Organisée du 5 au 26 juillet, la 79e édition du Festival d’Avignon aura l’arabe pour langue invitée et confiera le plateau de la Cour d’honneur à son artiste complice, Marlene Monteiro Freitas, et à la troupe de la Comédie-Française. La programmation, qui compte 42 spectacles pour un total de 300 représentations, mise, avant tout, sur des visages bien connus.
Doit-on y voir un signe des temps difficiles que traversent le spectacle vivant, voire une préfiguration des saisons à venir ? Dévoilée ce mercredi 2 avril, la programmation du 79e Festival d’Avignon, qui se déroulera, en même temps que le Off, du 5 au 26 juillet prochain, étonne, disons-le d’emblée, par la quasi-absence de toute odyssée singulière, le calibrage millimétré des spectacles proposés, mais aussi par son manque d’audace et de recherche de nouveautés. Si son directeur, Tiago Rodrigues, clame qu’il est « important » qu’Avignon soit « un festival de création » et assure que « la moitié » des 42 spectacles présentés – pour un total de 300 représentations et de 121 000 places payantes – le sont en « première mondiale », la proportion de pièces déjà créées au cours de la saison 2024-2025, et même des précédentes, surprend en regard de celle qui prévalait lors des éditions passées. Pis, s’il affirme que « plus de la moitié des artistes se produisent pour la première fois au Festival », l’essentiel des lieux les plus en vue et des représentations sont, à quelques rares exceptions près, confiés à des visages bien connus, et établis, ce qui limite toute prise de risques.
Les poids lourds de la scène européenne sont de retour, comme Thomas Ostermeier qui, dix ans après son magnifique Richard III, investira à nouveau l’Opéra Grand Avignon avec Le Canard Sauvage d’Ibsen (du 5 au 16 juillet), Anne Teresa de Keersmaeker qui, en collaboration avec le danseur venu du hip-hop Solal Mariotte, dansera sur le répertoire de Jacques Brel dans BREL donné à la Carrière de Boulbon (du 6 au 20 juillet), Milo Rau à qui est confié le spectacle itinérant intitulé La Lettre (du 8 au 26 juillet), Christoph Marthaler qui – après sa création au Théâtre Vidy-Lausanne en mai prochain – cherchera à atteindre Le Sommet à la FabricA (du 12 au 17 juillet), Israel Galván qui, en tandem avec Mohamed El Khatib, devrait se pencher sur son histoire personnelle dans Israel & Mohamed au Cloître des Carmes (du 10 au 23 juillet), et le directeur du Festival d’Avignon lui-même qui, une fois de plus, créera un spectacle, La Distance, à l’Autre Scène du Grand Avignon – Vedène (du 7 au 26 juillet).
Une majorité d’artistes français habitués du Festival
Côté français, exception faite de Jeanne Candel, qui présentera, au Théâtre Benoît-XII (du 6 au 8 juillet), son spectacle tous publics Fusées, qui a déjà écumé bon nombre de scènes françaises depuis sa naissance en septembre dernier au Théâtre de l’Aquarium, d’Émilie Rousset, la patronne du CDN d’Orléans – seule metteuse en scène représentant ses collègues des 38 centres dramatiques nationaux –, qui proposera sa nouvelle création, Affaires familiales, à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon (du 9 au 17 juillet) et de Joris Lacoste qui, avec Nexus de l’adoration, donné au Gymnase du Lycée Aubanel (du 6 au 9 juillet), orchestrera la prometteuse « cérémonie d’une religion fictive pour chanter toutes les choses du monde », les artistes présents, en dehors des trois séries de Vive le sujet ! – où se produiront Olga Dukhovna, Wael Kadour, Soa Ratsifandrihana, Yasmine Hadj Ali, Antoine Kobi, Ike Zacsongo-Joseph, Solène Wachter et Suzanne de Baecque – et de la journaliste Aurélie Charon qui proposera trois épisodes inédits de son inclassable projet Radio Live au Théâtre Benoît-XII (du 14 au 21 juillet), sont tous des habitués du Festival d’Avignon.
En leur sein, figurent, sans surprise, Gwenaël Morin qui poursuivra, dans l’écrin du Jardin de la rue de Mons (du 8 au 25 juillet), son projet Démonter les remparts pour finir le pont en confiant à des interprètes professionnels d’Avignon et des alentours Les Perses d’Eschyle – qui, contrairement à la promesse initiale du projet, n’est pas une pièce du répertoire de la langue invitée, l’arabe ; et la troupe de la Comédie-Française qui, après sa création en décembre dernier salle Richelieu, verra son Soulier de satin, piloté par Éric Ruf, investir lui aussi, comme ceux d’Antoine Vitez et d’Olivier Py en leur temps, la Cour d’Honneur du Palais des Papes (du 19 au 25 juillet).
