Sceneweb
  • À la une
  • Actu
  • Critiques
    • Coup de coeur
    • A voir
    • Moyen
    • Décevant
  • Interviews
  • Portraits
  • Disciplines
    • Théâtre
    • Danse
    • Opéra
    • Cirque
    • Jeune public
    • Théâtre musical
    • Marionnettes
    • Arts de la rue
    • Humour
  • Festivals
    • Tous les festivals
    • Festival d’Avignon
    • Notre Best OFF
  • Cliquez pour ouvrir le champ de recherche Cliquez pour ouvrir le champ de recherche Rechercher
  • Menu Menu

Alcina, sans passion ni magie

Décevant, Les critiques, Lille, Opéra

Photo Simon Gosselin

À l’Opéra de Lille, une relecture frustrante car inaboutie de l’œuvre de Haendel livre ses personnages à de petits jeux coquins où, paradoxalement, le plaisir semble totalement éteint.

Trois longues heures de musique, rythmées par l’enchaînement d’arie da capo extatiques, pourraient passer comme un charme, à condition qu’elles ne croulent pas sous des intentions théâtrales aussi alambiquées que maladroitement exécutées. C’est le cas à l’Opéra de Lille qui ouvre sa saison avec Alcina que la metteuse en scène polonaise Ewelina Marciniak transpose dans une nature paradisiaque aux couleurs pop acidulées mais sans extraire toute la magie et le plaisir qui pourraient en découler. Le bel espace évolutif qui plante le décor évoque les rives chatoyantes et chaleureuses d’une île enchanteresse où les habitants se prélassent nonchalamment ou bien s’adonnent à des rituels de stimulation sensorielle. Cela explique la profusion d’accessoires BDSM type cordes de ligotage, paires de menottes et plumeaux à caresses ou à chatouilles qui pullulent sous la chaude torpeur des lieux. A l’exception du numéro suggestif d’un danseur en slip et talons hauts sur une barre de pole dance, le spectacle ne comporte vraiment rien de torride tant les pratiques inspirées du bondage restent très prudemment affleurées. N’ayant recours qu’à un érotisme de façade, l’ensemble paraît vite à court de corps et d’idées.

De manière contre-productive, la représentation mêle exploration sexuelle et psychodrame existentiel de sorte que la communauté post-hippie et essentiellement féminine, censée vibrer d’un esprit combatif et libertaire – on est quand même loin de l’utopie lesbienne et féministe des Guérillères de Wittig -, croupit sous son désenchantement et la déliquescence de son idéal de société. Métaphore de sa défaite annoncée, le corps inerte d’une poupée géante finit martyrisé.

Dans l’intrigue originelle que Haendel tire de l’Arioste, Alcina enchante ses prétendants avant de les transformer en bêtes sauvages ou en rochers. Faute d’une réelle aisance, Karine Deshayes peine à s’imposer dans le rôle-titre. La justesse et le phrasé demande encore à être affinés mais c’est surtout l’incarnation qui devrait être corrigée. Privilégiant l’affliction à la séduction, elle campe, non sans parfois susciter l’émotion, une figure vaincue par l’amour tout en retenant sous son emprise un chevalier que son épouse est déterminée à secourir. Écrit, à la création en 1725, pour le castrat Giovanni Carestini et désormais confié à une mezzo-soprano, le rôle de Ruggiero devient ici une figure pleinement féminine et en quête d’émancipation. Elle est défendue avec plus d’assurance et une solarité ambrée par Adèle Charvet. Comme le montre l’ouverture, elle a quitté son époux pressant et son foyer conjugal pour rejoindre l’île d’Alcina, et se laisser tenter par la découverte d’une nouvelle sexualité. Sur le plan dramaturgique, et pour aller au bout de ce qui veut être raconté, sans doute aurait-il été judicieux de représenter Bradamante en homme plutôt qu’en bonne copine de Melisso, redéfini en très secondaire mari, d’autant que Jasmin White apporte une présence brute et une fière agilité au personnage.

La piquante Morgana de Lilit Davtyan et l’Oronte fougueux de Josh Lovell jouent avec malice la carte du couple libre gentiment dévergondé, tandis qu’une bande de danseurs agrémente la représentation entre vigueur et lascivité. Dirigé du clavecin par son ardente cheffe Emmanuelle Haïm dans le style flamboyant qui est bien le sien, c’est-à-dire bien pêchu et pulsé, mais qui aime sans doute un peu trop surligner le discours musical, c’est le Concert d’Astrée qui déploie, depuis la fosse, la matière la plus charnelle et organique de la soirée.

Christophe Candoni – www.sceneweb.fr

Alcina

Opéra de Georg Friedrich Händel (1685-1759)
Livret de Riccardo Broschi d’après Orlando furioso de L’Arioste
Créé en 1735 à Londres

Direction musicale Emmanuelle Haïm
Mise en scène Ewelina Marciniak
Scénographie et costumes Natalia Mieczak
Lumières Monika Stolarska
Chorégraphie Mikolaj Karczewski
Assistante mise en scène Lea Theus
Dramaturgie Miron Hakenbeck

Avec
Karine Deshayes Alcina
Adèle Charvet Ruggiero
Jasmin White Bradamante
Josh Lovell Oronte
Lilit Davtyan Morgana
Camille Chopin Oberto
Ashley Riches Melisso

Danse
Warren Anicet-Siger, Yohann Baran, Camerone Bida, Florie Laroche, Hartmut Reichel 

Le Concert d’Astrée orchestre

Nouvelle production de l’Opéra de Lille

durée environ 3h30 entracte compris

Opéra de Lille
du 6 au 17 octobre 2026

8 octobre 2026/par Christophe Candoni
Partager cette publication
  • Partager sur Facebook
  • Partager sur X
  • Partager sur WhatsApp
  • Partager sur LinkedIn
  • Partager par Mail
  • Lien vers Instagram
Vous aimerez peut-être aussi
Il Trionfo del Tempo e del Disinganno de Haendel par Le Concert d’Astrée, mise en scène de Krzysztof Warlikowski
Patricia Petibon et Sabine Devieilhe dans Mithridate de Mozart dirigées par Emmanuelle Haïm
Robyn Orlin décape Pygmalion et Psyché
Karine Deshayes et Jean-François Borras dans Werther de Massenet au Théâtre du Capitole
Carole Parodi Didon & Enée par Peeping Tom sous la direction de Emmanuelle Haïm
Laurent Pelly met en scène Cosi fan tutte sous la direction musicale d’Emmanuelle Haïm
Un vent frais souffle sur Les Boréades
Karine Deshayes Karine Deshayes dans Sémiramis de Rossini
0 réponses

Laisser un commentaire

Rejoindre la discussion?
N’hésitez pas à contribuer !

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Abonnez-vous à notre newsletter

Vérifiez votre boîte de réception ou vos indésirables afin de confirmer votre abonnement.

Dans le moteur de recherche, plus de 22 000 spectacles référencés

Search Search
© Sceneweb | Limbus Studio – création et maintenance de site WordPress
  • L’actualité du spectacle vivant
  • Qui sommes-nous ?
  • Newsletter
  • Politique de confidentialité
  • Signaler un abus
  • Contact
  • Politique de cookies (UE)
Faire défiler vers le haut Faire défiler vers le haut Faire défiler vers le haut