Neuf interprètes explorent la forme de l’unisson avec la chorégraphe Olivia Grandville. Derrière les facéties et les références tirées de l’histoire de la danse, se dévoile une observation fine et critique d’un motif chorégraphique qui a fait son retour sur les scènes contemporaines ces dernières années.
Bouger en même temps, faire corps commun, avancer ensemble et regarder dans la même direction… Est-ce cela, la danse ? Du corps de ballet classique aux danses traditionnelles en passant par le jazz, l’unisson fait partie des motifs immanquables de la danse et de l’art chorégraphique. En même temps d’Olivia Grandville dissèque cette forme avec humour et finesse. Et une fois n’est pas coutume chez la chorégraphe et directrice de Mille Plateaux, le Centre chorégraphique national de La Rochelle, la parole est presque absente. Neuf interprètes déploient une chorégraphie de fragments de danses connues, qui se transforme au fil des tableaux pour interroger : quelle danse contemporaine est légitime ? Poreux aux évolutions de la danse sur les scènes, En même temps y pose aussi un regard critique.
« La danse est beauté et harmonie interne et externe », elle est « une communauté joyeuse et ordonnée », explique Simon Tanguy. Le danseur et chorégraphe livre un faux préambule d’avant-spectacle, grimé, grâce à un costume noir, en directeur de festival. Son ironie donne le ton : la danse est-elle légitime seulement si elle est belle, si elle permet de « faire communauté » ou de « faire du bien » ? Une armée de plongeurs débarque. Ils sont équipés de shorts de sport, de marcels et de guêtres blanches, bonnets et lunettes de piscine. Devant un grand volume rectangulaire blanc mobile, qui sert de scène et de coulisses, ils exécutent une danse bien synchronisée, chorégraphie qui repose sur une juxtaposition de gestes tirés de différents contextes de danses – un procédé récurrent ces dernières années, notamment vu dans Age of Content de (LA)HORDE. Se succèdent des citations de gestes : positions de bras jazz, petites foulées sur place, marche militaire, enjambées sautées, cœur avec les doigts façon réseaux sociaux, twerk… Leur danse bien rangée, précise, se déplie en serpentant sur la scène, puis apparaît en groupe de deux ou trois.
Guidés par une voix qui scande un décompte, ces pantins – un clin d’oeil aux danseurs de la Cap-Verdienne Marlene Monteiro Freitas ? – arborent un air facétieux, lâchant ça et là des mimiques satisfaites en direction de la salle. À ce modèle bien organisé, presque totalitaire, succède une danse combative en peignoir et gants de vaisselle bleus dans une ambiance plus sombre, puis un montage juxtaposant les archives de danses aux scènes du spectacle. Une sorte de cartographie de l’histoire de la danse, où se rassemblent, entre autres, danses modernes, classiques et traditionnelles. La tension accumulée retombe dans le tableau final, se délite, semblant clore la démonstration.
Aux antipodes des unissons bien rangés, une fresque se déplie avec des mouvements surgissant de façon éparse, se répondant les uns aux autres en ricochets. Une énergie circule dans l’espace, passant de corps en corps, agités par les tensions et les relâchements, les bras projetés vers l’extérieur, les sauts et les ralentissements mesurés. En sondant l’unisson, Olivia Grandville explicite plusieurs manières d’envisager la chorégraphie et y raccroche une dimension politique. Que signifie le retour de l’unisson sur les scènes contemporaines et son association à des valeurs émancipatrices et progressistes ? Peut-on ignorer l’héritage totalitaire qui lui est associé ? Ces danses sont-elles plus rassurantes et faciles à appréhender ? Plus efficaces ? Doit-on juger le plaisir immédiat qu’elles procurent ? Sans répondre ni choisir un camp, En même temps pose le problème. La preuve que la danse, qu’elle soit formatée ou libre, gracieuse ou déroutante, est toujours indissociable d’enjeux politiques.
Belinda Mathieu – www.sceneweb.fr
En même temps
Chorégraphie Olivia Grandville, en collaboration avec les interprètes Claire Audrain, Yu Hsuan Chang, Emma Delvac, Sarah Deppe, Martín Gil Enrique, Mai Ishiwata, Théo Le Bruman, François Malbranque, Simon Tanguy
Musique originale Benoît de Villeneuve, Benjamin Morando
Création lumières Yves Godin
Scénographie James Brandily
Création vidéo César Vayssié
Costumes Marion Regnier
Texte Simon Tanguy, Olivia Grandville
Collaboration à la chorégraphie Matthieu Patarozzi, assisté de Elsy Robert
Assistanat et regard extérieur Magali Caillet Gajan
Documentation numérique Anka PosticProduction Mille Plateaux, CCN La Rochelle
Coproduction le lieu unique, Scène nationale de Nantes ; Charleroi danse, Centre chorégraphique de Wallonie Bruxelles ; Bonlieu Scène nationale de Annecy ; CND Centre national de la danse ; Espaces Pluriels Pau scène conventionnée d’intérêt national art et création danse ; La Manufacture CDCN Bordeaux·La Rochelle ; La Coursive, Scène nationale de La Rochelle ; Festival de Marseille
Avec le soutien de la MC93, Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis Bobigny ; Compagnie DCA/ La Chaufferie ; l’OARADurée : 1h15
Vu en juin 2026 à La Criée – Théâtre National de Marseille, dans le cadre du Festival de Marseille
Le Miroir, Gujan-Mestras, dans le cadre du Festival Cadences d’Arcachon
le 2 octobrele lieu unique, Scène nationale de Nantes
les 6 et 7 octobretnba, Théâtre national Bordeaux Aquitaine
du 13 au 15 octobreScène nationale du Sud-Aquitain, Bayonne
le 6 novembreCndc, Angers
les 9 et 10 novembreMC93 Bobigny
du 18 au 20 novembreEspaces Pluriels, Pau
le 24 novembreLa Coursive, Scène nationale de La Rochelle
les 1er et 2 décembreBonlieu, Scène nationale d’Annecy
du 13 au 15 janvier 2027Théâtre Durance, Scène nationale de Château-Arnoux-Saint-Auban
les 21 et 22 janvierOpéra de Limoges, avec la Maison des Arts et de la Danse
le 29 avril






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