Parmi les artistes hexagonaux qui connaissent bien les ruelles avignonnaises, il est aussi possible de mentionner Frédéric Fisbach qui, en duo avec Dida Nibagwire, fera son grand retour avec son adaptation du roman de Gaël Faye, Petit Pays, donnée au Cloître des Célestins (du 17 au 22 juillet), Samuel Achache qui dirigera un nouveau spectacle musical, Les Incrédules, à l’Opéra Grand Avignon (du 17 au 22 juillet) et, dans une moindre mesure, Clara Hédouin avec une nouvelle, et alléchante, exploration naturelle de l’oeuvre de Jean Giono, Prélude de Pan, programmée avec le festival Villeneuve en Scène (du 8 au 20 juillet), et la troupe du Théâtre du Radeau qui continuera de faire vivre la mémoire de François Tanguy au Gymnase du Lycée Mistral avec ses deux ultimes, et sublimes, spectacles, Item (du 6 au 8 juillet) et Par autan (du 12 au 14 juillet).
Un focus arabe en trompe-l’oeil ?
Pour étancher notre soif de gestes moins attendus sous la chaleur estivale du Vaucluse, il faudra alors avant tout parier, hormis la soirée en hommage à Gisèle Pélicot qui sera organisée le 18 juillet au Cloître des Carmes, sur la chorégraphe danoise, longtemps fidèle du Festival d’Automne à Paris, Mette Ingvartsen et son Delirious Night, présenté dans la Cour du Lycée Saint-Joseph (du 7 au 12 juillet), sur le protégé d’Anne Teresa de Keersmaeker, Némo Flouret, et son Derniers Feux, également donné dans la Cour du Lycée Saint-Joseph (du 19 au 25 juillet), sur le Rinse de Amrita Hepi et Mish Grigor, repris, après sa création en 2020, au Gymnase du Lycée Mistral (du 17 au 22 juillet), mais aussi sur Mario Banushi, un artiste albanais de 26 ans qui se produira pour la première fois en France avec MAMI, proposé au Gymnase du Lycée Aubanel (du 13 au 18 juillet). Dans une moindre mesure, il sera aussi possible de compter sur la performance singulière de Jonas&Lander, Coin Operated, orchestrée au Mahabharata, le bar du Festival (du 8 au 12 juillet), et sur One’s own room Inside Kabul, l’installation immersive dans le salon du jeune femme afghane du trio Caroline Gillet, Kubra Khademi et Sumaia Sediqi, implantée dans la salle des colloques du Cloître Saint-Louis (du 16 au 19 juillet).
Car, si le focus autour de la langue arabe pouvait promettre, sur le papier, un beau voyage à la rencontre d’artistes méconnus sous nos latitudes, la réalité de la programmation de cette 79e édition semble tout autre. Tandis que la danse y est sur-représentée et que certaines propositions y sont intégrées un peu au forceps, tels les épisodes du Radio Live d’Aurélie Charon, mais aussi la création de l’artiste complice Marlene Monteiro Freitas, NÔT, qui ouvrira la manifestation dans la Cour d’honneur (du 5 au 11 juillet) en travaillant, notamment, à partir des Mille et Une Nuits, c’est sur des artistes implantés en Europe, voire en France, que le Festival mise avant tout. On y retrouve le chorégraphe libanais Ali Chahrour qui présentera When I Saw the Sea à la FabricA (du 5 au 8 juillet), Bouchra Ouizguen qui proposera le spectacle participatif They always come back sur la Place du Palais des Papes (les 5 et 6 juillet), les Bruxellois Radouan Mriziga et Mohamed Toukabri avec leurs créations respectives Magec / the Desert au Cloître des Célestins (du 7 au 12 juillet) et Every-body-knows-what-tomorrow-brings-and-we-all-know-what-happened-yesterday aux Hivernales (du 10 au 20 juillet), et Tamara Al Saadi avec son Taire, créé en janvier dernier et ayant déjà bénéficié d’une belle tournée, à la FabricA (du 21 au 23 juillet).
