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« Enquête de famille », violon dingue

A voir, Avignon, Best Off, Les critiques, Paris, Théâtre
Enquête de famille d'Élisabeth Bouchaud, d'après Le Livre de Raison de Jacques Attali
Enquête de famille d'Élisabeth Bouchaud, d'après Le Livre de Raison de Jacques Attali

Photo Pascal Gély

Saga familiale autour du passé obscur d’un violoniste célèbre, Enquête de famille adapte un roman épistolaire de Jacques Attali centré sur la difficile mise en lumière du passé collaborationniste et antisémite de son personnage central. Une plaisante enquête à travers l’Histoire dirigée par Élisabeth Bouchaud.

À l’origine, Le Livre de Raison de Jacques Attali, roman épistolaire, déploie une fresque familiale qui croise l’Histoire mondiale et française, de la Révolution française à nos jours, mais s’attarde plus particulièrement sur la période de Vichy, de la collaboration et de la Shoah. Un récit mené à partir d’aujourd’hui, de 2023, à travers les recherches d’un journaliste du New York Times qui vient interroger la petite fille d’un célèbre musicien, Paul Chardin, immense violoniste au passé controversé, et par l’intermédiaire de la découverte successive de « lettres de raison » dans lesquelles les pères, quand la mort approche, livrent les secrets de leur famille longtemps cachés en guise de solde de tout compte. D’où le titre du roman qui désigne un livre de comptabilité domestique. Au cœur de cette saga, la question centrale : Paul Chardin a-t-il été un résistant justement décoré après-guerre ou un collaborateur antisémite qui aurait livré des musiciens juifs aux nazis, à commencer par son propre frère, sa femme et ses enfants ?

Au début, le déploiement de l’arbre familial nécessite quelques efforts pour ne pas s’y tromper, pour bien appréhender les multiples événements de l’histoire de la lignée Chardin. Un frère communiste face à un musicien collabo, leur père absent obsédé par sa carrière, des histoires de jalousie autour d’une femme elle-même musicienne… la saga s’éparpille en même temps qu’elle s’organise, mais se clarifie par strates successives. En arrière-plan du journaliste et de la petite fille de Paul Chardin s’animent en vidéo, puis en chair et en os, les fantômes du passé. Un peu kitsch en apparence, le procédé scénique s’avère bientôt efficace dans cet entre-deux entre reconstitution et atmosphère fantastique soutenue par une musique dont les intentions peuvent parfois paraître un peu soulignées. La dramaturgie fonctionne sur le principe de l’enquête et des révélations qu’elle produit sans que de véritables enjeux pour les personnages y soient liés, si ce n’est celui de la découverte de la vérité. Mais la relation du journaliste et de la petite fille de l’artiste, elle-même sculptrice de formes mouvantes en soie aux allures fantomatiques, s’épaissit petit à petit, faisant résonner le titre Enquête de famille de nouvelle manière.

En se détournant des portraits de femmes scientifiques qu’elle aime, à raison, sortir des couloirs sombres d’une Histoire phagocytée par les hommes, Élisabeth Bouchaud s’empare ici d’une histoire où ces derniers exercent encore à plein leur puissance patriarcale. Mais le roman qu’elle a adapté et mis en scène en compagnie de Benoît Di Marco restitue surtout l’histoire et la violence de l’antisémitisme qui sourd encore dans nos sociétés, questionne encore une fois la séparation entre l’homme et l’artiste, explore également le besoin de connaître son passé familial pour mieux s’en libérer et rappelle enfin comment certains ont pu maquiller un passé encombrant. Les ombres d’Alfred Cortot et de Herbert von Karajan habitant le roman de ce féru de musique, également chef d’orchestre, qu’est Jacques Attali. Sans doute ainsi, le propos se disperse trop et finit par manquer de poids. Intéressant sur le fond, le spectacle peine de cette manière à trouver un point d’ancrage qui en attiserait et en approfondirait l’intérêt. Fictionnel, le récit perd la saveur qu’il aurait eu à ce qu’il fût vrai. Mais peuplé d’événements qui se sont réellement passés à travers des personnages inventés, il restitue tout de même la toile de fond d’un passé avec lequel on n’en aura jamais fini de se mettre au clair. Mené dans une mise en scène qui impose un style habile et un récit fluide malgré la superposition des époques, il déploie en outre une interprétation qui permet d’identifier parfaitement les personnages, les enjeux et les situations, à défaut parfois de produire des émotions.

Eric Demey – www.sceneweb.fr

Enquête de famille
Texte Élisabeth Bouchaud, d’après Le Livre de Raison de Jacques Attali (Éditions Fayard)
Mise en scène Élisabeth Bouchaud, Benoît Di Marco
Avec Adrien Madinier, Matila Malliarakis, Isis Ravel, Nicolas Vial, et la participation de Élisabeth Bouchaud, Benoît Di Marco, Hervé Dubourjal et Clémentine Lebocey
Scénographie Luca Antonucci
Création lumières Philippe Sazerat
Création vidéo Thomas Bouvet
Création son Mme Miniature, Tom Beauseigneur
Costumes Thelma Di Marco Bourgeon, Élise Massih Mevel

Production Reine Blanche Productions

Durée : 1h15

La Reine Blanche, Paris
du 16 avril au 17 mai 2026

Avignon-Reine Blanche, dans le cadre du Festival Off d’Avignon
du 4 au 22 juillet, à 18h (relâche les 9 et 16)

19 avril 2026/par Eric Demey
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