre petits gradins trône une table, une sobre et vulgaire table en bois, pas si immense, avec un ou deux paquets de chips déjà ouverts, des boîtes de mouchoirs entamées et plusieurs bouteilles de rouge à disposition. Tout autour s’installent des spectatrices et spectateurs volontaires. Les uns après les autres, ils rejoignent cinq comédiennes, reconnaissables aux micros à pied disposés en face de chacune d’elles. D’une simplicité paradoxalement rare, cette configuration pourrait faire penser à une phase de travail à la table, fondée sur ces feuilles tâchées, élimées, usées par le temps, ou par les représentations, que certaines actrices tiennent entre leurs mains. On se dit alors que Guillermo Cacace va nous faire le coup de la traversée qui n’en serait pas une, de l’adaptation qui ne serait qu’un rebond, de la déviation heureuse, ou malheureuse, de Tchekhov vers autre chose. Pas cette fois. Contrairement à certains de ses homologues, le metteur en scène argentin, enfant du théâtre aussi terrible soit-il, ne saborde pas La Mouette, il y plonge, pour atteindre son coeur battant.

Les cinq comédiennes, toutes des femmes donc, n’incarneront pas tour à tour les treize personnages dessinés par Tchekhov, mais seulement les quatre principaux, indispensables aux drames qui se nouent, Konstantin, Nina, Arkadina et Trigorine, auxquels vient s’ajouter, et c’est là le premier coup de génie de Cacace, celui de Macha. Personnage secondaire chez Tchekhov, elle se fait ici une place dans le saint des saints. Mieux, elle s’impose comme un prisme au travers duquel toutes les relations se noueraient, nimbées de la mélancolie intense d’une femme qui, dès la deuxième tirade de l’acte I, répond au brave Medvédenko, qui l’aime sans retour et qui l’interroge sur le fait qu’elle soit toujours habillée en noir : « Je suis en deuil de ma vie. Je ne connais pas le bonheur. » C’est à travers ses yeux embués, donc, et son regard noirci par le peu d’intérêt que lui porte Tréplev que les espoirs de toutes et tous vont naître, et presque aussi vite se désagréger, que Konstantin veut éblouir sa mère avec une audacieuse pièce de théâtre de son cru, mais ne récolte que ses sarcasmes, que Nina rêve en grand, plus grand que ce que lui propose Konstantin, tombe, au grand dam de ce dernier, amoureuse de Trigorine qu’elle admire, et décide de s’installer à Moscou pour embrasser une carrière d’actrice vite déçue, qu’Arkadina tente de réassurer sa splendeur, d’artiste autant que de femme, mais se retrouve impuissante face aux dommages du temps qui passe. Sous la houlette de Guillermo Cacace, épaulé à la dramaturgie par Juan Ignacio Fernández, ces personnages voient leur vie défiler en accéléré, ou plutôt selon un mode concentré, ultra pur, réduit à sa substantifique moelle, qui en redouble l’intensité.

Les puristes argueront peut-être que la pièce originelle de Tchekhov s’en trouve ainsi trop largement amputée, que le rapport complexe des personnages à l’art n’est que trop peu exploré, que la fameuse pièce de Konstantin n’est même pas représentée. Certes, mais Guillermo Cacace agit là en fin limier pour en revenir à la source première, à celle des maux autant que des mots, à cet amour au nom de qui les personnages s’animent, et sans qui ils se laissent dépérir. Comme trop peu souvent, La Mouette apparaît alors pour ce qu’elle est, une pièce d’amour et de désamour, où tous les personnages sont aimés, mais jamais par ceux qu’ils aiment, où les relations mâtures sont presque aussi fragiles que les sentiments naissants, où le mésamour filial est tout aussi déflagrateur que le non-amour conjugal, où l’amour de soi peut sauver, mais aussi empêcher d’aimer comme il faut, où le désir d’amour et le désir d’art bien souvent se confondent, tant le premier apparaît comme l’un des moteurs essentiels du second. Ainsi très habilement resserrée, la pièce de Tchekhov est rendue fiévreuse, presque nerveuse, et surtout universellement intime par le dispositif scénographique imaginé par Guillermo Cacace. Sous des lumières ultra chaudes dignes des plus beaux crépuscules, épaulées par de sublimes musiques pop, à commencer par le bouleversant I’m Going In de Lhasa qui fait office de triste présage, les comédiennes (Clarisa Korovsky, Marcela Guerty, Paula Fernandez MBarak, Pilar Boyle, Romina Padoan), largement privées de l’usage de leurs corps, ne peuvent s’en remettre qu’à leur talent et aux mots de Tchekhov par qui, une fois de plus, sans aucune autre forme de contact nécessaire – surtout quand, comme ici, les didascalies les plus importantes sont intégrées au texte –, tout passe et tout trépasse, à portée d’oreilles et de coeurs. Alors quand, dans une dernière image, Arkadina enserre la dépouille de son fils qui vient de se donner la mort, et se voit ainsi offrir par Guillermo Cacace ce dont Tchekhov la prive, c’est l’amour profond, si profond, trop profond qui rejaillit, et ne peut que bouleverser.

Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

Gaviota
d’après La Mouette d’Anton Tchekhov
Mise en scène Guillermo Cacace
Avec Clarisa Korovsky, Marcela Guerty, Paula Fernandez MBarak, Pilar Boyle, Romina Padoan
Dramaturgie Juan Ignacio Fernández
Assistanat à la mise en scène Alejandro Guerscovich

Production Bérénice Bardoul et Gabriela Gobbi
Diffusion T4 / Maxime Seugé & Jonathan Zak
Avec le soutien de l’Onda – Office national de diffusion artistique

Durée : 1h30

Théâtre Silvia Monfort, Paris
du 17 au 21 février 2026

Théâtre Dijon-Bourgogne, CDN
du 24 au 28 février

MA Scène nationale, Montbéliard
les 3 et 4 mars

19 février 2026/par Vincent Bouquet
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