En dehors des propositions qui relèvent plutôt de l’événementiel, comme ce concert organisé le 14 juillet au soir pour les 50 ans de la disparition d’Oum Kalthoum dans la Cour d’honneur du Palais des Papes et, en parallèle, de cette « célébration poétique de la poésie arabe », co-conçue avec l’Institut du monde arabe dans la Cour du Lycée Saint-Joseph et intitulée Nour, on pourra alors seulement noter, pour des séries de représentations infiniment plus courtes que celles allouées à leurs homologues européens, le retour du Palestinien Bashar Murkus – déjà programmé en 2021 avec Le Musée et en 2022 avec Milk – qui reprendra, en tandem avec Khulood Basel, son Yes Daddy (2024) au Théâtre Benoît-XII (du 24 au 26 juillet) et la présence à la FabricA (du 6 au 8 juillet) des Tunisiens Selma et Sofiane Ouissi avec Laaroussa Quartett. De quoi faire de la langue (et de la création) arabe une invitée en trompe-l’oeil de cette 79e édition du Festival d’Avignon ?
Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr
Le programme complet :
Bouchra Ouizguen
They always come back
les 5 et 6 juillet, à 19h (avant-première le 4 juillet, à 19h)
Place du Palais des Papes
Durée estimée : 45 minutes
Ali Chahrour
When I Saw the Sea
les 5, 6, 7 et 8 juillet, à 13h
La FabricA
Durée estimée : 1h10
Thomas Ostermeier
Le Canard sauvage, d’après Henrik Ibsen
le 5 juillet, à 18h, et les 7, 8, 9, 10, 11, 12, 14, 15 et 16 juillet, à 17h
Opéra Grand Avignon
Durée estimée : 3h (entracte compris)
Marlene Monteiro Freitas
NÔT
les 5, 6, 8, 9, 10 et 11 juillet, à 22h (avant-première le 4 juillet, à 22h, pour les publics d’Avignon et des alentours et les partenaires)
Cour d’honneur du Palais des Papes
Durée estimée : 1h45
Jeanne Candel
Fusées
les 6, 7 et 8 juillet, à 11h et 17h
Théâtre Benoît-XII
Durée : 55 minutes
Théâtre du Radeau – François Tanguy
Item
les 6 et 7 juillet, à 12h, et le 8 juillet, à 12h et 18h
Gymnase du Lycée Mistral
Durée : 1h30
Joris Lacoste
Nexus de l’adoration
les 6, 7, 8 et 9 juillet, à 18h
Gymnase du Lycée Aubanel
Durée estimée : 2h15
Selma & Sofiane Ouissi
Laaroussa Quartet / Un corps libre qui invente son propre geste
les 6, 7 et 8 juillet, à 19h
La FabricA
Durée estimée : 1h
Anne Teresa De Keersmaeker & Solal Mariotte
BREL
les 6, 7, 9, 10, 11, 13, 14, 15, 17, 18, 19 et 20 juillet, à 22h
Carrière de Boulbon
Durée estimée : 1h30
Tiago Rodrigues
La Distance
les 7, 8, 9, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 25 et 26 juillet, à 12h
L’Autre Scène du Grand Avignon, Vedène
Durée : 1h47
Radouan Mriziga
Magec / the Desert
les 7, 8, 9, 11 et 12 juillet, à 22h
Cloître des Célestins
Durée : 1h30
Mette Ingvartsen
Delirious Night
les 7, 8, 10, 11 et 12 juillet, à 22h
Cour du Lycée Saint-Joseph
Durée estimée : 1h
Clara Hédouin
Prélude de Pan, d’après Jean Giono
les 8, 9, 10, 11, 12, 13, 15, 16, 17, 18, 19 et 20 juillet, à 18h30
Plaine de l’Abbaye, avec le Festival Villeneuve en Scène
Durée : 2h
Jonas&Lander
Coin Operated
les 8, 9, 10 et 12 juillet, à 20h et 22h30, et le 11 juillet, à 20h
Le Mahabharata — Bar du Festival
Durée : 50 minutes
Milo Rau
La Lettre
les 8, 9, 10, 11, 12, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 21, 22, 23, 34, 25 et 26 juillet
Spectacle en itinérance
Durée : 1h15
Gwenaël Morin
Les Perses, d’Eschyle
dans le cadre de Démonter les remparts pour finir le pont
les 8, 9, 11, 12, 13, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 22, 23, 24 et 25 juillet, à 22h
Maison Jean Vilar – Jardin de la Rue de Mons
Durée estimée : 1h45
