L’Opéra de Bordeaux dépoussière La Montagne noire de la compositrice romantique Augusta Holmès. Créée en 1895, cette pièce n’avait plus été jouée depuis plus d’un siècle en France.
L’intrigue prend place au XVIIIe siècle dans la région des Balkans. Après avoir remporté une victoire militaire contre les armées turques, les chefs monténégrins Mirko et Aslar reviennent de la bataille. Ils emmènent avec eux Yamina, une prisonnière musulmane, dont Mirko devient amoureux. « Augusta est une pionnière parmi les compositrices », affirme la journaliste spécialisée en musique classique, Séverine Garnier. La Montagne Noire, aux accents wagnériens, a été le premier opéra composé par une femme joué à l’opéra Garnier à Paris, en présence, lors de la première, du président de la République de l’époque, Félix Faure. Augusta Holmès (1847-1903) a été ensuite, comme beaucoup de compositrices, « victime d’invisibilisation », notamment à cause d’une mauvaise réception de la presse, teintée de misogynie, qui a contribué à faire tomber peu à peu la compositrice dans l’oubli.
Lente redécouverte
Pour la musicologue Florence Launay, « l’idée qu’une femme puisse faire un opéra était insupportable ». Quelques compositrices sont malgré tout parvenues à s’imposer, mais seulement 1% des opéras sont composés par des femmes. « On partait du principe que si c’était une femme, c’était forcément mauvais », explique-t-elle. Il a fallu attendre les années 1970 pour voir un regain d’intérêt pour les compositrices, mais leurs travaux demeurent largement sous-représentés dans les programmations de musique classique – seulement 6,4 % des œuvres jouées en France lors de la saison 2022-2023. Dans les maisons d’opéra, les œuvres composées par des femmes ne représentaient que 4,3 % des programmations.
En cause, le manque de partitions éditées et d’enregistrements exploitables, d’après une étude de l’association Elles Women Composers. Pourtant, « il y a un intérêt du public pour le travail des compositrices », remarque Mathias Auclair, responsable du département musique à la Bibliothèque nationale de France. Pour lui, plus les professionnels du secteur s’intéresseront à ce patrimoine, plus les œuvres composées par des femmes se diffuseront auprès du grand public.
Pour la postérité
Portrait d’Augusta Holmès au piano parue dans La Revue Illustrée du 15 janvier 1895 / Photo Palazzetto Bru Zane
C’est justement après avoir assisté à une représentation de La Montagne noire au théâtre de Dortmund en Allemagne en 2024 que le directeur général de l’Opéra national de Bordeaux, Emmanuel Hondré, a décidé de programmer cette œuvre pour rendre hommage à cette artiste. L’un des enjeux de ces deux représentations est l’enregistrement d’un disque en collaboration avec le centre de musique romantique française Palazzetto Bru Zane et l’Orchestre National de Bordeaux, afin de permettre à l’oeuvre de retrouver une place dans le répertoire et d’être rejouée. Il sortira en 2027. « C’est important de ressusciter cette œuvre et de lui donner une place dans les mémoires grâce à cet enregistrement et de la sortir des archives », souligne Emmanuel Hondré.
Pour le directeur musical Pierre Dumoussaud, qui dirige l’Orchestre National Bordeaux Aquitain, s’emparer d’une telle œuvre est « un exercice à la fois difficile et exigeant ». Avec cet enregistrement, il veut « tenter de réparer une vraie injustice ». « C’est un outil important pour lutter contre l’invisibilisation des compositrices », ajoute-t-il. Dominique Pitoiset, le metteur en scène, a privilégié la sobriété, avec une mise en abyme des interprètes qui arrivent sur scène en tenue de ville, partition à la main, et se glissent peu à peu dans la peau de leur personnage tandis qu’en arrière-plan, maquilleuses et costumières s’affairent aux derniers préparatifs.
Valentine Foureau © Agence France-Presse
La Montagne noire
d’Augusta Holmès
Direction Pierre Dumoussaud
Mise en scène Dominique Pitoiset
Avec Aude Extrémo, Hélène Carpentier, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Julien Henric, Guilhem Worms, Tassis Christoyannis
Orchestre National Bordeaux Aquitaine
Chœur de l’Opéra National de Bordeaux
Chef de choeur Salvatore Caputo
Lumières Christophe Pitoiset
Costumes Emma GaudianoCoproduction Palazzetto Bru Zane, Opéra National de Bordeaux
Durée : 2h40
Opéra national de Bordeaux
du 19 au 22 mai 2026


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