Vive le sujet ! Tentatives – Série 1
Olga Dukhovna
Un spectacle que la loi considérera comme mien
Wael Kadour
Chapitre quatre
les 9, 10, 11 et 12 juillet, à 10h30 et 18h
Jardin de la Vierge du Lycée Saint-Joseph
Durée : 1h30
Émilie Rousset
Affaires Familiales
les 9, 10, 11, 12, 13, 15, 16 et 17 juillet, à 18h
Tinel de la Chartreuse – CNES de Villeneuve Lez Avignon
Durée : 2h30
Mohamed Toukabri
Every-body-knows-what-tomorrow-brings-and-we-all-know-what-happened-yesterday
les 10, 11, 12, 13, 14, 16, 17, 18, 19 et 20 juillet, à 10h
Les Hivernales – CDCN d’Avignon
Durée : 1h15
Israel Galván & Mohamed El Khatib
Israel & Mohamed
les 10, 11, 12, 13, 15, 16, 17, 19, 20, 21, 22 et 23 juillet, à 22h
Cloître des Carmes
Durée estimée : 1h15
Théâtre du Radeau – François Tanguy
Par autan
les 12 et 14 juillet, à 12h, et le 13 juillet, à 12h et 18h
Gymnase du Lycée Mistral
Durée : 1h30
Christoph Marthaler
Le Sommet
les 12, 13, 14, 16 et 17 juillet, à 13h
La FabricA
Durée : 2h
Mayra Andrade
reEncanto
le 12 juillet, à 22h
Cour d’honneur du Palais des Papes
Durée estimée : 1h45
Mario Banushi
MAMI
les 13, 14, 16, 17 et 18 juillet, à 18h30
Gymnase du Lycée Aubanel
Durée : 1h10
Aurélie Charon
Radio Live
Chapitre 1 – Vivantes
les 14 et 19 juillet, à 17h
Chapitre 2 – Nos vies à venir
les 15 et 20 juillet, à 17h
Chapitre 3 – Réuni·es
les 16 et 21 juillet, à 17h
Chapitres 1, 2 et 3 – Intégrale
le 18 juillet, à 13h
Théâtre Benoît-XII
Oum Kalthoum
La Voix des femmes
Une célébration des 50 ans de la disparition de l’Astre d’Orient
le 14 juillet, à 22h
Cour d’honneur du Palais des Papes
Durée estimée : 2h
Nour / Une célébration poétique de la langue arabe
le 15 juillet, à 22h
Cour du Lycée Saint-Joseph
Durée estimée : 3h30
Vive le sujet ! Tentatives – Série 2
Soa Ratsifandrihana
Quelle aurore
Yasmine Hadj Ali, Antoine Kobi, Ike Zacsongo-Joseph
Born Again
les 16, 17, 18 et 19 juillet, à 10h30 et 18h
Jardin de la Vierge du Lycée Saint-Joseph
Durée : 1h30
Caroline Gillet, Kubra Khademi, Sumaia Sediqi
One’s own room Inside Kabul
les 16, 17, 18, 19, 21, 22, 23 et 24 juillet, 7 fois par jour de 9h30 à 18h30
Salle des colloques – Cloître Saint-Louis
Durée : 1h
Amrita Hepi, Mish Grigor
Rinse
les 17, 19, 21 et 22 juillet, à 18h, et le 18 juillet à 12h et 18h
Gymnase du Lycée Mistral
Durée : 50 minutes
Dida Nibagwire, Frédéric Fisbach
Gahugu Gato (Petit Pays), d’après le roman de Gaël Faye
les 17 18, 20, 21 et 22 juillet, à 22h
Cloître des Célestins
Durée : 1h45
Hommage à Gisèle Pelicot
Le Procès Pelicot
le 18 juillet, à 22h
Cloître des Carmes
Durée estimée : 3h
Némo Flouret
Derniers Feux
les 19, 20, 21, 23, 24 et 25 juillet, à 22h
Cour du Lycée Saint-Joseph
Durée : 2h
Éric Ruf – Comédie-Française
Le Soulier de satin, de Paul Claudel
les 19, 20, 22, 23, 24 et 25 juillet, à 22h
Cour d’honneur du Palais des Papes
Durée : 8h (entractes compris)
Tamara Al Saadi
TAIRE
les 21, 22 et 23 juillet, à 13h
La FabricA
Durée : 2h
Samuel Achache
Les Incrédules
les 22, 23, 24 et 25 juillet, à 17h
Opéra Grand Avignon
Durée : 2h
Vive le sujet ! Tentatives – Série 3
Solène Wachter
Logbook
Suzanne de Baecque
Charles Péguy, ta mère et tes copines, j’en ai rien à foutre
les 23, 24, 25 et 26 juillet, à 10h30 et 18h
Jardin de la Vierge du Lycée Saint-Joseph
Durée : 1h30
Bashar Murkus, Khulood Basel
YES DADDY
les 24, 25 et 26 JUILLET, à 18h
Théâtre Benoît-XII
Durée : 1h15
Branko
Soma – Concert de clôture
le 26 juillet, à 22h
La FabricA
Durée : 2h30
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